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vendredi, 06 octobre 2006

L'image, innée

(extrait - juillet 2006)

     Je veux un endroit inconnu de tous, inconnu des lois, je veux un endroit connu de lui seul, de lui seul et de moi.. un lieu sans gravité, où les mots tombent, sans hécatombe, censure, sûr et certain d’être entendus, en temps et en seconde, faits pour s’étendre, sans s’éteindre, faits pour surprendre, peut-être étreindre.. mots pour peindre, se prendre, sans aucun mais, sans se méprendre, apprendre à voir, à sentir, à toucher, avec détachement, mentir, sans tâcher l’histoire, mourir, ému.. aimer dans le noir, dans l’espoir d’y voir clair, dans l’espace, sans y croire.. à chaque jour suffit sa gêne, à chaque homme suffit sa haine..

    [...]

Et va, naissant

Et va, naissant…

 

 

    Quand je l’ai connue, son corps riait, ses yeux brillaient.. tantôt de joie, tantôt de chagrin, auquel cas elle nous le cachait bien… avec le recul, je pense que cette lueur au fond de l’iris n’était rien d’autre que le reflet d’un trésor enterré, au plus profond de ses entrailles..

    La vie a entaillé de nombreuses fois et tailladé son corps plus souvent qu’elle ne pouvait l’avouer. Au fond c’est dément, dehors c’est le déluge…

    Elle se voyait déjà à la fenêtre du chalet, entourant de loin d’un regard aimant la petite silhouette dévalant la pente enneigée, sur sa luge.. elle ne demande rien de plus, alors dites-moi pourquoi Dame Nature s’y oppose et lui refuse l’évidence.. ce feu qu’elle entendait crépiter dans l’âtre a réduit en cendres les photos qu’elle n’a pas pu faire développer.. décembre et ses fêtes de fin d’année finissent de la crucifier…

Le commun des mortels ignore qu’elle a porté la mort en elle, qu’elle n’a pas eu le temps d’accueillir la vie, même fragile, au creux de ses mains, sur son sein..  elle-même ne mesure qu’aujourd’hui l’horreur indicible d’une place qu’elle avait faite et qui reste inoccupée.. ignoble descente aux enfers d’un corps réfractaire à tout éclosion et maintenant prêt à l’implosion.. L’enfer rugit, enfle, amplifie le vide qui l’amenuise. La nuit s’infiltre, la nuit se glisse et délimite son territoire.. une vie en entonnoir. Le noir entonne le chant du désespéré. La mort pense arriver à bon port, continuant d’amoindrir la femme déjà ténue, qui ne tient plus qu’aux fils qui l’ont maintes fois  recousue.

 

C’est alors que la mort vola en éclat, quand Il entra dans sa Vie..

 

Il chassa de son ventre la nuit en y déposant leur trésor.

 

 

Merci.

Apôtres de l'apothéose

(extrait - mars 2005)

 

Comment exprimer un mélange d’émotions, comment libérer quelque chose qui s’accroche aux viscères, qui fait mal quand on essaie de l’enlever, qui amenuise au fil du temps votre aptitude à vous adapter.. ou alors c’est le vide.. vous avez beau chercher quelque chose, un repère, un mode d’emploi.. non, y a rien.. quand on se réveille, on hésite à se lever, on sommeille, on hésite à se rendormir.. on se dit qu’il faut se lever, mais pourquoi faire, et pourquoi est-ce obligatoire, conventionné.. et après..  que je me lève à 10h ou à midi.. ça gênera qui.. ça changera quoi.. au bout d’une heure, on se lève, un peu par la force des choses.. parce qu’il faut bien se nourrir.. parce qu’il faut se laver, ne pas se laisser aller, et si jamais quelqu’un venait.. effectuer les gestes quotidiens, non sans une certaine difficulté, une douche éprouvante au point de s’asseoir dans la cabine, et laisser l’eau heurter votre nuque d’un rythme régulier, apaisant, consolant, presque aimant... Laisser l’eau glisser  ensuite sur le dos, sur le ventre, malgré les jambes repliées.. fermer les yeux, laisser couler l’artificielle cascade, laisser tomber la façade, perdre la face, face à soi-même, ne plus se mentir, ne plus mentir à son corps, en manque de caresses, ne plus mentir à son cœur passionné en détresse, faute de pouvoir se livrer, sur un plateau où on peut ouvrir ou pas le rideau, se délivrer de son fardeau, devant des milliers de bouches en forme de « o ». Ce rideau blanc comme l’innocence, comme la pureté, plus blanc que blanc, lavé avec le Nouvel Ariel, rideau blanc de n’être jamais ouvert par des mains, par des humains, lavage de cerveau en  machines, péchés lavés à coups de larmes, visages dégoulinant de bonnes intentions, attention à la marche, ah non, c’est pas la même émission, pardon.. s’étaler sur le plateau, en long, en large, et en public.. gros plans sur les yeux brillants, la tête levée vers l’écran, comme attendant un miracle, le chemin du purgatoire au paradis.. deux apôtres pour passer d’un côté à l’autre, recueillir les confidences, faire monter les parts d’audience avec de longs silences.. on ouvre ? on ouvre pas ?

 

Allez  j’ouvre le rideau, fini la douche, l’eau calcaire abîme la peau..

 

 

 

[...]

Impro

(juin 2004)

 

 

 

 

    Bien évidemment je lui en veux, de m’avoir laissé croire que, de m’avoir laissée me perdre dans ses yeux, éblouie par cette lueur faite pour moi, mais qui brûle pour une autre. Evidemment  je lui reproche de m’avoir laissée m’approcher pour aussitôt devoir me décrocher, de ne me laisser qu’un trou de serrure par lequel je n’aperçois que des bribes de lui..

    Et après, même si c’est de sa faute, ça changera quoi ? même si j’ai laissé mon cœur à la fosse commune, j’existe encore dans la vraie vie, je fais semblant de vibrer, quand un homme s’intéresse à moi de très près, et je me laisse prendre au jeu, après tout ça ne peut que me profiter, ce rôle que je quitte pour en incarner un autre, ce carnet sur lequel je ne prends plus de notes, ce quart d’heure pendant lequel je me suis oubliée. A présent j’erre dans un sanctuaire des plus somptueux, pour enterrer les tâches d’hier, pour sentir l’air , pour retirer la hache qui fend mon cœur en deux.

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Petit ange

(Extrait - début 2003)

Petit ange

 

 

C’était pas la peine d’essayer

C’était plus la peine d’y penser

Ça devait pas être une bonne idée,

On s’entendait même plus parler.

 

Refrain :

Petit ange s’est brûlé les ailes,

L’éphémère n’a plus d’étincelles,

Dans son agonie regarde vers le ciel :

Douleur indicible aux mortels.

 

Le soleil pâlit dans l’atmosphère,

Lentement s’évaporent les chimères,

L’esprit se fait transparent comme l’air,

De toute sensation l’opium le libère…

 

 

Refrain :  

Petit ange s’est brûlé les ailes,

L’éphémère n’a plus d’étincelles,

Dans son agonie regarde vers le ciel :

Douleur indicible aux mortels

 

 

[...]

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Avide pas sage

(extrait - fin 2004)

 

 

 

Un bonheur de passage, un homme pas très sage de l’autre côté attend un signe de ma part pour s’allonger à mes côtés, laisser glisser quelques minutes sur ma peau, le temps passe, mais il ne reste pas..

 

Un homme se baisse pour encore renouer ses lacets encore défaits, et sait déjà qu’il se relèvera, les yeux injectés, le cœur éjecté, le sang aux tempes qui bat la même mesure à chaque fois que se rouvre la blessure. Le disque est terminé ; pourtant il marche encore dans son sillon. Le micro ne marche pas, la sono déconne, encore… l’alternatif, ça use un corp

 

La raison me dit de tout abandonner, de tout laisser sur place, libérer le passage pour avancer.. un présage m’a dit que c’était lui, un beau paysage ne vaut rien si l’on est seul à le voir.. 

 

« - Ça n’est pas en se regardant dans un miroir qu’on peut se consoler, en se mirant dans son reflet on ne fait que s’isoler. On cherche  une solution, mais la réflexion n’avance pas, s’arrête au constat. Miroir, O mon beau miroir, dis-moi qu’elle est la plus belle.. mais il ne renvoie que l’envers du décor, le corps en travers de la voie, les maux qui restent sans voix, en travers de la gorge. Il absorbe un temps la souffrance, puis la renvoie de toutes ses forces, pour repartir en errance. Le visage est trop pâle dans un miroir sans tain, l’écran éteint, on tente de reprendre une vie normale, faite d’onomatopées, on continue de tâtonner.  Le reflet contemplé est le temple du con en arrêt.. »

          Si je regarde bien, l’un a refermé la porte, l’autre regarde par le trou de la serrure, si j’écoutais les voix de la sagesse, je passerai mon couloir, vers d’autres portes pas encore enfoncées.. mais je n’ai jamais été capable d’être raisonnable, j’ai toujours marché sur un câble trop tendu, prêt à rompre, sans que jamais ma vie ne s’interrompe.. les souvenirs s’estompent, la douleur reste, la douceur glisse vers les gens heureux ; lasse de jouer sans cesse les seconds rôles, je m’enrôle dans la solitude et m’y complais, sans cesse en quête du meilleur je ne rencontre que son meilleur ennemi, j’aspire à quelques gestes tendres et vais m’étendre seule tous les soirs..

Fée d'hiver - 01

(extrait - septembre 2004)

 

 

 

 

 

 

Il savait, depuis le début il savait.. mais il n’en a rien fait.. pourquoi ? pourquoi n’a-t-il pas mis la distance ? pourquoi m’a-t-il gardée à proximité de son âme sans que je puisse en toucher l’enveloppe ? comment peut-on apprivoiser un cœur, qui une fois pris, n’ira plus jamais pavoiser ailleurs ? Lavoisier avait raison, rien ne se crée, tout est perdu, ou quelque chose comme ça. Pendant ce temps-là je suis en transit, dans un sas, d’autres dans leur transat, passent des accords tacites.. jouent l’avenir d’une génération sur un coup de dés…

 

 

« L’aider ? c’était perdu d’avance.. », ma vie s’est épépinée et les épines m’ont transpercé chaque parcelle d’humanité.. la perfidie rend les gens acides, ils absorbent la vie à tour de bras perfusés, prennent le meilleur de nos moelles et jettent les restes au bas de l’échelle.. ils brûlent la surface sous anesthésie, et nous laissent les chairs à vif,  génocide du corps, violation d’un autre genre, les mystères de nos êtres épiés par les regards avides d’intimité..

 

 

[...]

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Rêve, errance

(extrait - juin 2004)

 

 

 

[...]

 

Balzac a bien réussi à faire un roman du chagrin qui lui collait à le peau, mais moi j’ai pas envie d’en faire mon pain quotidien, j’préfère manger mes tartines en lisant l’hebdo du coin, avec le café qui fume et le cerveau bien calé dans les derniers potins… le bulletin météo qui sort du poste de radio n’est pas fameux, effectivement là-haut c’est pas radieux.. si j’vais pas au boulot, vais encore manger des radis, mais ça j’l’ai déjà dit.. c’est pour quand le paradis sans préavis..  dehors j’ai peur de me faire télescoper par les visions d’horreur consternant  nos petits écrans devenus grands, dedans ça m’fait pleurer tellement c’est laid..

 

Le don de soi si vite repris, le son de ta voix presque oublié ; elle redevient froide ma vie, comme les nuits dans le désert, comme un jour glacé d’hiver.. même si y avait eu du soleil aujourd’hui, y avait personne pour cligner des yeux avec moi, il y a quelques nuages, mais personne pour me dire : « regarde, on dirait une licorne, celui-là! »

Les pages du livre sont cornées d’avoir été autant maniées, au risque de perdre les manières de l’art. C’est bien joli de savoir tourner une phrase, c’est quand même mieux de rester en phase avec sa vie..

 

[...]

 

 

 

Enfer et Dame Nation

(Extrait - mars 2005)

 

[...]

 

L'on s'ennuie, en long, en large et en travellers? c'est l'heure des travelos, qui dévoilent les travers de l'homme en crise identitaire.. c'est déjà pas facile de faire avec soi, si en plus il faut faire avec ce qu'on n'est pas, ce qu'on ne sera jamais, on n'est pas sauvé.. Y en a qui changent de sexe, d'autres de veste, mais ils restent au même endroit...  La sédentarité n'a pas que des avantages, l'on vieillit avant l'âge par manque de grand air, l'on s'appuie trop sur nos lombaires, on a plus que l'âge de nos artères ? En proie au vague à l'âme, on envierait presque ceux qui « envahissent » nos terrains vagues.. ceux-là même qu'on marginalise à foison perdent un peu plus de leurs origines à chaque saison...ils n'ont pas de maison, de statut social, y a pas d'raison qu'on leur alloue un bout du camping municipal.. Et puis quoi encore, faudrait leur donner du travail ? Y en a déjà pas assez pour les Français, les vrais.. vous ne trouvez pas que la majuscule devient risible, quand elle inclut des esprits aussi ridicules que nuisibles, qui véhiculent les idées reçues à la vitesse de la lumière, et eux si loin d'en être ?

 

[...]

Victime d'une âme sensible

(juin 2004 - extrait)

    [...]

    Jamais je n’aurais pu imaginer de tomber nez à nez avec mon reflet.. oh il est pas là, dans le miroir, c’est dans un écran que je l’ai croisé, mais y a pas eu besoin de briser la glace, on squattait le même iceberg, la même partie immergée, partis tous les deux pour se noyer dans la mer Egée, le cœur inondé de drames différents, mais le même goût de sel dans toutes ces larmes pas encore versées, la sonnette d’alarme hors d’usage, le virage déjà raté ; embarqués pour le même voyage on n’avait pas le même compartiment, rien à comparer, sauf peut-être le nombre d’heures affiché au compteur ; ; on n’avait pas le même paysage, de toute façon on pouvait pas le voir, trop occupé à constater le triste reflet dans la vitre, le regard vitreux trop vite tourné vers le passé, assis dans le sens inverse à la marche, on avait le mal des instants présents, des souvenirs pas encore créés, d’une vie à peine rêvée..

    On s’asseyait sur une marche d’escalier, et puis on rampait au lieu de grimper ; on attrapa des crampes parce qu’on ne s’était pas tiré à temps, attiré comme l’éphémère vers l’incandescent, les ailes à peine écloses et déjà cramées.. on va pas passer sa vie à faire du macramé avec ce qu’il en reste, on va pas massacrer nos dernières chances d’être aimé à ruminer son malheur en cachette, surtout ne pas vider le grenier avant d’avoir emménagé,  et si on se souvenait des paroles de nos grands-mères, plutôt que d’user tous les jours une grammaire abusée des tournures employées à l’insu de son plein gré.

    [...]

L'âme aux râles

(mai 2004 - extrait)

 

    C'est dans l'air du temps , c'est comme un appel d'air.. l'adulte erre vers demain enfermé par ses désirs les plus refoulés.. jusqu'à tendre vers l'appel de la chair au détriment de la chère et tendre.. les courbes remémorées, les gestes réinventés, au gré du passé encore présent.. cette alchimie des corps, chimère trop fière d'être rappelée à notre bon souvenir, qui a senti le vent venir, dévoiler le corps gonflé d'une chaleur ramenée à la surface ; on ne veut pas perdre la face mais la saveur n'est pas assez amère pour rester de glace, on poursuit sans relâche la moindre goutte de sueur, suave liqueur qui roule sur le corps tant convoité et conduit aux cavités coupables de trop de gravité ; irrésistible appel des profondeurs pour mieux parvenir au sommet, où le plaisir éclate et fond comme neige au soleil dans une langueur sans pareil qui se voudrait éternelle.. Je regarde les nuisettes accrochées au portant, que je croyais ne plus porter avant un certain temps? ce voile qui dénude un corps plus qu'il ne l'habille, au clair d'une lune entr'aperçue. On se glisse sans scrupules dans le vice ; sous couverture de se rendre service on se délivre du supplice des heures passées sans ce plaisir échangé, les habits s'évaporent tandis que les pores se dilatent. L'insoumise rougit sans fausse pudeur. La nuit se pare sans détour de ses plus beaux atours, d'une odeur de communion, de murmures rappelant la confession, de souffles sans bougies, et sans bouger la nuit revêt son aube sur les corps endormis.

    [...]

Les Affreux de la beauté

(8 mars 2004 - extrait)

    Mon Dieu quelle tête encore ce matin ! enfin, quand je dis ce matin, je devrais dire cet après-midi, un bon milieu d'après-midi, j'en ai même loupé le rôti et le clafoutis, et tante Clotilde et son mari Henri.. j'ai bien fait de faire grasse matinée.. quelle idée aussi de les inviter tous les dimanche midi.. tiens d'ailleurs j'entends d'ici tonton Henri.. « alors ma grande, tu nous fais enfin profiter de ta présence, si brève soit-elle ? » ..Ainsi soit-il.. tante Clotilde qui ne sort jamais sans son bréviaire, talisman de quinquagénaire toujours inquiète, me jettera un regard plein d'empathie, souffrira pour moi de cette migraine dominicale qui me dévore le crâne, comme une gangrène.. Mes parents, fidèles à eux-mêmes, chiens de faïence aux noces d'argent lointaines, contempleront du même œil alarmé le fruit de leurs peines, gâté d'avoir été trop materné.

    Traumatisme d'une naissance prématurée, je me suis vite réfugiée dans un mutisme adolescent, évitant ainsi les discours vermifugés des âmes édulcorées.. ma mère rêvait pour moi d'une scolarité sans faute, ankylosée dans son fauteuil élimé, à siroter sa Ricorée. Mais le mur est lézardé , j'ai pas les facultés pour être thésarde.. et je supporte pas les horizons tout tracés, les heures passées à potasser des cours ; enchaînée à domicile je joue le vilain canard, adopte le langage des signes, à leur grand désespoir. Je me dis qu'ils auraient mieux fait de me laisser au bestiaire, au lieu de m'obliger à regarder le ballet de comédiens à deux balles, les poumons remplis d'ammoniac d'un passé tabagique, le visage camouflé par des cosmétiques achetés en vrac, au Carrefour du coin. Santé à manier avec précaution, santons d'une crèche éteinte, dont les rois ont perdu la clé, où est l'image de la famille parfaite ? J'voudrais que la Fée Clochette me prête sa poudre belles gambettes, j'voudrais jouer les vedettes sur le boulevard Gambetta, sans gamberger jusqu'à demain comme une larve ex-coquillée.

   [...]

Ode au reality show

(15 septembre 2003 - extrait)

    J'suis en colère vous savez, j'en ai assez de cette ère de désespoir, terres d'espoir, tu parles, c'est nous les poires, voilà comme on nous considère, comme on nous sert, sur des plateaux-télé, c'est pour quelle émission, c'est la caméra cachée? Et mon premier cachet je le touche quand? Ah non il faut que j'en prenne, des bleus pour me calmer, des blancs pour dormir, et des rouges pour m'réveiller ? C'est ça notre emblème tricolore? J'suis pas d'accord. On fait quoi des restes sérieusement? Ou alors, on reste, et on se ment ?

    Non, c’est pas possible, vous avez dû me prendre pour cible, passible d’une lourde peine ; je souffre depuis assez longtemps pour ne plus savoir depuis quand. Eh oui, il me faut aujourd’hui encore me mettre à genoux devant vous, vous faire la cour, à vous messieurs du barreau, bourreaux des tribunes qui placez la barre un peu haut ;  j’ai jamais été douée pour les sauts en hauteur, j’préfère prendre une longueur d’avance, de longues vacances. Alors allez-y nobles gens, mettez-moi à l’ombre pour un bout d’temps, de toute façon j’vois plus l’soleil, il fait trop sombre quand je m’éveille. Vous me demandez une plaidoirie.. Mais pourquoi faire, pour plaire à qui ?

    Cette soirée était parfaite, offerte par les fées, effet de surprise, on a lâché prise. Oui j’avoue, je me suis laissée aller à quelques instants d’éternité, lasse d’être enlacée par les chaînes du regret. Je me suis laissée hâler par la promesse d’un plaisir partagé, j’ai glissé dans l’ivresse des caresses prolongées, j’en ai profité, perdue dans l’étreinte des corps échauffés….

    « chat échaudé craint l’eau froide, normalement », me dites-vous. Je suis d’accord, on était pas obligés d’en arriver là.. on aurait pu éviter… vous n’en avez pas vu l’utilité,  et vous jetez tout sur la voie publique…vous piétinez allègrement ces instants phosphorescents, La faute indécente ;  mais je n’avais pas de photo récente, juste des souvenirs.. Je voulais vivre un bout de  présent, même sans avenir… je sais que j’aurai tout mon temps, pour réfléchir…

    [...]

Mythe au logis

(octobre 2003 - extrait)

    Oppressée, énervée, un moustique assoiffé, la pleine lune exhibée… un peu tout qui s'bouscule, comme un jour de promos spectaculaires à l'hyper du coin… J'm'éloignerais bien, loin des humains, et de leurs humeurs du matin.. c'est pas un drame, mais c'est trop tôt, pour s'engouffrer dans une rame de métro… Ces dernières nuits le sommeil me délaisse, mais l'ennui se lasse face au céleste ; je ramasse les restes de pensée égarés au fond du lit, et regarde l'éternel ballet qui se joue depuis tant de vies..

Tu m'as fait découvrir des contrées stellaires, délestées de toute contrariété… le courant passait, même si on voguait souvent contre vents et marées ; on avançait doucement dans la galère, sans autre repère que ces lumières, fragiles par temps couvert. On attendait un Cygne, mais le ciel s'est voilé. Et là, la lumière aveuglante des éclairs, la foudre déchirant l'air de filaments géant. Finalement, à quoi ça sert…

C'est vrai, je me suis souvent dit que regarder le ciel sans l'invoquer ne servait pas à grand chose ! C 'est pas Cassiopée qui ferait taire les casse-pieds, bien calée sur sa chaise. Elle a misé sur Pégase, bien côté à l'argus, tandis qu'Arcturus, à l'affût de la Grande Ourse, n'attend qu'une chose, de la passer à la casserole… Ca a tout juste été utile aux pirates, aux pires des ratés en mal de mer, qui ont égaré leur Boussole, et qui jamais ne s'en consolent… On voit encore leur navire, Argo, avec le vent en Poupe, les Voiles gonflées et la Carène à peine épargnée par les météorites… héritiers des tempêtes de l'éternité, à contempler la Lune et lui compter les plaies, sans pouvoir les panser.. Et je repense aux histoires que tu me racontais…

[...]

Appel d'R.

(septembre 2003)

R.,


    Nous avons fait un bout de chemin ensemble, nous avons marché côte à côte pendant plus d'une année ; nous avons eu à certaines intersections du mal à nous mettre d'accord sur la direction à emprunter. Nous sommes tombés aussi, nous nous sommes égratigné les genoux à plusieurs reprises ; nous avons pris des raccourcis, pensant gagner du temps. Nous avons pris le temps de nous poser aussi, une nappe à carreau, comme une halte, un instant de repos. A ces moments-là, nous avons pu lever les yeux au ciel et retrouver le chemin grâce à ses lumières si lointaines, et nous si loin d'en être.

    Nous avons été séduits par de belles vitrines, à l'approche des villes, qui nous promettaient de l'argent et la réussite contre plus de trente heures de bons et loyaux services, longs boyaux asservis par le stress de ne pas bien faire, et nous aussi. On est entrés, pensant bien faire, puis on s'rend compte qu'on en a marre de faire les comptes, neuf lettres, pas mieux, « congépayé », eh ouais , on s'dit : « Quel con, j'ai payé ! ». On est dans cette ville depuis quelques temps, qu'on rechigne déjà à aller au boulot, mais au bout, l'eau, alors on pique une tête ; pas n'importe laquelle, une en bon état, de préférence.

    Alors nous avons nagé jusqu'à la rive d'en face. On efface tout et on plante la tente, l'attente nous plante là, jusqu'à ce qu'on ait pris suffisamment le soleil, qu'on ait mûri. Nous avons replié bagages, n'avions aucun gage au Mont de Piété. Nous avons empiété sur les terres de la vie ; contrainte, elle accepta nos étreintes, éternelle elle nous prit sous son aile. Puis une nouvelle rue marchande aux étalages drôlement bien achalandés, qui séduirent nos esprits déjà surchargés. C'est dire comme les choses étaient joliment présentées, un meilleur salaire (l'air toujours aussi sale), plus stable (on a déjà les chaises, c'est bien !), possibilité d'évoluer au sein de l'entreprise (au sein ou dans le ventre, un sevrage ou un accouchement, dans les deux cas, on perd sa place). On n'avait rien d'autre à faire, on a dit banco, la banque a dit : « Oh ! ». Moi, elle m'a jamais trop portée dans son cœur, j'étais pas portée sur la monnaie, on s'le rendait bien.

    L'un a du mal à gérer ses comptes, l'autre a du mal à les digérer, c'est con, tout est histoire d'intestins ; c'est un test, hein ? La tension monte, l'attention diminue, et on dit : « Minute, papillon ! », on a pourtant dit qu'on s'aimait non ? On sème on arrose, on récolte ; on s'aime à coups de roses, on range les colts. C'est la trêve, et puis la grève. Vient le temps des réformes, tout le monde perd la forme et le fond, personne ne veut le toucher, alors, au fond, tout l'monde s'en fout. Oui, tout l'monde s'en fout car après tout quatre pelés et un tondu de la « France d'en bas » n'ont pas d'avis à donner, la vie à donner… on a beau appeler on n'est pas entendus… Un vent froid souffle sur le drapeau, embrase les étincelles des pyromanes, des imprudents ; on fait les calculs : on dira que c'est la canicule, on déclenchera les plans d'urgence, on restera en alerte un certain temps, haletants, en attendant le calme.

    Et nous dans tout ça, on s'démerde, on s'dit merde, on étouffe, dans la mal bouffe, on implose sous la peine, la haine à peine éclose. Parce que les obstacles sont fréquents on tacle sans raison, sans remord ; on mord la poussière, aujourd'hui moins que demain. A deux mains c'est mieux que rien, deux ego, parfois c'est trop. Mais sur la table du p'tit déj, …y'a qu'un bol…y a moins d'air. Y a plus d'guitare qui résonne, juste le téléphone qui sonne. J'ai perdu mon répondant, j'me suis branchée sur répondeur… j'voudrais juste laisser un message aussi envoûtant qu'un chant de sirènes, mon capitaine, pour vous dire qu'avec vous j'ai découvert d'autres horizons, exploré d'autres contrées, bon gré mal gré, au gré du vent, au gré du temps. J'aimerais vous raconter le bien que vous m'avez fait….