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samedi, 03 février 2007

Malice (Eluard)

Malice

 

 

On dit que la robe des robes partout se pose et se repose, que la toilette est aux yeux du dimanche, que le repos suit la pente des bras.
Toilette fine pour visites, propreté chez les autres, robe de tenue droite avec un paquet.
Robe mise, porte ouverte; robe ôtée, porte fermée.

vendredi, 02 février 2007

Si seulement elle était jolie

medium_brassens.2.jpg

Si seulement elle était jolie

Je dirais: "tout n'est pas perdu.
Elle est folle, c'est entendu,
Mais quelle beauté accomplie!"
Hélas elle est plus laide bientôt
Que les sept péchés capitaux. {2x}

 

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jeudi, 01 février 2007

Tant de saisons heureuses

Tant de saisons heureuses

prédites dans le creux de chaque main

tant de bonheur d’un soir déjà un peu ancien

roulé dans la poussière

d’un pauvre lendemain


Tant de fraîcheur

et de beauté

et de confiance et de joie et de gaieté

égorgés un beau jour
tout bonnement
au coin d’un bois de fer de loques et de ciment

en pleine rue
en pleine misère

journellement

officiellement.

medium_grand_bal_de_printemps.jpg

mercredi, 31 janvier 2007

Histoire de la femme cannibale

medium_histoire_de_la_femme_cannibale.jpgPuis, à dater de ses vingt-six ans, de la naissance de sa fille, la maladie, sournoise et souveraine, avait triomphé. La graisse avait inexorablement interposé ses coussins adipeux entre elle et l’affection, l’amour, le sexe, toutes ces choses dont les humains ont tellement besoin pour ne pas finir déments. Peu à peu, son précieux organe s’était réduit à un couinement de souris qui fusait, incongru, pathétique, de sa gorge. Un jour de mars et le carême incendiait La Pointe, sa voix s’était définitivement éteinte sur un couac comme elle entonnait Adios, pampas mias. Elle avait été clouée pendant seize ans dans un fauteuil d’invalide, vingt-trois ans dans un lit dont ses chairs débordaient, aussi incontrôlables que les eaux d’un fleuve en crue. Quand la délivrance était survenue à soixante-cinq ans, Roro Désir, de l’Entreprise des pompes funèbres Doratour, « Confiez-nous vos morts, nous leur rendrons la jeunesse », lui avait confectionné un cercueil de quatre mètres sur quatre. Certains êtres ne sont pas bénis par la bonne chance. A leur naissance, des comètes furieuses zigzaguaient à travers le ciel, s’y cognaient, s’y bousculaient, s’y chevauchaient. Conséquence, ce désordre cosmique a influencé leur destinée et, dans leur vie, tout va de travers.

mardi, 30 janvier 2007

La voyeuse interdite

medium_la_voyeuse_interdite.jpgCe matin, le soleil est plus haut. Hautain je dirais. Juché sur un trône invisible, il déverse son énergie dans ma rue qui se détache orgueilleusement du reste de la ville. Epicentre de l’aventure, c’est ici que tout se passe pour cette femme cachée derrière sa fenêtre, pour cet épicier rougeaud assis sur son tabouret, pour cet homme guettant un rideau clos, pour ces petits et petites qui courent dans un rectangle bien délimité par des bâtisses sombres et anguleuses.

On hurle, on flâne, on regarde, on triche, on vole. Et ils violent. Le reste n’existe plus ; au loin, il y a juste un port sans lumière qu’animent des sirènes lugubres, un lieu d’arrêt entre le rien et le rien, une passerelle jetée dans le vide dont personne ne connaît le bout.

lundi, 29 janvier 2007

Eve de ses décombres

medium_eve_de_ses_decombres.jpgEVE :

Marcher m'est difficile. Je claudique, je boitille en avant sur l'asphalte fumant.

A chaque pas naît un monstre, pleinement formé.

Le nuit de la ville s'enfle, élastique, autour de moi. L'air salé venant du Caudan racle mes douleurs et ma peau, mais je continue.

Je ne suivrai plus que ma propre logique. Ce qui fuit en moi, ce goutte-à-goutte de la vie qui s'échappe et me transforme en une créature exsangue, vampirisant la nuit, n'a plus aucune importance. Le silence entré en moi me coupe le souffle.

J'entre dans mon pas. C'est le seul recours, désormais. Mon bruit sur la route est un martèlement faits de ratés. j'accroche mon cartable à mon épaule droite. Ce soir, il ne contient pas que des livres. Une boursouflure rassurante s'y trouve, tout contre mon aisselle : la brûlure de tous les faux départs et de toutes les arrivées manquées. Bientôt, ce ne sera plus un rythme caché dans mes veines. Ma marque s'imprimera sur un front, entre les sourcils. C'est pour cet instant que je suis née.

dimanche, 28 janvier 2007

Le pays où l'on ne meurt jamais

medium_vorpsi.jpgEntre-temps j'avais découvert une mine d'or : les livres. Je lisais jusqu'à épuisement de mes yeux et de moi-même. Quand ma mère rentrait, je n'avais pas toujours le temps de cacher le livre que je lisais, et bien souvent il m'était arraché des mains, censuré, puis enfermé à clé dans une armoire. . C'était la plus grande punition qu'on pouvait m'infliger, cette interruption de lecture interrompait le cours de ma vie.

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samedi, 27 janvier 2007

Immobile

medium_immobile.jpgBien que je n'aie pas connu ma dernière mère, je me souviens toujours de la pénombre humide, de la chaleur écrasante de ce tunnel si étroit, coincé parmi tant d'organes digestifs, où la lumière est encore un rêve. Tout semble provenir de là; de la profondeur des origines coulent les premiers pleurs de l'être. Maintenant je suis devenue moi aussi une origine que j''espère stérile, desséchée, ne pouvant procurer ni joie ni peine, fabriquer ni héros ni lâche. Car ma mère inconnue a eu l'infortune d'enfanter une lâche. Je suis une lâche. Ce n'est pas tout à fait sa faute, elle n'a pas voulu d'enfant. Elle n'a pas espéré ma venue, c'est pourquoi elle s'est détournée de moi dès le premier jour. Ma naissance est due à ma propre volonté. Je dois naître.

vendredi, 26 janvier 2007

L'intérieur de la nuit

medium_l_interieur_de_la_nuit.2.jpgAu Nord du village, il y a le monde qu'ils fréquentent par nécessité. Au sud, une brousse épaisse qu'aucun d'entre eux n'a jamais traversée, la croyant peuplée de créatures inconnues. Les femmes du village binent et sarclent, les hommes prennent la route pour vendre leur force de travail et nourrir leurs familles. Née d'un couple rebelle aux lois rétrogrades du groupe, Ayané a quitté le pays pour une terre lointaine, franchissant les frontières d'un univers qu'aucune femme ne s'était jamais aventurée à explorer.
Lorsqu'elle revient au village auprès de sa mère mourante, elle affronte l'hostilité des villageois et subit les manifestations de leur haine envers elle, l'étrangère qui ne respecte aucune de leurs traditions. Un soir, des miliciens pénètrent les terres du clan et envahissent le village. Ils débitent des choses incompréhensibles sur l'honneur des Africains, tuent quelques personnes, demandent des jeunes garçons pour grossir leurs rangs et désignent l'enfant mâle qui va être sacrifié. Cachée dans un manguier, Ayané assiste à l'inconcevable. Pourquoi les villageois acceptent-ils sans broncher la transgression qui leur est imposée ?

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jeudi, 25 janvier 2007

Eloge de la paresse

Vous me dites, Monsieur, que j'ai mauvaise mine,
Qu'avec cette vie que je mène, je me ruine,
Que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer,
Vous me dites enfin que je suis fatigué. Oui je suis fatigué, Monsieur, et je m'en flatte.
J'ai tout de fatigué, la voix, le coeur, la rate,
Je m'endors épuisé, je me réveille las,
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m'en soucie pas.
Ou quand je m'en soucie, je me ridiculise.
La fatigue souvent n'est qu'une vantardise.
On n'est jamais aussi fatigué qu'on le croit !
Et quand cela serait, n'en a-t-on pas le droit ? Je ne vous parle pas des sombres lassitudes,
Qu'on a lorsque le corps harassé d'habitude,
N'a plus pour se mouvoir que de pâles raisons...
Lorsqu'on a fait de soi son unique horizon...
Lorsqu'on a rien à perdre, à vaincre, ou à défendre...
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre ;
Elle fait le front lourd, l'oeil morne, le dos rond.
Et vous donne l'aspect d'un vivant moribond... Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont un beau jour on s'est fait responsable,
Savoir qu'on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir qu'on est l'outil, qu'on est le lendemain,
Savoir qu'on est le chef, savoir qu'on est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à s'en user le coeur...
Cette fatigue-là, Monsieur, c'est du bonheur. Et sûr qu'à chaque pas, à chaque assaut qu'on livre,
On va aider un être à vivre ou à survivre ;
Et sûr qu'on est le port et la route et le quai,
Où prendrait-on le droit d'être trop fatigué ?
Ceux qui font de leur vie une belle aventure,
Marquant chaque victoire, en creux, sur la figure,
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus
Parmi tant d'autres creux il passe inaperçu. La fatigue, Monsieur, c'est un prix toujours juste,
C'est le prix d'une journée d'efforts et de luttes.
C'est le prix d'un labeur, d'un mur ou d'un exploit,
Non pas le prix qu'on paie, mais celui qu'on reçoit.
C'est le prix d'un travail, d'une journée remplie,
C'est la preuve, Monsieur, qu'on marche avec la vie. Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,
J'écoute mes sommeils, et là, je me sens fort ;
Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance,
Et ma fatigue alors est une récompense. E t vous me conseillez d'aller me reposer !
Mais si j'acceptais là, ce que vous me proposez,
Si j'abandonnais à votre douce intrigue...
Mais je mourrais, Monsieur, tristement... de fatigue.

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Robert Lamoureux

mercredi, 24 janvier 2007

Sang et plumes

SANG ET PLUMES

 

Alouette du souvenir

c'est ton sang qui coule

et non pas le mien

Alouette du souvenir

j'ai serré mon poing

Alouette du souvenir

oiseau mort joli

tu n'aurais pas dû venir

manger dans ma main

les graines de l'oubli.

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mardi, 23 janvier 2007

Mangez-moi (extrait)

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Pour bien faire, il ne suffit pas de suivre la route, il faut à tout instant la bitumer du goudron onctueux de nos rêves et de nos espoirs, la tracer mentalement, en s'efforçant de prévoir les inévitables virages et les inégalités du terrain. Parfois, quand ça va bien, quand, par miracle, on a réussi à prendre un peu d'avance sur notre effroyable ouvrage d'art, on bénéficie d'un répit et là, c'est bon, tout roue. On est prêt à croire que le plus dur est fait, qu'à partir de ce moment, tout ira bien. On est si naïf, on a la mémoire si courte qu'on ne se rappelle pas que le terrain qui nous accueille est l'oeuvre de nos mains et de notre cerveau si prompt à imaginer n'importe quoi. On se la coule douce jusqu'au trou d'après sur lequel on se penche, consterné. Je n'ai plus la force, se dit-on, et je mérite mieux que ça, il serait temps que quelqu'un m'aide, il serait temps qu'une main guide la mienne. Autour de nous une armée de bras ballants. Tout le monde est fatigué. Notre mari, notre femme, nos amis, tout le monde en a marre au même moment, et c'est alors que vient - mais seulement si l'on est très chanceux, seulement si l'on n'a pas peur ou que l'on est suffisamment fou pour mordre à l'hameçon furtif - c'est alors que vient l'amour. Et là, ce n'est plus du macadam qu'on jette sur le nénant, c'est un pont suspendu qui ouvre la voie jusqu'à l'infini."

lundi, 22 janvier 2007

Le parfum d'Adam

medium_rufin.gifWroclaw. Pologne.

Jusqu'aux singes, Juliette n'avait rien ressenti. Ou presque.
Il faut dire que tout avait plutôt bien commencé. Le laboratoire était exactement situé à l'adresse indiquée par Jonathan. Et, en contournant le bâtiment par la gauche, Juliette avait tout de suite repéré la porte de secours, malgré l'absence d'éclairage. La serrure n'opposa aucune résistance à l'action du pied-de-biche. Dans l'obscurité, elle atteignit à bout de bras le boîtier électrique et actionna l'interrupteur. Brutalement, la lumière blanche des néons inonda l'animalerie.
La seule surprise était l'odeur. Juliette s'était préparée à tout sauf à cet écœurant mélange de fourrure sale, d'excréments et de fruits blets. Heureusement, sitôt la lumière allumée, la puanteur avait diminué, comme si elle s'était réfugiée sous les cages, au ras du sol, avec les ombres. Juliette avait haussé les épaules. Il lui fallut tout de même quelques instants pour calmer sa respiration et vérifier qu'elle n'avait pas déchiré ses gants.
Ensuite, elle s'était avancée vers les cages.
Jonathan n'avait rien pu lui dire sur leur emplacement. Selon les besoins de l'expérimentation, les animaux changeaient souvent de place. Leur nombre aussi variait. Certains étaient sacrifiés ; d'autres venaient les remplacer. On les répartissait par lots, en fonction des traitements qu'ils subissaient. Près de l'issue de secours, qui était restée grande ouverte sur la nuit, deux cages superposées contenaient des chats. Ils semblaient encore en bon état. Dès que Juliette avait entrouvert leur porte, ils bondirent dehors et quittèrent la pièce en courant.

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dimanche, 21 janvier 2007

La saison des amours

Quand vient la saison des amours, l'homme frotte la rugosité brutale de son teint buriné contre l'icomparable fraicheur du teint scandinave de la femme, et leurscorps se mêlent dans un élan puissant et magnifique, mais il ne faut pas non plus exagérer vu que finalement c'est pareil pour les cochons, les vaches, et même les phacochères. Au bout d'un laps de temps plus ou moins long, la femme dit "Oh oui olala" et l'homme allume une cigarette. On dit alors que la femme est "heureuse". Neuf mois plus tard, endant que la femme accouche, elle tient la main de son mari. Ainsi il a moins peur et il souffre moins.

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samedi, 20 janvier 2007

Prénatal (Jacques Prévert)

Bientôt ou un peu plus tard, grâce aux incessants et étonnants progrès de savants génétiques poursuivant sans merci les chromosomes géniques, dès leur prénatalité, les hommes de génie seront sélectionnés et, quelque soit leur vocation, militaire, mystique ou philosophique, le jour-même de leur naissance pourra être, suivant le cas, déclaré Fête Nationale, ce qui ne portera nul préjudice au Deuil National qui, toujours selon l'usage, sera célébré en son temps.

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