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mardi, 08 septembre 2015

Champion

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« Dans cette histoire, personne n’est là pour plaire, juste se faire comprendre. Il sera question d’effraction, paires de claques, mort naturelle, et si la démonstration l’exige, quelque chose pourrait brûler, on verra. Le sujet, c’est Fabien, Fabien c’est moi, et c’est ma mère qui en parle le mieux. Fabien n’est pas un cadeau, n’est pas le centre du monde, pourrait faire des efforts, n’ira pas loin, pourrait se coiffer avec autre chose qu’un râteau, va s’en prendre une, va se retrouver en pension.
A part ça, j’ai quatorze ans. Du moins, j’avais »

« Je n’ai rien oublié. Juste les noms, les dates, les gens, mon rôle et l’histoire. Pas grand-chose. »


Fabien a 14 ans et ne pense plus du tout à se flinguer, c’est une tocade qui lui est passée. Du coup il bénéficie de certains « privilèges », possède une chambre individuelle dans un collège privé d’une ville du Nord-Est de la France, enfin, jusqu’à l’arrivée d’Etienne, journaliste en herbe, l’oreille collée à sa radio comme une huître à son rocher. Fini de se balader à poil, de pisser dans le lavabo. Et Champion doit céder sa couche.. Champion, c’est un chien, ou un loup, qui n’existe pas, qui prend sacrément d’espace entre Fabien et les autres. Mais quand il s’agit d’aller picoler avec les chevaliers de l’Apocalypse, on ne le voit plus. C’est dommage, il aurait pu tenter de se faire, lui aussi, le buste d’un cerf empaillé. Mais non.
Fabien, il est du genre à se nouer l’estomac le vendredi, genre pas pressé de se retrouver entre un père qui vous regarde droit dans les yeux sans vous voir et une mère occupée à se trouver une raison d’aller se recoucher, entre deux éclats et quelques claques. L’enfance, pour Fabien, c’est l’odeur du fioul, c’est se mettre la tête dans le sac pour vérifier si on pouvait vivre sans air aussi bien que sans amour. C’est con qu’ils aient supprimé les heures de colle les week-end. Mais on va pas demander à M. Poliva de tout payer non plus. Il en fait bien assez pour la communauté.

Fabien a 2000 ans, sait ce qui est beau et ne regrette rien. « je ne regrette jamais rien, parce que c’est toujours pire avant, où que je regarde ».  Mais Pierre, lui, dit que Fabien aura 20 ans en l’an 2001. Et l’Amérique, il veut l’avoir et il l’aura. Il adore les cours d’anglais, et la prof surtout, avec son parfum Calèche, et ses tenues sophistiquées. Les autres la voient comme un clown, mais ils n’y connaissent rien. Fabien il aimerait bien pouvoir écrire que les gens sont cons, mais il sait pas s’il a le droit. Cela dit, il n’empêche pas de le penser.
Fabien, ce qu’il sait, il le doit à Amadeus, un vieux crevard puant qui habite à la bibliothèque le jour, et sûrement la nuit aussi.

La psy elle demande à Fabien d’écrire dans des cahiers la raison pour laquelle il est ici, dans cet asile. « centre de repos », pardon. « j’en connais plein, des mots, je fais que ça, en apprendre pour pouvoir m’expliquer le jour venu, mais putain, personne n’a envie de comprendre. Sadiques ». à un moment Fabien se met à vomir, beaucoup, et perd du poids. Du coup son journal commence à ressembler à celui d’une gonzesse, sans compter qu’il a « désormais, autant de rapport avec une gonzesse que Francis le Belge avec un communiant. » Mais sûrement moins que Pauline, la fille du directeur du collège, avec Hervé, le surveillant qu’a été renvoyé.

Sa mère dira « Fabien s’en sortira », mais se sortir de où, pour aller où. Non, parce que Fabien, au final, il veut bien qu’on lui dise, où il est, où c’est, chez lui. Pour l’instant, sa vie c’est plutôt un labyrinthe, un dédale dans lequel il s’est perdu et crie, écrit, pour retrouver son chemin, parce que c’est pas sa mère qui l’aidera, « Fabien s’en sortira », et puis elle a des chats à tuer, des siestes à faire, un vase à recoller. Et son père a de la route à faire. « Si j’étais encore un loup,  j’irais gueuler dans les bois « où ? où ? où ? » Dommage que Mamie soit plus là, on aurait pu donner un franc à son Saint-Antoine pour gagner du temps.

Et puis, si ça se trouve, Fabien, tout ce qu’il écrit, c’est comme les histoires de Mamie (comme si elle y était) remplies d’Américains vainqueurs, bourrés de paires de collants et de chewing-gums, dont le seul but en France était de faire des cadeaux aux jeunes Françaises, C’est pas tout à fait vrai. C’est la vérité déguisée dont le costume commence à s’user.

Il paraît même qu’on peut vivre avec un secret, que ça met toute une vie à vous tuer, car on s’habitue à tout. Mais c’est vous le docteur, vous savez mieux que moi.. Hein, Champion, c’est vrai ?

Note : équivalente à 36m² d'explications

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