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vendredi, 11 mai 2007

L'amour à la robote

Un homme écrit à la machine une lettre d'amour et la machine répond à l'homme et à la main et à la place de la destinataire
Elle est tellement perfectonnée la machine
la machine à laver les chèques et les lettres d'amour
Et l'homme confortablement installé dans la machine à habiter lit à la machine à lire la réponse de la machine à écrire
Et dans sa machine à rêver avec sa machine à calculer il achète une machine à faire l'amour
Et dans sa machine à réaliser les rêves il fait l'amour à la machine à écrire à la machine à faire l'amour
Et la machine le trompe avec un machin
un machin à mourir de rire.

Jacques Prévert, La pluie et le beau temps

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capté

jeudi, 10 mai 2007

Incertitude

Incertitude. Où la voix
Dira le mot, la vie
Recommencera. Pour l'instant
Rien qu'une attente. Un désir
Qui n'ose s'avouer
Désir. Une aube
Oublieuse de la nuit
Mais qui doute du jour.
Tout pourrait rester ainsi
Entre rêve et sang, Souffle et pierre.
N'avoir qu'une conscience,
L'angoisse. N'être qu'un remous
De néant. Mais la parole
Enfin gorgée de silence,
Voici que lsur le fond
Blême du matin se lève
Un soleil sûr de sa fin.


Louis Guillaume, Agenda

mercredi, 09 mai 2007

Comment ?

Comment va le monde ?
Il va comme il va
La machine est lourde,
On la traînera.

Comment va la vie ?
Va comme on la pousse
Le sang se fait vieux
Le coeur s'est fait mousse.

Comment va l'amour ?
Il avait tant plu
Que la terre est morte
On n'en parle plus.

 

Pierre Seghers, Le temps des merveilles

mardi, 08 mai 2007

L'explication des métaphores - extrait

"Si je parle du temps, c'est qu'il n'est pas encore,
Si je parle d'un lieu, c'est qu'il a disparu,
Si je parle d'un homme, il sera bientôt mort,
Si je parle du temps, c'est qu'il n'est déjà plus,

Si je parle d'espace, un dieu vient le détruire,
Si je parle des ans, c'est pour anéantir,
Si j'entends le silence, un dieu vient y mugir,
Et ses cris répétés ne peuvent que me nuire."

Raymond Queneau, Les Ziaux

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capté ici

 

lundi, 07 mai 2007

Dessiner l'écoulement du temps

... Au lieu d'une vision à l'exclusion des autres, j'eusse voulu dessiner les moments qui bout à bout font la vie, donner à voir la phrase intérieure, la phrase sans mots, corde qui indéfiniment se déroule sinueuse, et, dans l'intime, accompagne tout ce qui se présente du dehors comme du dedans.

Je voulais dessiner la conscience d'exister et l'écoulement du temps. Comme on se tâte le pouls. Ou encore, en plus restreint, ce qui apparaît lorsque, le soir venu, repasse (en plus court et en sourdine) le film impressionné qui a subo le jour.

Dessin cinématique.

Je tenais au mien, certes. Mais combien j'aurais eu plaisir à un tracé fait par d'autres que moi, à le parcourir comme une merveilleuse ficelle à noeuds et à secrets, où j'aurais eu leur vie à lire et tenu en main leur parcours.

Mon film à moi n'était guère plus qu'une ligne ou deux ou trois, faisant par-ci par-là rencontre de quelques autres, faisant buisson ici, enlacement là, plus loin livrant bataille, se roulant en pelote ou - sentiments et monuments mêlés naturellement - se dressant, fierté, orgueil, ou chateau ou tour... qu'on pouvait voir, qu'il me semblait qu'on aurait dû voir, mais qu'à vrai dire presque personne ne voyait...

Henri Michaux, Passages

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capté

dimanche, 06 mai 2007

La poésie de la rue calme

La poésie de la rue calme
Est accueillante après ce trop long jour
Comme le fut autrefois à telle âme
Tel calme amour

Ne cherche pas d'autres images
Pour dire le pardon qui descend sur ta vie
Que celle de la rue assagie
Après trop de soleil et de gens en tapage ;

Contente-toi ce soir d'aimer comme des frères
Les pavés las, les calmes maisons fatiguées,
Contente-toi d'aimer les premiers réverbères,
Va, va, ne cherche pas de rime à ton bonheur !

Marcel Thiry, Poésie 1924-1957

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capté ici

jeudi, 03 mai 2007

ALIENER L'ACTEUR

Le théâtre

             est l'état,

             le lieu,

             le point

où saisir l'anatomie humaine,

et par elle guérir et régenter la vie.

Oui la vie avec ses transports, ses hennissements, ses borborygmes, ses trous

de vide, ses prurits, ses rougeurs, ses arrêts de circulation, ses maëlstroms san-

guinolents, ses précipitations irritables de sang, ses noeuds d'humeur.

                         ses reprises,

                         ses hésitations.

Tout cela se discerne, se repère, se scrute et s'illumine sur un membre,

et c'est en mettant en activité, et je dirai en activité paroxystique des membres,

comme les membres de ce formidable fétiche animé qu'est tout le corps

                               de tout un acteur,

                               qu'on peut voir

                               comme à nu,

                               la vie.

 

                         ANTONIN ARTAUD (extrait de Aliéné l'acteur 1947 cahier 298 publié dans l'Arbalète n°13, été 1948)

vendredi, 27 avril 2007

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve

Fuir le bohneur de peur qu'il ne se sauve

Que le ciel azuré ne vire au mauve

Penser ou passer à autre chose

Vaudrait mieux

Fuir le bohneur de peur qu'il ne se sauve

Se dire qu'il y a over the rainbow

Toujours plus haut le ciel above

Radieux croire aux cieux croire aux dieux

Même quand tout nous semble odieux

Que notre coeur est mis à sang et à feu

Fuir le bohneur de peur qu'il ne se sauve

Comme une petite souris dans un coin d'alcôve

Apercevoir le bout de sa queue rose

Ses yeux fiévreux

Fuir le bohneur de peur qu'il ne se sauve

Avoir parfois envie de crier sauve

Qui peut savoir au fond des choses

Est malheureux

Fuir le bohneur de peur qu'il ne se sauve

Dis moi que tu m'aime encore si tu l'oses

J'aimerai que tu trouves autre chose

de mieux.

 Serge Gainsbourg

 

mardi, 24 avril 2007

La bête qui meurt

medium_roth.jpg"Le temps, pour les jeunes, est toujours constitué du passé. Mais pour elle, désormais, il est fait de l'avenir qui lui reste, et qui, croit-elle, tend vers zéro. (...) Le plus joli conte de fées de l'enfance, c'est que tout se produit à son heure. Les grands-parents disparaissent longtemps avant les parents, et ceux-ci longtemps avant leurs enfants. avec un peu de chance, ça se passe comme ça, les gens vieillissent et meurent en respectant l'ordre chronologique, si bien que pour leur enterrement, on se console en se disant qu'ils ont eu une longue vie.

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samedi, 21 avril 2007

Le Jardin des supplices

medium_arton321.jpg"C'est que l'art ne consiste pas à tuer beaucoup… à égorger, massacrer, exterminer, en bloc, les hommes… C'est trop facile, vraiment… L'art, milady, consiste à savoir tuer, selon des rites de beauté dont nous autres Chinois connaissons seuls le secret divin… savoir tuer !… Rien n'est plus rare, et tout est là… Savoir tuer !… C'est-à-dire travailler la chair humaine, comme un sculpteur sa glaise ou son morceau d'ivoire… en tirer toute la somme, tous les prodiges de souffrance qu'elle recèle au fond de ses ténèbres et de ses mystères...

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vendredi, 20 avril 2007

La vie de Joséphin le fou

medium_Devi_Josephin.jpgJe suis sorti, j'ai plongé dans l'eau à la bouche de la cave pour me retrouver dans la mer et les laisser se calmer et me calmer aussi. Nager longuement, puissamment, grandes brasses, grands coups de jambes pour bien labourer la mer, elle se plaint pas, elle, elle a pas peur de moi, elle sait qui je suis, elle me connaît, Joséphin qui ferait de mal à personne, Joséphin aux mains qui donnent, aux mains larges pour porter tellement de choses, porter les gros mulets blessés hors du chemin des requins, et porter les petites filles qui menacent d'être fracassées hors du chemin de la vie, les porter toute ma vie, s'il le faut, sur mes épaules, s'il le faut, serais prêt à le faire,

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jeudi, 19 avril 2007

Journal d'une femme de chambre

medium_mirbeau.jpg"Il y a une chose qui me tourmente. J'aurais dû, peut-être, en finir une bonne fois avec toutes ces sales places et sauter le pas, carrément, de la domesticité dans la galanterie, ainsi que tant d'autres que j'ai connues et qui - soit dit sans orgueil - étaient «moins avantageuses» que moi. Si je ne suis pas ce qu'on appelle jolie, je suis mieux ; sans fatuité, je puis dire que j'ai du montant, un chic que bien des femmes du monde et bien des cocottes m'ont souvent envié.

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mercredi, 18 avril 2007

Si seulement elle était jolie

Pour (f)redonne(t)r

Si seulement elle était jolie
Je dirais: "tout n'est pas perdu.
Elle est folle, c'est entendu,
Mais quelle beauté accomplie!"
Hélas elle est plus laide bientôt
Que les sept péchés capitaux. {2x}

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mardi, 17 avril 2007

Ce qui dure

Le présent se fait vide et triste,
Ô mon amie, autour de nous ;
Combien peu de passé subsiste !
Et ceux qui restent changent tous.

Nous ne voyons plus sans envie
Les yeux de vingt ans resplendir,
Et combien sont déjà sans vie
Des yeux qui nous ont vus grandir !

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lundi, 16 avril 2007

L'enfant roi

Je ne sais qu'une chose : tu tiens
Ma joie, ma peine, entre tes mains

Tu es le souffle, le lien,
Mon enfant roi, mon magicien

Rien ne m'appartient
Mais au sud je reviens

Noyé dans le coeur des foules
C'est dans ton fleuve que je m'écoule

Quand tous les ponts d'or s'écroulent
C'est de ton air que je me saoule

Rien ne m'appartient
Mais au sud je reviens

Les territoires inconnus
Je les parcours, je les inclus

Mon pays, mon sang, ma rue
Sont dans tes yeux, je les ai vus

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 Noir Désir, Des visages des figures, 2001