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mercredi, 28 novembre 2007

Monsieur André, Madame Annick

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C’est la fête, le carnaval bat son plein, les géants sont attendus avec impatience par la foule. Seulement voilà, sous les festivités, à l’intérieur des appareils de portage, telle un squale dans un carnaval, la jeunesse aux dents de requin veut bouffer les anciens en dent de scie. Tandis que le vieux dégringole l'échelle de fatigue, la relève grimpe avec ardeur. Les âges, les générations se confrontent, se heurtent, l'un ne peut plus, l'autre ne sait pas encore, les deux hésitent, désespèrent, pendant ce temps-là le carnaval n'avance pas, la vie s'arrête et la société fait du sur place.

Les porteurs en ont plein les bras, les travailleurs plein le dos et les hauts placés plus rien dans le coeur. chacun sa croix, chacun ses bras.. Pas d'bras, pas d'emploi, à bout de souffle. "Porté mon avenir à bouts de bras", la vie ne tient plus qu'à un fil, la fille (oui, il y a une fille) ne tient qu'à la fête, tient tête au précaire et motive la troupe. Sauver les apparences, les dames d’abord, les états d’âme chez soi.
Perdre le fil, perdre l'esprit, perdre espoir. Coule le sang, la moelle, s’envole l'essentiel : le rêve.

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vendredi, 23 novembre 2007

Monstre, va

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"Après ça, quel silence. Un silence d'après tout. le silence que je voulais. Maintenant j'en aurais peur. Il fallait s'y attendre. Silence est peu dire. On est le chef du temps. Combien dure l'énorme instant, l'énorme instant où tout est neuf ? Onne reconnaî pas ses mains, on ne reconnaît pas les murs, il n'y a plus de mots, on ne joue plus. C'était donc ça. C'était du sérieux. Voici le seul instant sérieux que je connaisse. J'aurais connu le sérieux, je ne l'aurais pas tuée. Qui sait, je l'ai tuée pour être sérieux. C'est bien de moi. Quelle erreur. Mais non, pas du tout, je la retuerais pour l'instant lui-même, énorme, je répète. Et surtout bien à moi."

Bien bien. Y a pas à tergiverser, le cadre est posé. Avec sur les bords pas mal de sang, quelques morceaux de cervelle, un peu de moelle. Juste de l'humain, rien que de l'humain. Pas du superficiel, mais du vrai, de l'organique. C'est pas le tout d'avoir un geste "malheureux", faut nettoyer les lieux maintenant, afin qu'ils s'imprègnent mieux de ce silence sacré. Non pas un silence de deuil. Non. Le silence mérité, afin que les pensées de l'auteur puissent vagabonder, galoper, s'entrechoquer, s'étaler, s'épanouir. C'est pas avec toutes ses chansons paillardes, ces airs ridicules qu'elle fredonnait de sa voix fausse et aigüe qu'il pouvait rentrer en lui-même. Il aime bien entrer en lui (il doit aimer y rester aussi, vu le pneu qui lui fait office de ventre). Là, enfin, il a toute la place nécessaire pour parler avec ses autres moi, ell n'est plus là pour interrompre ses réflexions du vacarme assourdissant de ses pantoufles glissant sur le sol. Oui, en plus, elle se traînait. Elle n'était qu'une traînée, dans l'espace, dans le temps. Elle soupirait, elle marmonnait, elle pleurait sur son sort. Il faut dire, un fils qui, à trente ans, ne voit pas l'intérêt de s'user le corps à travailler, qui compte l'user jusqu'au dernier sou, qui hurle à la simple vue d'une araignée,  y a de quoi soupirer.
Vu de l'extérieur, on est tenté de penser à une relation particulièrement trouble, ambigüe, voire tendancieuse. Du moins toujours sur la brèche. En se glissant à l'intérieur, en prenant place à l'autre bout de la table de la salle à manger, on compatirait presque avec ce fils brimé, depuis sa plus tendre enfance, obligé de vivre avec cette femme souffrant d'être sa mère, qui le lui fait savoir chaque jour que Dieu fait.
Cela dit, on commence à s'inquiéter sérieusement au fur et à mesure de la narration, glissant langoureusement dans la schizophrénie, sans pudeur, rythmée par la découpe du corps à même le sol, par le défilé des sachets plastiques (on ne réalise pas le nombre nécessaire pour un corps si petit et si frêle). Quelle idée aussi de le faire parler pendant cette délicate opération. C'est qu'il faut faire vite, avant la rigidité cadavérique. Lui qui vient de se débarrasser de sa mère, de son fardeau, le voilà avec plein de morceaux d'elle, projetée un peu partout sur les murs, ces murs censés accueillir son silence à lui. Vous n'avez pas honte ! Et voilà, il sera obligé de mettre les morceaux au congélateur, en attendant que la pluie cesse.
Ah, oui, c'est son silence, bien à lui, à lui seul, plus personne pour le contrarier, pour lui inculquer des chansons grivoises. Plus personne pour troubler ses pensées, ses réflexions, son observation de la nature humaine si pathétique. "Ensuite, enfant, j'allais marcher tout seul, me taire, en paix, en butte au monde. Il a toujours été trop là, le monde, pour mon goût. Toujours obstacle. Mes écarts, il les ont baptisé fugues, évidemment. Mais quelles forces avais-je accumulées, lorsque je me suis mis à réfléchir, lentement d'abord, sans relâche, et puis de plus en plus vite, vers 15 ans peut-être, je ne sais plus, car alors j'ai totu compris. Ou plutôt : j'ai compris que je pouvais tout comprendre, s'il fallait. Tout. Je ne parle pas de savoir, je parle de comprendre. Je ne dis pas la politique et l'atome, l'ordinateur et Vermeer, le cycle de l'azote et les mécanismes de l'inflation. Non. Je dis : tout. Le tout. Le tout de tout. Et je ne dis pas le pourquoi, pourquoi moi, pourquoi le monde, etc. Non. Je dis le comment. C'est idiot le pourquoi. Seul compte le comment. S'il fallait, je pourrais, à tout instant, l'expliquer, le comment. Oui. Je suis très intelligent. Ca,j'en suis sûr. Très."

De toute façon, il a fait ce que bon nombre d'enfants, comme lui, auraient dû faire. Ce que beaucoup d'enfants pensaient tout bas, une fois plus grands, de leurs parents.

Un style, un thème, qui font penser à Régis Jauffret, dans Asiles de fous. Folie ordinaire, posychopathe grassouillet, sang-froid ou à chaud ? Prémédité ou invévitable ? Ecriture vive, incisive, souffle court, qui ondule au rythme des coups de hachettes. La prochaine fois, avant de vous asseoir à table, vérifiez bien qu'aucune araignée ne traîne non loin de vous, vous risquez d'en attraper une au plafond (de hachette, pas d'araignée).

Note : 8.5/10

lundi, 19 novembre 2007

Alabama Song

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 S'il y a de bonnes années pour les vins, il en est  de même pour le prix Goncourt. Parfois décevant, et fade, le Prix Goncourt 2007 est un grand cru:"Alabama Song "est un très bon roman. Son auteur Gilles Leroy qui n'en est pas à son premier roman (auteur de machines à sous Prix Valery Larbaud 1999, L'amant russe en 2002) signe un grand roman.

Mêlant éléments biographiques et imaginaires, Gilles Leroy réalise le tour de force de se mettre dans la peau de Zelda Sayre (écrivain et peintre) la célèbre femme du grand écrivain américain Sott Fitzgerald auteur du mythique roman Gabsy le Magnifique.

On peut dire que ce couple fut l'un des tout premier couple "people" de l'histoire des Etats Unis, un véritable mythe dans les années folles, un modèle à copier pour le New York mondain et artistique des années vingts. Mais ce couple  passera aussi de la gloire à la déchéance la plus dure en une vingtaine d'années.  Car derrières les frasques et les paillettes se cachent souvent des blessures secrètes...des vérités non dites,derrière la réussite sociale beaucoups de sacrifices et de malheurs.

L'écriture de Gilles Leroy se fait somptueuse pour décrire les "Up and Down" de la vie de Zelda. Le récit de Zelda à la première personne daté mais non chronologique,  fait que l'on passe d'une période de bonheur, à quelques pages plus loin aux drames de la vie de Zelda, ce qui souligne le contraste entre la  joie et la douleur et  donne un caractère boulversant à la confession.

 L'histoire de Zelda, c'est l'histoire d'une jeune femme de la grande bourgeoisie "rustique" de L'Alabama dont l'avenir est tout traçé par un père juge qui la voit déjà se marrier et faire des enfants  à un petit bourgeois de la contrée. Mais Zelda rêve d'aventures et son caractère enjouée fait qu'elle tombe amoureuse de l'originalité d'un beau Yankee, qui se présente à elle comme le futur "plus grand écrivain des Etats-Unis": Scott Fitzgerald. Mise en garde par ses parents qui n'accepte pas de la voir partir avec ce fils de "bon à rien" (le père de Scott avait fait de mauvaises affaires dans les savons) qui la ménera à la déchéance.  Zelda suivra Scott pour le meilleur comme pour le pire, elle l'épouse alors qu'il est ivre en la cathédrale Saint Patrick sur la cinquième avenue de New York, sa famille n'est pas là et l'a déjà reniée... qu'importe comme elle le dit "Je suis Zelda Sayre. La fille du juge. La futur fiancée du futur grand écrivain. Du jour où je l'ai vu, je n'ai cessé d'attendre. Et d'endurer, pour lui, avec lui, contre lui..."

Ce roman est la confession  du drame  personnel d'une femme-rebelle et muse d'un grand écrivain dans un milieu artistique des années vingt très machiste. Un roman sur les conditions de la création artistique, et les déchirements d'un couple myhique.

Gilles Leroy a réussi à donner une profondeur d'âme et une force de caractère de plus en plus forte au fil des pages  à Zelda Sayre dont ce livre  lui rend un vibrant Hommage. 

Extraits:

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samedi, 17 novembre 2007

La chaussure sur le toit

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"L'imbrication des histoires les unes dans les autres à l'intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d'aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire des moeurs et par la peinture drolatique de la solitude".
Ils se débrouillent pas mal chez Gallimard, pour donner un avant-goût en peu de lignes. Ne pas trop en dire,  le plus juste possible. Pas facile. Moi j'ai toujours eu du mal à faire court.

Toujours est-il que l'auteur parvient à faire d'une chaussure la cause, la conséquence, le moyen, la finalité d'une histoire ou d'une autre. Point de départ ou d'arrivée, vous êtes assurés de la retrouver, dans chaque histoire, toujours sur ce toit. Elle peut tout aussi bien appartenir à un ange en imper, perché sur ce toit, les bras en croix, en pleine nuit, envoyée là par un cambrioleur enragé, abandonné par un amoureux transi venu saluer sa belle accoudée à la fenêtre d'en face.. Tout est possible. Et plausible.

Et puis, l'une des histoires en fait appartient au narrateur d'une autre, et le chevalier anonyme d'une Cendrillon du 21ème siècle se retrouve à caresser un chien en colère contre son maître qui a gâché une relation avec une femme formidable, à cause d'une tragédie grecque, laquelle se joue un peu plus loin dans l'espace ou le temps, sur le toit d'un immeuble. Tout converge vers cette chaussure, ou tout commence. Ce roman est un véritable exercice de style, d'imagination, d'imbrication, d'entrelacements d'histoires sans jamais en perdre le fil. Ariane en serait comblée. Un tissage poétique à ridiculiser Pénélope (vous savez, celle qui fait et défait son tissage chaque nuit).

 

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jeudi, 15 novembre 2007

Tribulations d'un précaire

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Il est de ces livres inoubliables, tel Aurélien, d'Aragon, Notre-Dame de Paris, ou encore Belle du Seigneur. Au-delà d'inoubliables, d'inclassables, hors concours même. Incomparables. Et puis, il y a les autres. Ceux qui sont à jeter, à oublier. Entre les deux, il y a ceux qui nous font passer un bon moment, sans un battement de cil une fois lu le dernier mot, une fois refermé l'ouvrage. Distrayant. Il est vrai qu'il ne faut pas toujours chercher le livre (histoire et/ou style) qui va modifier irrémédiablement tout ou partie de votre être, vos tripes. Alors pour ça il y a Tribulations d'un précaire. Sympathique découverte, celle d'un auteur, d'un environnement. Découverte d'un genre, le genre qui paraît facile, de prime abord, banal, presque inutile d'ailleurs. Expliquez-moi pourquoi j'étais impatiente de le reprendre, à chaque interruption, pourquoi j'ai tant souri, presque hoché la tête à certaines réflexions.
Ce n'est pas le premier à nous parler des difficultés à trouver un emploi, de la précarité, la pourriture de la société. Dans celui-ci, nulle satire, nulle révolution, ni solution. Je serais presque tenté de parler de constat, mais ce n'est pas encore ça. C'est un parcours. Le parcours d'un homme ni lâche, ni courageux, qui a perdu depuis un bout de temps toute passion, ou peut-être n'en a jamais eu. Et qui s'en contente. Oui, c'est plutôt ça. Il espère avoir de quoi se nourrir le lendemain, le mois qui vient. Il aimerait, comme beaucoup, ne pas avoir à trimer 12 heures par jour dans un fast-food, à faire un boulot de manager pour le salaire d'un cuisto. Il aimerait ne pas avoir à s'embaquer sur un cargo de pêche en Alaska pour un an, croisière aux frais des poissons. Il aimerait ne pas avoir à passer des journées sur les routes, pour effectuer des déménagements hors normes. Ou pour aller remplir des cuves de fuel.
Ce n'est pas juste un livre qui confirme le sentiment d'injustice ressenti par les 3/4 de la planète. Ce n'est pas qu'un fantôme d'arbre abattu pour être lu. C'est aussi un guide à destination des courageux, à destination des rêveurs qui redescendent sur terre. L'on apprend à décoder certaines petites annonces, du genre de celles qui vous promettent bonheur et donc richesse en vendant des carafes filtrantes à vos amis.
En fait c'est un livre qui ne se range dans aucune catégorie, dans lequel chacun retrouvera une expérience professionnelle "insolite", et qui fera s'esquisser un sourire, par-ci, ou même par là. Sarcastique, drôle aussi, écrit avec du recul et gardant sa spontanéité.

C'est un peu comme La petite piscine au fond de l'aquarium. A ne pas mettre sous les yeux d'un blasé, ou de toute personne n'ayant pas encore mis les pieds dans le monde du travail (eh oui, je n'ai pas non plus la chance d'être rentière, ni fille de).

Note : 07/10

Un peu plus

jeudi, 01 novembre 2007

Dans le scriptorium

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"J'y suis allé parce que j'en avais reçu l'ordre et maintenant je suis revenu pour présenter mon rapport. On m'éoutera ou on ne m'écoutera pas, et puis je serai emmené dehors et exécuté. J'en ai désormais la quasi-certitude. l'important, c'est de ne pas me fair d'illusions, de résister à la tentation d'espérer. Quad enfin ils m'adosseront au mur, quand ils mettront mon corps en joue, la seule chose que je leur demanderai, ce sera de m'enlever le bandeau. Ce n'est pas que j'éprouve le moindre intér^t à voir les hommes qui me tueront, mais je veux pouvoir encore regarder le ciel. Là se bornent à présent mes désirs. Me tenir debout en plein air et voir le ciel immense et bleu au-desss de moi, contempler une dernière fois l'infini hurlant."

Voici ce que découvre M. Blank (page blanche en anglais), lorsqu'il sort d'un de ces voyages parmi des ombres sombres, âmes mortes, morceaux de souvenir, passé flouté. Lorsqu'il s'éveille au seuil d'une conscience de soi incertaine, seul l'instant présent lui est tangible. Assis sur un lit, dans une pièce rectangulaire, un bureau, sur lequel repose le fameux manuscrit.

Des bribes, des flashes lui parviennent de sa vie avant cette chambre/cellule. Il se distingue également de l'homme dont il est question dans le manuscrit, enfermé également, et à qui l'on avait proposé, durant son enfermement, des feuilles et un stylo, au cas où il aurait des choses à raconter.

Au fur et à mesure que l'on avance dans le récit, on soupçonne, suppose, on s'appuie sur quelques indices, de vagues souvenirs, on croit comprendre, on sait, et puis on 'est plus très sûr. Les souvenirs se mélangent aux illusions, les fantômes au gens réels. Présomption, conjectures.. Tout n'est que peut-être, si.. Un nuage noir plane au-dessus de sa tête, s'insinue dans son esprit, obscurcit sa vision des choses. Il est quasiment assuré d'avoir nui à de nombreuses vies, quasiment... Mais comment  ? Pourquoi ?

Le narrateur du manuscrit se dévoile, petit à petit, explicitant ses fonctions, affirmant ses responsabilités et clame sa culpabilité. Le narrateur du roman dévoile ses intentions également, aux dernières pages du livre. Et si tout cela n'était que pure invention ? Si tout cela, au final, n'était qu'une histoire...

Sacré travail de manipulation, à tel point qu'on se demande qui manipule qui...

Note: 8,5/10

jeudi, 11 octobre 2007

La petite piscine au fond de l'aquarium

4712a14ae4249e96106ea540b1826bf1.gif« Je me suis offert une expédition faramineuse dans les petites rues de mon quartier. Je les connais toutes. J’y ai joué pendant l’enfance, et adolescent, j’y ai erré. Mes amarres ont toujours été courtes. Ou alors, c’est que je suis né sans ailes : le destin m’a très tôt amputé de toute vocation de migrateur. Je n’aurais jamais été qu’un piéton de la vie. Et alors ? Si le périmètre où je piétine mes pas anciens manque d’immensité, si mon bout du monde n’est pas au bout du monde, et si je n’en possède qu’un tout petit morceau, au moins je m’y retrouve. Quelques ruelles, une place, des immeubles familiers, des perspectives san,s surprise, des lieux tranquilles : un paysage à voix basse. Ici, les rues ignorent l’agitation. Elles sont hors des circuits importants. Les grandes voies évitent cette partie de la ville. Le plus souvent, l’automobiliste égaré qui s’y risque ne sait pas exactement où il va. Ce sont des rues d’inadvertance. Oui je ressemble bien à mon quartier. Nous ne cherchons vraiment pas à attirer l’attention.

L’on se promène dans cette histoire comme le narrateur se promène dans les rues de son quartier natal, avec nostalgie, humour et parfois tristesse. En avançant cahin caha, au gré des mutations de l’entreprise, de l’être humain, en passant au travers des mâchoires carnassières des nouveaux requins toujours plus performants, Pierre observe en direct les temps qui changent, et les gens avec. Il joue avec les mots comme ses supérieurs jouent avec sa carrière. Non pas qu’il soit un mauvais élément, au contraire, mais que voulez-vous, vous n’êtes pas assez agressif, pas assez mordant. De quoi en attraper une rage de dents. Mais lui c’est plutôt les intestins qui s’agitent, qui le chamboulent. Il y a bien Hélène, avec qui il vit une relation aussi intense qu’une correspondance, mais aux lectures assez espacées. Et pourtant. Plumier, son DRH, qui se fera plumer parmi les premiers. Sa nouvelle patronne, en liens étroits avec sa secrétaire attitrée. Aussi étroits que l’impasse dans laquelle il vit maintenant. « J’habite une impasse. On ne sait pas ce que c’est qu’une impasse avant d’y avoir mis les pieds. Le profane imagine que ce n’est qu’une rue empêchée, un morceau de voie qui va donner du nez contre un obstacle et qui reste là, interdite, désemparée, sans savoir où aller. Une rue sans avenir et sans descendance : une vieille fille urbaine. »

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mercredi, 10 octobre 2007

Extension du domaine de la lutte

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Extension du domaine de la lutte reflète bien cet état d'esprit, cette profonde tristesse à constater que la vie est souvent d'un ennui et d'une noirceure extrême. 

Il y a des perdants qui seront toujours perdants... Ceux que la nature n'a pas gâtée du départ. D'autres ont un viatique plus conséquent pour affronter la vie mais qui s'épuise au fur et à mesure d'encaisser sa morbide routine...

EXTENSION DU DOMAINE DE LA LUTTE est le roman de deux anti-héros . L'un, un quadra informaticien plongé dans la routine du monde de  l'entreprise, les collègues, le métier le fait se replier  de plus en plus sur lui-même il sombre peu à peu dans la dépression... L'autre cherche des relations sexuelles avec des jeunes femmes, petit gros, la quarantaine il est un exclu du marché sexuel, désespéré va t'il commettre l'irréparable?

Michel Houellebecq décrit de façon remarquable le basculement de deux hommes vers un désespoir contemporain, une solitude moderne... 

AGENT BEN.

dimanche, 07 octobre 2007

Thérèse et Isabelle

4a96d017a5c75c74c45a5462c10fb861.jpg"Je creusais dans son cou avec mes dents, j'aspirais la nuit sous le col de sa robe : les racines d'un arbre frissonnèrent. Je la serre, j'étouffe l'arbre, je la serre, j'étouffe les voix, je la serre, je supprime la lumière."

Passion de la chair, jeune, rose, fraîche. Découverte charnelle, exploration du corps de l'autre pour appréhender le sien propre. Recherche du plaisir absolu, du bonheur éphémère et violent.

Deux femmes, jeunes femmes, filles, en cachette, dans leur cellule d'interne, chaque nuit luttent contre l'aube qui, à chaque fois, clôt leurs ébats, tue leur amour, leur amour de jour : "Le jour s'épuisait, ma cellule dépérissait, des duvets s'envolaient des lèvres de mon aimée absente. La nuit s'engageait, la nuit : notre couverture de cygne. la nuit : notre baldaquin de mouettes.". Quelques bouffées d'air, durant cette apnée diurne, pendant une pause déjeuner, ou une simulation de malaise, le moindre prétexte est exploité pour assouvir encore cette violence qui les fait se heurter, se confondre, se dissoudre l'une dans l'autre. L'amour n'a pas d'âge, pas d'époque ni de lieu. L'amour n'a besoin de personne pour lui dicter la conduite à tenir. L'amour touche, blesse, et reprend. Ou il oublie. Mais il ne s'oublie jamais.

L'interdit règne, empêche, intensifie, terrifie. Sentiments atemporels, mots universels, oscillant entre le cru et la métaphore, parmi les creux, par-dessus bord : " Les petites lumières dans ma peau convoitèrent les petites lumières dans la peau d'Isabelle, l'air se raréfia. Nous ne pouvions rien sans les météores qui nous entraîneraient dans leurs course, qui nous jetteraient l'une dans l'autre. Nous dépendions des forces irrésistibles. Nous avons perdu conscience mais nous avons opposé notre bloc à la nuit du dortoir. La mort nous ramenait à la vie : nous sommes rentrées dans plusieurs ports. Je ne voyais pas, je n'entendais pas, pourtant j'avais des sens de visionnaire. Nous nous sommes enlacées un miracle s'éteignait au lieu de rayonner." 

Passion adolescente au Zénith de sa puissance, de par la peur d'être séparées. Séparées, surprises, dénoncées. Violence des corps, des coeurs en pleurs, en sueur, en lueur. Amour irraisonné, insatiable, perdu d'avance ?
Deux bouches qui n'osent se dire, quatre oreilles qui n'osent entendre ces mots si chers aux amoureux, de peur de les voir disparaître à jamais, de les perdre dans le silence, dans l'absence : "Nous parlons : c'est dommage. Ce qui a été dit a été assassiné. Nos paroles, qui ne grandiront pas, qui n'embelliront pas, se faneront à l'intérieur de nos os."

Un vrai poème : "Je veloutai le prénom d'Isabelle avant de le prononcer, j'écoutai dans mon esprit l'intonation de la phrase que je lui dirais".

Note : 08/10

lundi, 01 octobre 2007

L'aube le soir ou la nuit

c5c4253bd2679d1ec0137e23ae1619ed.jpgAUTEUR: Yasmina Reza

Yasmina Reza l'excellente écrivain de la pièce "Art" décide fin 2006 de suivre Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale à la présidentielle pour faire son portrait.

L'homme  accepte il est même flatté...

Quelques mois plus tard Nicolas est président... Et sort donc le livre de Yasmina qui est annoncé dans plusieurs médias comme l'événement littéraire de l'année, un phénomène comparable aux "Bienveillantes" de Jonathan Littell.

                                       Impatient de lire ce livre  "événement" je l'achète dés sa sortie vendredi dernier.

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lundi, 24 septembre 2007

Ni d'Eve ni d'Adam

963e35930739a441afba44b0ecf8df5d.jpgAuteur: Amélie Nothomb

Titre: Ni d'Eve ni d'Adam

La stakhanoviste de l'écriture Amélie Nothomb fait de nouveau une rentrée littéraire en fanfare: livre placardé en grand format dans toutes les gares de France et de Belgique, oui la star des éditions Albin Michel est de retour et... Le livre est bon!

Amélie Nothomb signe là une sorte de suite de son roman "Stupeur et tremblement" roman à succés très drôle racontant ses aventures comme employée (belge) dans une grande multinationale Nippone.

Dans Ni d'Eve ni d'Adam qui est aussi réussi je trouve que son premier roman se déroulant au Japon, car aussi hilarant Amélie nous raconte son histoire d'amour (son koï) avec un jeune japonais de son âge  Rinri a qui elle donne des cours de français.

 "Stupeur et tremblements pourrait donner l'impression qu'au Japon, à l'âge adulte, j'ai seulement été la plus désastreuse des employés. Ni d'Eve ni d'Adam révélera qu'à la même époque et dans le même liu, j'ai aussi été la fiancée d'un Tokoïte très singulier" (Amélie Nothomb).

Le roman se lit vite et procure un rire franc, les anecdotes et l'autodérision d'Amélie Nothomb font mouche à tous les coups! 37d76a8e9c2d12a750d1cbbce14b8fa2.jpg

Amélie est une véritable héroïne de Manga.

AGENT BEN.

Extrait: Je me sentis extraordinairement stupide avec ma pédagogie à deux sous. Pour retomber sur mes pattes, je parlais de n'importe quoi: quels aliments mangeait-il ? Péremptoire, il répondit:

-Ourrrhhh.

Je croyais connaître la cuisine japonaise, mais cela, je n'avais jamais entendu. Je lui demandai de m'expliquer. Sobrement, il répéta:

-Ourrrhhh.

Oui certes, qu'étais-ce?

Stupéfait, il me prit le carnet des mains et traça le contour d'un oeuf. Je mis plusieurs secondes à recoller les morceaux dans ma tête et m'exclamai:

-Oeuf!

Il ouvrit les yeux comme pour dire: Voilà!

-On pronoce oeuf, enchaînai-je, oeuf.

-Ourrrhhh.

-Non regardez ma bouche. Il faut l'ouvrir davantage: oeuf.

Il ouvrit grand la bouche:

-orrrrhhhh.

Je m'interrogeai: était ce un progrès? Oui, car cela constituait un changemnt. Il évoluait, sinon dans le bon sens, du moins vers autre chose.

-C'est mieux, dis je, pleine d'optimisme.

Il sourit sans conviction, content de ma politesse. J'étais le professeur qu'il lui fallait. Il me demanda le prix de la leçon.

07:10 Publié dans contes rendus | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : littérature | | | |  Facebook

jeudi, 20 septembre 2007

Vendredi soir

37850afe2a74d69799b59dbb2fca9c89.jpg"- Est-ce que vous voulez dîner avec moi ?
- Oui.
Il avait répondu tout de suite presque avant qu'elle n'ait fini sa phrase. Il s'était à peine tourné vers elle. Son corps n'avait pas bougé. Seule, sa nuque avait pivoté contre l'appui-tête, un mouvement rapide. "Oui." C'est tout.
Il n'avait même pas semblé surpris.
Peut-être s'attendait-il à cette question.
Ou alors, quoiqu'elle eût proposé, il aurait accepté."

 

C'est le dernier soir de Laure, avant son emménagement chez François, le premier homme avec lequel elle va vivre. Elle jette un dernier regard sur ce minuscule appartement qui contient les huit dernières années de sa vie.
Elle est épuisée, elle se serait bien passé de ce dîner chez Marie et Bernard, mais la ligne de téléphone a été coupé. Tant pis. ELle met le contact, la soufflerie du chauffage poru se sécher les cheveux, et démarre. Mais c'était sans compter la grève des transports. Des kilomètres de bouchon. En plein hiver. A une centaine de mètres, un homme seul, près d'un platane. Il semble attendre quelqu'un. En fait non. C'est droit sur sa voiture qu'il vient. Il lui demande de le déposer, quelque part, n'importe où, ça sera bien. Elle accepte, elle a déjà refusé un piéton.

Il fait nuit, le trafic saturé, l'espace réduit de l'habitacle aussi, saturé de son odeur à lui, de ses odeurs : tabac, parfum, cuir. Elle aurait bien envie d'une cigarette, ça fait si longtemps. Peu de paroles sont échangées. Pas besoin. Pas la place. Les corps parlent, les vêtements, la cigarette qui se consume, le cuir qui craque.. Elle imagine qu'il est attendu par une femme. Elle pense à François. Lui s'appelle Frédéric. 

Elle a faim. Il accepte de dîner avec elle. Elle l'observe, presque jalouse, de ces autres qui lui parlent, à lui, qui gâchent ces instants, qui ne devaient être qu'à eux. Dans quelques heures, elle déménage.

Ecrit simplement, une centaine de pages, aérien, comme cette nuit, survol d'une vie, résumé d'une passion fugace, d'une fuite dans l'instant, comme une transition, une étape nécessaire. Un hasard ? Pas si sûr. Calculé ? Certainement pas. Laure s'imprègne de toutes ces sensations, sa conscience de François semblant évoluer dans une autre dimension, hors de cette nuit, loin de Frédéric. Pas d'hésitation, enfin presque pas.

Etrange sensation. Car au final, ce livre ne parle que de sensations.

Note : 7/10

mercredi, 19 septembre 2007

Cet extrême amour

Une jeune écrivaine corrige et rehausse le niveau de certains manuscrits afin de gagner sa vie. Il faut bien donner une contenance au personnage. Seul le fait d'écrire a son importance. Elle sera conviée pour une interview, où elle n'aura rien à dire. Un des autres invités est un directeur d'agences de pub. Il deviendra son unique direction, à elle. Pour les trois années à venir.

C'est juste l'histoire d'une passion dévorante, au sens propre du terme : "Qu'il me bouffe, qu'il m'avale, jusqu'à la dernière phalange." De toute façon elle n'a plus besoin de ses doigts, elle n'écrira plus jamais, malgré les exhortations de son entourage, sa mère, son ancienne meilleure amie. Elle s'en passerait bien, de son entourage. Elle se passe même assez bien de tout ce qui ne contient pas Loïc. Elle savoure le manque occasionné par l'absence quotidienne de cet homme qu'elle attend, chaque soir, l'oeil collé au judas.."Je ne vivais plus que pour Loïc. J'avais besoin de le voir partir chaque matin, en retard. J'avais besoin de l'imaginer quand il n'était pas là. Le soir, je comptais les minutes qui me séparaient encore de lui, j'écoutais l'ascenseur, je scrutais le palier par l'oeilleton jusqu'à ce qu'il apparaisse enfin. Le temps passait, mais nous n'en savions rien."

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lundi, 17 septembre 2007

Histoire d'amour

857fdd14b11df8cd55b810499daa4d06.jpg"Nous aurions pu faire connaissance, nous nous serions peut-être plu, et le début de notre histoire n'aurait pas été marqué du sceau de la détention."

Voilà, tout est dit, pas besoin d'en rajouter des tonnes. Ou alors juste quelques kilos. 500 grammes, ma bonne dame, j'vous assure, c'est une affaire ! ça s'rait bien, le livre au kilo, oué, ça s'rait bien.

Alors le narrateur, autant vous prévenir, âmes sensibles que vous êtes, a des tendances schizo-paranoïdo-psychopathe. On sent de suite qu'il ne va pas très bien. Enfin, pas dès les premières lignes, mais presque. Quand il aperçoit cette femme dans le métro, il a une réaction plutôt acceptable, il tombe sous le charme. Quand il descend à la même station qu'elle et qu'il la suit, il a une attitude un peu étrange, mais par amour que ne ferait-on pas ? Et lorsqu'il entre de force chez elle, là, l'on perçoit un pan de sa nature profonde.. Oui, ce n'est que le premier. La "victime", entre guillemets car la narration joue d'une ambiguïté extrême, portera plainte le lendemain, deux mois d'incarcération, et la plainte est retirée. Dans la plupart des cas, chez la plupart des gens, même pas bien finis, même si l'on est récidiviste, on ne cherche pas à reproduire immédiatement ce qui nous a coûté un peu de prison. Non. Sauf si l'on estime ne rien avoir commis de répréhensible.

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vendredi, 14 septembre 2007

Asiles de fous

20213cbbb6e1078b38c32e99b3f8eb09.jpg"A la longue, il finira de toute façon par m'indifférer, parce que tu l'appliqueras sur le mien comme un emplâtre. Ta conversation m'exaspèrera, toujours les mêmes histoires de carburateurs, de tension artérielle, de bricolage, tes rêves de ferme à rénover dans une région boueuse où les agriculteurs rendus neurasthéniques par le climat bradent leur bien pour ne pas devenir fous. Ton petit emploi, ta mère qui téléphonera chaque jour pour te reprocher tes dents de lapin. Ta peur du vide, de la guerre, de la vieillesse, des rides, d'une alimentation trop carnée, de la cuisine grasse à la cantine. Ta terreur devant la moindre ambulance, tes érections dans l'escalier quand tu croiseras la voisine du second, étudiante en économie politique, et mon amour pour toi dont tu riras quand je te le montrerai sous la couette comme un trésor. Car malgré tout je t'aimerai comme on souffre, comme on se sacrifie, mais mon amour t'incommodera comme une odeur de friture. Tu me diras sans cesse de le cramer dans le four, de l'enfermer dans un poudrier et d'aller l'enterrer au pied d'un arbre du Forum des Halles."

Une rupture, le sujet a été maintes fois étudié, explicité, romancé. Mais jamais de la sorte. Imaginez, votre beau-père, sous prétexte de changer votre robinet de cuisine qui fuit, vient vous annoncer que son fils vous quitte. Imaginez tous les arguments qu'il va mettre en place, déployer dans votre esprit, pour vous convaincre que  c'est la meilleure chose à faire de toute façon. Que Damien ne pourra pas évoluer dans une relation comme celle-ci. Qu'ils (ses parents), le rémunèrent chaque fois qu'il prend une bonne décision (leur décision). Qu'il vous dit que vous avez eu de la chance de le connaître, qu'il ne faut pas en vouloir à Damien, il n'a jamais été un grand passionné, à peine affectueux, et surtout par obligation. Imaginez qu'il commence à vous dire qu'à votre place, il n'aurait pas supporté de vivre avec un tel homme, qu'il n'est pas forcément un fils exemplaire, mais que c'est le sien, et qu'il doit faire avec. Là, vous venez de pénétrer l'univers de Régis Jauffret. Le monologue à deux personnes.

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