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mardi, 15 septembre 2015

Liberté conditionnelle

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« - Et jusqu’à quand vas-tu dépendre de ce règlement ?
- Jusqu’à ma mort… répondit-il faiblement.
 »


Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, Kikutani bénéficie d’une mesure de liberté conditionnelle pour bonne conduite, après quinze ans d’emprisonnement.

Il doit se réhabituer à presque tout, à l’obscurité complète de la nuit, à porter de vraies chaussures, à regarder autour de lui et plus seulement devant ; il doit perdre l’habitude de balancer les bras et de lever haut les genoux pour marcher, se réinsérer, tenter de passer le reste de sa vie comme membre à part entière de la société. Être autonome.

Mais la société a bien changé en quinze années, les prix ont augmenté, une vague de béton s’est abattue sur la région. Kikutani a bien du mal à s’y retrouver dans tout cet espace, effrayé comme une taupe qui sort de terre et se retrouve au soleil. Il était bien, blotti dans sa petite cellule, à l’abri des responsabilités. Il n’avait qu’à suivre, à faire ce que les gardiens demandaient.

Le voilà libre, mais toujours surveillé. Un travail, un appartement, une certaine autonomie qu’il redoutait, mais qu’il commence à apprécier, au fil des mois. Sérieux, ponctuel, toujours présent, son employeur est très satisfait. Il ne fait pas parler de lui, reste discret. Kikutani se contente de vivre petitement, au jour le jour, dans la crainte que son passé ne soit révélé. Il n’y a presque pas de différence entre lui et un animal sauvage qui se terre dans son trou. Il se met même à l’élevage de medaka, et boit du saké régulièrement, comme tout bon citoyen qui se respecte.

La nostalgie se fait sentir, quand il retourne au sanctuaire pour se recueillir. L’air de la nuit a l’odeur de son pays natal, un mélange de terre, d’écorces, d’herbes et d’eau de rivière.. Nostalgie, mêlée de colère…  Mais il n’éprouve aucun des remords qu’on attend de lui. Les longs mois passés en prison avaient effacé la conscience de sa faute, et exacerbé ce qui l’avait poussé à commettre l’irréparable.

Ce qui le rassurait, au début, commence à l’irriter. Son tuteur s’immisce un peu trop dans sa vie privée. À quoi bon être libéré si c’est pour toujours être entravé dans ses actions, ses décisions. Ce ne sont pas les hautes tours de verre et de béton, le rythme effréné de la vie urbaine qui l’étouffent, mais le filet de l’institution qui se resserre implacablement autour de lui. On lui impose d’être, de vivre comme tout bon citoyen, ce qu’il fait. Il aimerait juste pouvoir décider de ce qui est fondamental pour lui, avant de voir rouge..

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