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lundi, 11 mai 2015

Sous les draps et autres nouvelles

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Un homme garde dans son bureau un flacon de verre haut de 12 pouces dans lequel flotte le pénis d’un ancien capitaine mort en prison, « passe son temps à fouiller le passé comme une mouche un étron », selon sa femme, qui , pendant ce temps, rêve qu’elle doit faire atterrir d’urgence un avion sur un désert composé de milliers de bébés entassés en vrac à perte de vue, tout nus et se grimpant les uns sur les autres, et cherche en vain un endroit où se poser..
Madame se sent comme une feuille de papier que l’on chiffonne. Alors, Monsieur, pour remédier à cela, va mettre en pratique la découverte d’une théorie scientifique capitale : le plan sans surface.
Un origami au lit, et c’est plié !

Une histoire a pour sujet l’ami du narrateur, Raymond, et non le pucelage, le coït, l’inceste et l’onanisme, ni la petite sœur ravie de jouer au papa et à la maman avec son frère lui faisant économiser par la même occasion la modique somme d’un shiling. C’est encore moins l’histoire de « l’un des accouplements les plus sinistres de l’humanité copulente, avec son lot de mensonges, de tricheries, d’humiliation, d’inceste, une partenaire qui s’endort, un orgasme de moucheron… ».
Jenny, une grosse petite bonne femme rousse,   emménage dans une « maison bleue » et se noie dans le flot ininterrompu d’un fou-rire tandis que  chavire à tout jamais le cœur du jeune narrateur adolescent qui venait de s’ouvrir à elle.

Un homme passera sa vie enfermé, dans une armoire, un four, une cellule, à cause d’une mère tordue qui l’obligeait à vivre et revivre ses deux premières années.

S’enticher d’un mannequin docile et peu loquace (le rêve de beaucoup d’hommes d’affaires très occupés) vire tôt ou tard au cauchemar.

Et ce n’est pas parce que la meilleure amie de votre jeune fille adolescente est naine que cela minimise l’indécence et l’horreur de certaines pensées.

 C’est là, d’ailleurs, tout le talent d’Ian McEwan. Dénaturer l’horreur, la rendre presque tolérable, du moins pardonnable. Il l’instille dans ces nouvelles, la laisse se développer progressivement, s’enrouler autour des personnages qu’elle guide lentement mais sûrement vers la pulsion - quelquefois à leur insu. On voit très bien, où l’auteur nous emmène, où le narrateur nous entraîne, vers cette cristallisation de la pulsion, ce moment où le besoin d’y céder devient irrépressible. On sait, du départ, rien qu’à la couverture et à sa quatrième, dans quoi on met les yeux, son esprit. On sait, que ça va déranger.

Mais, le plus dérangeant n’est pas tant le contenu des histoires, que le fait de n’être pas aussi  embarrassé qu’on l’aurait cru, ou voulu.

Ce qui ne veut pas dire qu’on accepte.

Non.
Ça veut juste dire qu’on a lu un recueil de nouvelles rondement menées par un conteur hors-pair.

 

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