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lundi, 28 mai 2007

Dans le lit vaste et dévasté

Dans le lit vaste et dévasté
J'ouvre les yeux près d'elle ;
Je l'effleure : un songe infidèle
L'embrasse à mon côté.

Une lueur tranchante et mince
Echancre mon plafond.
Très loin, sur le pavé profond,
J'entends un seau qui grince...

 

Paul-Jean Toulet, extrait de Contrerimes

dimanche, 27 mai 2007

L'imperceptible

 Ça vient, c'est déjà reparti. Tu crois que c'est le temps, mais non. Autre chose. Comme une effervescence minuscule: tu fais un lit, tu marches dans une rue quelconque et c'est là. Comme une clarté au milieu du jour, mais sans lumière. Sans rien d’autre pour le dire que quelques mots, soudain, très simples — table, cri ou silence ou nuit… — et qui insistent. Alors, tu les prends: ils forment de petits organismes brefs, pareils à des coquillages que tu porterais à l'oreille pour écouter. (Tu crois que c'est le bruit de la mer, mais non). Ou des cristaux brûlant du même éclat multiplié, mais d'où venu? Tu regardes autour de toi: montée d’escalier, mur, visage, cuvette, matin sur la vitre. C'est comme une vague unique, silencieuse, invisible. Toutes les choses la reflètent et, en même temps, elles y brillent, s'y effacent. Ça vient, oui, mais c’est immobile. Ce n'est rien de ce que tu peux dire. Mais tu parles, malgré tout. Pour écouter entre les mots, comme dans le coquillage. Ce vide bruissant. Tu dis chut!, écoute. Mais ce n'est rien. Tu dis: c'est l'imperceptible.

Jacques Ancet, extrait de Lettres vives, 1996

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samedi, 26 mai 2007

En ce temps las

... Et presque tout cela se passait aujourd'hui, c'est-à-dire, comme toujours, dans le temps.
    Et tous suivaient celui qui criait : "En avant !"
    Et puis soudain, ce ne fut ni n'était aujourd'jhui, hier soir ou demain matin, on entendit un autre cri : "En après !"
    C'était, venant d'une autre espèce d'impasse d'espace, une voix d'enfant, la voix joyeuse et folle d'un hors-la-loi du temps.

Extrait de Choses et Autres

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jeudi, 24 mai 2007

Quai de Béthune

Connaissez-vous l'île
Au coeur de la ville
Où tout est tranquille
Eternellement

L'ombre souveraine
En silence y traîne
Comme une sirène
Avec son amant

La Seine profonde
Dans ses bras de blonde
Au milieu du monde
L'enserre en rêvant

Enfants fous et tendres
Ou flâneurs de cendres
Venez-y entendre
Comment meurt le vent

La nuit s'y allonge
Tout doucement ronge
Ses ongles ses songes
Tandis que chantant

Un air dans le noir
Est venu s'asseoir
Au fond des mémoires
Pour passer le temps

Et le vers qu'il scande
- L'amour qu'il demande
Le ciel le lui rende -
Bat comme le sang

Est-ce une fenêtre
Qui s'ouvre et peut-être
On va reconnaître
Au pas le passant

Est-ce Baudelaire
Ou Nerval un air
Qui jadis dut plaire
A d'anciens échos

Vienne le jour blême
Montrant qui l'on aime
Rendre son poème
A Francis Carco.

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mercredi, 23 mai 2007

Le bien

Tu n'as jamais la même allure
Le plaisir est toujours nouveau
Le bien ne se pose jamais
N'a pas de nid n'a que des ailes

Claire ou sombre au ciel de mes songes
Tu ne sais rien de l'avenir
Tu l'incarnes il est présent
En toi qui ne finiras pas.

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mardi, 22 mai 2007

Métro ciel - extrait

medium_metro_ciel.jpg"Soudain, nous sommes dans un poignant vis-à-vis, seuls au monde. Quelle surprise ! Comment, en si peu de temps, en sommes-nous arrivés là? A cet invraisemblable qui me paraît la chose la plus naturelle ? Le trouble n'a d'égale que l'aisance, comment se fait-il ? Une lascivité me gagne, qui me rend souple et mobile, me met d'emblée sur la longueur d'onde de l'étranger. Comme si je n'avais vécu que des heures semblables toute ma vie, j'accepte de la manière la plus spontanée une situation qui devrait, me dis-je, au contraire m'embarrasser. Je me dis encore : nous sommes ensemble depuis toujours."

dimanche, 20 mai 2007

Chanson

N'était peut-être pas venue,
Quand tu croyais l'avoir tenue.

N'était peut-être jamais née,
Ton souvenir, ton épousée,

Etait peut-être dans tes bras,
Lorsque tu la pleurais tout bas.

Avait peut-être un corps tout chaud,
C'était pour toi, c'était trop beau.

Avait peut-être deux regards,
L'un pour t'aimer, l'autre pour quoi ?

N'était peut-être que douceur,
Quand c'était toi craignant ton coeur.

A peut-être saigné ton sang
Pour que tu sois cet innocent.

 

extrait de Sphère, Guillevic

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capté

 

samedi, 19 mai 2007

Serre-moi

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Embrasse-moi dessus bord
Viens mon ange, retracer le ciel
J'irai crucifier ton corps,
Pourrais-je dépunaiser tes ailes ?
Embrasser, te mordre en même temps
Enfoncer mes ongles dans ton dos brûlant
Te supplier de me revenir et tout faire
ô tout pour te voir partir et viens!

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vendredi, 18 mai 2007

Dans la nuit

Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit

Mienne, belle, mienne

Nuit
Nuit de naissance
Qui m'emplit de mon cri
De mes épis.
Toi qui m'envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fume, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie
sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu'un fil
Sous la nuit
La Nuit.

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Extrait de Plume, Henri Michaux

jeudi, 17 mai 2007

Fête Nocturne

Fête Nocturne

 

Cette fête lie les étangs
Au fulgurant charroi des astres
Avec ses cornes d'abondance
Où roulent nos pensers brillants.

Quelque part entre terre et ciel
Elle vide ces déchets d'âmes
Que d'aucuns dans la nuit en flammes
Prennent pour des cygnes volants

Et nous paternes assistants
De la transfusion de nos moelles
Voyons fondre aussi les étoiles
De nos rêves exhilarants.

 

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( extrait de la revue Bilboquet entièrement écrite par Antonin Artaud 1923.)

mercredi, 16 mai 2007

L'Homme du bien suprême

L'homme du bien suprême est comme l'eau
L'eau bénéfique à tout n'est rivale de rien
Elle séjourne aux bas-fonds dédaignés de chacun
De la Voie elle est toute proche
Choisis un bon terrain pour ta demeure
Choisis le profond pour ton coeur
Choisis pour autrui la bienveillance
Choisis en paroles la vérité
Choisis en politique le bon ordre
Choisis en affaires l'efficacité
Choisis pour agir l'opportunité
Ne rivalise point : tu seras sans reproche.

 

extrait de la Voie et sa vertu, Tao-tê King de Lao-Tseu IIIe siècle avant J-C)

mardi, 15 mai 2007

On ne peut me connaître

On ne peut me connaître
Mieux que tu me connais

Tes yeux dans lesquels nous dormons
Tous les deux
Ont fait à mes lumières d'homme
Un sort meilleur qu'aux nuits du monde

Tes yeux dans lesquels je voyage
Ont donné aux gestes des routes
Un sens détaché de la terre

Dans tes yeux ceux qui nous révèlent
Notre solitude infinie
Ne sont plus ce qu'ils croyaient être

On ne peut te connaître
Mieux que je te connais.

Paul Eluard, Les yeux fertiles

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capté

lundi, 14 mai 2007

Les moutons noirs des nuits d'hiver

Les mouton noirs des nuits d'hiver
S'amènent en long troupeaux tristes
Les étoiles parsèment l'air
Comme des éclats d'améthystes

La-bas tu vois des projecteurs
Jouer l'aurore boréale
C'est un bataille de fleurs
Où l'obus est une fleur mâle

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dimanche, 13 mai 2007

Coeur

Suffit d'une bougie
Pour éclairer le monde
Autour duquel ta vie
Fait sourdement sa ronde,
Coeur lent qui t'accoutumes
Et tu ne sais à quoi,
Coeur grave qui résumes
Dans le plus sûr de toi
Des terres sans feuillage,
Des routes sans chevaux,
Un vaisseau sans visages
Et des vagues sans eaux.
Mais des milliers d'enfants
Sur la place s'élancent
En poussant de tels cris
De leurs frêles poitrines
Qu'un homme à barbe noire,
- De quel monde venu ? -
D'un seul geste les chasse
Jusqu'au fond de la nue.

Alors, de nouveau, seul,
Dans la chair tu tatônnes,
Coeur plus près du linceul,
Coeur de grande personne.

Jules Supervielle, Gravitations

samedi, 12 mai 2007

M. de Coëtquidan

Il se réveillait à neuf heures, et restait au lit jusqu'à dix heures et demie, lisant, tripotant les chats, et se farfouillant dans le nez. A onze heures, il faisait un tour dans le quartier jusqu'à l'heure du déjeuner, et alors rentrait. Après le déjeuner, il lisait un peu, puis se promenait dans Paris de trois à sept, bouquinant chez les revendeurs, et allant de café en café,. Jamais il ne prenait un repas au restaurant, malgré l'envie qu'il en avait parfois, parc eque sa pension était payée à la maison. Jamais il ne fit un voyage de huit jours. Jamais il ne sortait le soir, et jamais n'était invité. Par sauvagerie et horreur de se contraindre, il avait quitté le monde, n'avait plus été voir les gens qu'aux heures où il savait ne les trouver pas ; ensuite, comme il arrive, le monde le quitta, et tandis qu'au début il n'y allait pas par fantaisie d'humeur, un temps vont où s'ajouta cette raison, qu'il craignait d'y être humilié.

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