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mercredi, 11 avril 2012

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Je voudrais :
L'agenda de l'apprenti écrivain de Susie Morgenstern
Claustria, de Régis Jauffret
Des moules en silicone
Des fleurs à repiquer
Du Champagne
Un week-end à la mer
Plus de courage
Une maison à la montagne
Bleu-vert

vendredi, 07 octobre 2011

Cohésion

 

transtromer.jpg


Voyez cet arbre gris. Le ciel a pénétré
par ses fibres jusque dans le sol -
il ne reste qu'un nuage ridé quand
la terre a fini de boire. L'espace dérobé
se tord dans les tresses des racines, s'entortille
en verdure. - De courts instants
de liberté viennent éclore dans nos corps, tourbillonnent
dans le sang des Parques et plus loin encore.

Tomas Tranströmer, Baltique, éditions poésie / Gallimard, page 3
Prix Nobel de Littérature 2011

vendredi, 02 janvier 2009

Vertige

"Il appela en début de soirée, ne trouvant pas ses mots. Il se disait figé par le vertige, craignait ma déception, souhaiter déserter et rentrer à Lausanne. Sa peur avait un lien avec son désir, elle semait le désordre. Nous ne pouvions plus revenir en arrière, enserrés par ce que nous avions déjà construit."

Nina Bouraoui, Appelez-moi par mon prénom

jeudi, 11 décembre 2008

Nuits maudites

Nuits maudites, maux inouïs. L'obscurité te prend tout entier, ne t'épargne jamais. Aucun répit, nul repos.

Nuits maudites, mots inaudibles. Tu parles, dans ton sommeil, tu gémis, tu appelles. Mais n'entends rien. Et personne ne répond.

Nuits maudites, jours meurtris. Comme ce corps que je ne vois pas, qui m'en dirait long sur toi. Le souvenir te dévore, ses griffes plantées dans ta chair

Nuits maudites, coeur à vif. L'obscurité te prend tout entier. Pas d'étincelle, aucune éclaircie. A moins que...

jeudi, 04 décembre 2008

Paris at night

Trois allumettes, une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
et l'obscurité toute entière pour me rappeler tout cela
en te serrant dans mes bras.

 

Jacques Prévert

 

De la part d'un p'tit gars que j'adore. :)

mercredi, 22 octobre 2008

Art d'aimer

Qu'il est doux, au retour de la froide saison,
Jusqu'au printemps nouveau regagnant la maison,
De la voir devant vous accourir au passage,
Ses cheveux en désordre épars sur son visage !
Son oreille de loin a reconnu vos pas :
Elle vole, et s'écrie, et tombe dans vos bras ;
Et sur vous appuyée et respirant à peine,
A son foyer secret loin des yeux vous entraîne.
Là, mille questions qui vous coupent la voix,
Doux reproches, baisers, se pressent à la fois.
La table entre vous deux à la hâte est servie
L'oeil humide de joie, au banquet elle oublie
Et les mets et la table, et se nourrit en paix
Du plaisir de vous voir, de contempler vos traits.
Sa bouche ne dit rien, mais ses yeux, mais son âme,
Vous parlent ; et bientôt des caresses de flamme
Vous mènent à ce lit qui se plaignait de vous.
C'est là qu'elle s'informe avec un soin jaloux
Si beaucoup de plaisirs, surtout si quelque belle
Habitait la contrée où vous étiez loin d'elle.

 

André Chénier, extrait de Poèmes

samedi, 18 octobre 2008

Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant, extrait des Vers

samedi, 11 octobre 2008

Nuit

Le ciel d'étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l'ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l'onde, où luit
Le drap d'or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l'heure, tout écoutait.
Maintenant nul bruit n'ose éclore ;
Tout s'enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S'avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C'est l'heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure,
Le grand Être mystérieux !


Victor Hugo, extrait de Toute la lyre

lundi, 29 septembre 2008

Plus de vie dans la vie

"Nous nous sommes quittés. Je l'ai regardée s'éloigner. Elle sanglotait ; sa frêle silhouette en était secouée. D'où vient que certains êtres, parfois morts, nous font mettre plus de vie dans la vie ? Nous donnent le goût d'exister sans mesure, en nous faisant souvenir que nous sommes nés pour tutoyer l'infini ?
D'où vient qu'après ces rencontres pleines de glissades rien ne sera plus comme avant ? "

Extrait du Zubial, d'Alexandre Jardin

vendredi, 05 septembre 2008

Très doucement, plus doucement encore

Très doucement, plus doucement encore,
Berce ma tête entre tes bras,
Mon front fiévreux et mes yeux las ;
Très doucement, plus doucement encore.
Baise mes lèvres, et dis-moi
Ces mots plus doux à chaque aurore,
Quand me les dit ta voix,
Et que tu t'es donnée, et que je t'aime encore.
[...]

Emile Verhaeren, extrait de Les heures d'après-midi.

jeudi, 04 septembre 2008

Le cancre (vive la rentrée)

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.

Jacques Prévert, extrait de Paroles

mardi, 02 septembre 2008

Au bord du quai

Et qu'importe d'où sont venus ceux qui s'en vont,
S'ils entendent toujours un cri profond
Au carrefour des doutes !
Mon corps est lourd, mon corps est las,
Je veux rester, je ne peux pas ;
L'âpre univers est un tissu de routes
Tramé de vent et de lumière ;
Mieux vaut partir, sans aboutir,
Que de s'asseoir, même vainqueur, le soir,
Devant son oeuvre coutumière,
Avec, en son coeur morne, une vie
Qui cesse de bondir au-delà de la vie.

Emile Verhaeren, extrait de Les visages de la vie

mardi, 26 août 2008

Quand on a que l'amour

Quand on n'a que l'amour
A s'offrir en partage
Au jour du grand voyage
Qu'est notre grand amour
Quand on n'a que l'amour
Mon amour toi et moi
Pour qu'éclatent de joie
Chaque heure et chaque jour

Quand on n'a que l'amour
Pour vivre nos promesses
Sans nulle autre richesse
Que d'y croire toujours
Quand on n'a que l'amour
Pour meubler de merveilles
Et couvrir de soleil
La laideur des faubourgs

Quand on n'a que l'amour
Pour unique raison
Pour unique chanson
Et unique secours

Quand on n'a que l'amour
Pour habiller matin
Pauvres et malandrins
De manteaux de velours
Quand on n'a que l'amour
A offrir en prière
Pour les maux de la terre
En simple troubadour

Quand on n'a que l'amour
A offrir à ceux-là
Dont l'unique combat
Est de chercher le jour
Quand on n'a que l'amour
Pour tracer un chemin
Et forcer le destin
A chaque carrefour
Quand on n'a que l'amour
Pour parler aux canons
Et rien qu'une chanson
Pour convaincre un tambour

Alors sans avoir rien
Que la force d'aimer
Nous aurons dans nos mains,
Le monde entier.

Jacque Brel

dimanche, 24 août 2008

La mort n'est rien

 

"La mort n'est rien.
Je suis simplement passé dans la pièce à côté.
Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.
Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné.
Parlez de moi comme vous l'avez toujours fait :
N'employez pas un ton différent,
Ne prenez pas un ton solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire.
Priez, souriez, pensez à moi.
Priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison, comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de vue ?
Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.
Vous voyez, tout va bien !
"

 

 

 

 


Charles Péguy, d'après un texte de Saint Augustin

 

samedi, 26 juillet 2008

Une belle table pour le dîner

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 Une belle table pour le dîner, Hélène Duffau

Une femme à qui "on ne la fait pas".

S'étonnant à peine du retard de son hôte, Stéphane, et de son manque de courtoisie (il semblait être bien élevé pourtant), Chantal s'attable seule et mange, enfin non, savoure ce délicieux repas avec au moins autant de plaisir qu'elle a eu là le préparer : "Chantal savoura chaque bouchée de son repas en se rappelant qu'elle aimait aussi manger seule, sans avoir de conversation à tenir, avec le seul plaisir de laisser sa penser divaguer au gré de la musique ou de ses réflexions sur ce qu'elle ingérait. Cet ensemble musique nourriturela ravissait.
L'alimentation était chez elle un régulateur d'humeur. La musique, un détendeur, un apaisement, une source d'énergie vitale."

Elle n'attend même plus la sonnerie du téléphone, toute entière plongée en cet instant précieux. Jusqu'à ce que l'interphone ne gémisse...

Mais Stéphane pourra-t-il lui procurer autant de satisfaction qu'elle vient d'en éprouver ?

Comme si l'attente avait été plus jouissive que son arrivée (certes impromptue)... Ne sous-estimez jamais les pouvoirs d'un bon repas..