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vendredi, 25 juillet 2008

Le jour où le ciel a disparu

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Dans la revue Brèves n°85 :

Le jour où le ciel a disparu, de Michel Lambert.

Des retrouvailles pour le moins singulières entre un homme et une femme qu'il a aimé à sa manière, il y a de cela un certain temps. Mais elle n'a plus rien à voir avec celle qu'il a connue, 20 ans plus tôt. A-t-elle vraiment changé ? Ou est-ce le monde qui s'est précipité autour d'elle ? Nul ne sait vraiment.

Un ciel de décembre, qui se disperse en flocons. A cette allure il va bientôt disparaître. Alors, il repense à ces mots qu'il a prononcés, il y a 20 ans, un jour où le ciel, justement, a disparu. Disparu dans ces mots ?  Ou est-ce Inès, qui a disparu, ce jour-là ?

Mais après tout, "quel mal y avait-il à aimer les autres, à bénir les plus faibles ?". Oui, quel mal y a-t-il ?

 

lundi, 09 juin 2008

Première promenade

Me voici donc seul sur la terre, n'ayant plus de frère, de prochain, d'ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit par un accord unanime. Ils ont cherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment tous les liens qui m'attachaient à eux. J'aurais aimé les hommes en dépit d'eux-mêmes. Ils n'ont pu qu'en cessant de l'être se dérober à mon affection. Les voilà donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi puisqu'ils l'ont voulu. Mais moi, détaché d'eux et de tout, que suis-je moi-même? Voilà ce qui me reste à chercher. Malheureusement cette recherche doit être précédée d'un coup d'oeil sur ma position. C'est une idée par laquelle il faut nécessairement que je passe pour arriver d'eux à moi.

dimanche, 08 juin 2008

Elle vous dit

« Elle vous dit :  la maison est sur les hauteurs, perdue dans les bois. Suivez-moi. Conduisez doucement car le chemin est mauvais. Elle est devant, seule dans sa voiture. Vous, vous êtes derrière, dans une autre voiture. La route, c’est une route du midi de la France, l’heure c’est loin dans la nuit. Le ciel est noir et bleu. Une cendre bleuie avec des étoiles grésillant par-dessous, attisées par un vent insensé, violent, un vent fou furieux. Vous quittez bientôt la route pour un chemin en pente, n chemin de misère qui tutoie les étoiles. Enfin la maison, massive, serrée à ses flancs par les chiens du vent fou. Vous y entrez pour y trouver aussitôt une fraîcheur et une amitié. La fraîcheur, c’est celle des vieilles pierres, des escaliers en bois, des pièces creuses et rondes comme un ventre, comme une fable. L’amitié c’est celle d’une parole, la parole de cette jeune femme qui vous donne asile pour cette nuit. Elle vous parle d’elle c’est-à-dire de ceux qu’elle aime. Nous somme faits de cela, nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d’autre. »

Christian Bobin, extrait de L'inespérée

jeudi, 15 mai 2008

L'indulgence

L'Indulgence est tendre, elle est femme.
Ceux qu'un faux pas, même expié,
Dans le monde à jamais diffame,
Lavent leur front dans sa pitié.

Humble soeur aux longues paupières,
Pour l'homme, fût-il criminel,
Tandis qu'on lui jette des pierres,
Elle garde un pleur fraternel.

S'approchant du coeur plein de fange,
De scorie épaisse et de fiel,
Pour l'assainir, elle y mélange
Cette larme, aumône du ciel ;

Et, loin d'y remuer la honte,
Comme les injures le font,
Elle attend que l'amour remonte
Et que la haine tombe au fond.

C'est alors que, de sa main douce
Élevant ce coeur épuré,
Elle l'incline sans secousse
Et lui pardonne : il a pleuré.

 

R. F. Sully Prudhomme, extrait de Epaves

mardi, 06 mai 2008

Le beau voyage

Les trains rêvent dans la rosée, au fond des gares...
Ils rêvent des heures, puis grincent et démarrent...
J'aime ces trains mouillés qui passent dans les champs,
Ces longs convois de marchandises bruissant,
Qui pour la pluie ont mis leurs lourds manteaux de bâches,
Ou qui forment la nuit entière dans les garages...
Et les trains de bestiaux où beuglent mornement
Des bêtes qui se plaignent au village natal...
Tous ces grands wagons gris, hermétiques et clos,
Dont le silence luit sous l'averse automnale,
Avec leurs inscriptions effacées, leurs repos
Infinis, leurs nuits abandonnées, leurs vitres pâles...

 

Henri Bataille 

vendredi, 02 mai 2008

Au ciel plein d'attention

Au ciel, plein d'attention,
ici la terre raconte ;
son souvenir la surmonte
dans ces nobles monts.

Parfois elle parait attendrie
qu'on l'écoute si bien -,
alors elle montre sa vie
et ne dit plus rien.

R. M. Rilke, extrait de Les quatrains valaisins

lundi, 21 avril 2008

Mais, que dis-je? ô sottise ! et quel égarement !

Mais que dis-je ? ô sottise ! et quel égarement !

Il y a si longtemps que j'essaie
de toucher la nuit les fronces les légères

Tu voudrais sans arrêt qu'à tes yeux je me dresse

Resterons-nous en attente
Assis côte à côte

 

320810906.jpg413969065.jpg1197124181.jpget Celle qu'on attendait, Barnaud

dimanche, 20 avril 2008

Il dépérit - IKéBANA n°3

Il dépérit. En dépit de tous les tests de dépistage possibles, son corps se dépeuple petit à petit. Il n’en était nullement dépité, quand bien même sa peau se dépiautait lentement, douloureusement. Il sentait toutes les molécules de son corps en proie à la dépigmentation. Il n’en était pas pour autant déphasé. Ce sont les autres qui se dépêtraient de sa dépersonnalisation. Les autres qui souffraient de sa dépilation. Lui n’en avait cure. Au contraire. Il se sentait de plus en plus léger. Il se déphosphorait sans opposer le moindre effort. Ses veines dépiquaient le sang de ses vaisseaux, à leurs dépens, mais il laissait faire. Pourquoi les autres dépensaient-ils tant d’énergie à refuser cet état de fait ? Pourquoi s’obstinaient-ils à s’agglutiner autour de lui, sans arrêt, dépendants du moindre battement, cœur, paupière. Il devenait lisse comme une roche polie par un courant régulier, incessant. Que leur importait-ils alors, qu’il se dépenaille progressivement ? Ils semblaient vouloir empêcher toute fuite en avant, toute déperdition de chaleur, tels des manchots, sur la banquise. Il se sentait pris au piège, comme dans les mailles d’un filet à papillons.

 

Ils oubliaient que ça ne dépendait plus de lui. Le sort en était jeté.

 

Dépendants du moindre battement, cœur, paupière, du moindre battement d’elle. Partie, il s’envola, laissant à terre sa chrysalide. Dépigeonnage d’une vie. Plus aucune aile à l’horizon, à peine une plume, sur le balcon..

jeudi, 17 avril 2008

Chérie, remets ton diaphragme, ce soir j'te sors ma diatribe (âmes sensibles, s'abstenir)

Ikébana n°2, toujours sur une idée de Mr Brown..

Ah faut dire qu'il y a longtemps qu'elle n'a pas été autant en verge, enfin, en verve, ma p'tite diatribe paresseuse. le jour de ta diduction a sonné ma douce, mais tu ne mords pas hein ! La dichotomie a assez duré, on va fusionner comme jamais, c'est moi qui t'le dis ! J'ai le diascope en alerte, la diaule qui chante ! Les Grecs n'ont qu'à bien se tenir.
Par contre sache une chose, on va pas faire dans le diatonique, c'est droit au but ! Cherche pas ton didacticiel, le ciel, c'est tout droit ! Genre Marquis de Sade sans les didascalies. On va s'refaire la diastole de ton cul, la diathermie d'mon thermomètre à moustaches. J'ai toujours pensé qu'on était faits pour s'emboîter, tous les deux, je suis ta diaphyse gorgée de sang, tu es ma diatomée intérieure, tes branches enveloppent avec avidité la diaspora de mon plaisir. Diastase de mon désir, j'vais t'enseigner la didactique de mon tromblon, j'vais t'refaire le coup du dictionnaire, j'te donne un mot, tu trouves ma définition... Et pas d'entourloupe, du genre "j'ai la migraine", ou " j'peux pas j'ai diahrrée".
Viens donc que je te sers contre ma diaprure, ma déesse bien fessue, viens, que je t'affine le grain de peau de ma belle diatomite, un tango diabolique sur un rythme diastolique..
Quelle chance cette diarthrose, quelle souplesse, ma tigresse, ces reins diathermanes échauffent plus d'un érotomane averti ! c'est le dicton qui veut ça : "diathermanéité du matin, j'en perds mon frein"! Quoi, il existe pas ce dicton ? Et alors, tu t'y connais, toi, peut-être, tu n'as jamais été capable de faire la différence entre un dico qui t'les donne et un arbre ! Un dicotylédone ? C'est cela oui.. Si tu veux.. Commence pas à faire ton dictateur de la diction hein, c'est pas le moment. Occupe-toi plutôt d'mon gros dico, madame la savante didactyle. Dactylo ? Aussi, oui. Occupe t'en donc, de ma sténo, ma reine de la dictée.
Moi, mon père m'a dit, quand j'étais môme, que, dans la vie, ce qui compte, c'est d'être dibasique. Alors j'm'occupe de ma paire. Et d'mes pairs, s'ils sont aussi charmants que toi... ça t'en bouche un coin, pas vrai, mieux qu'avec ma fusée "dit-atomique". D'ailleurs, j't'ai pas demandé d't'en occuper y a quelques instants ? Viens donc murmurer des cochonneries à l'oreille de mon dictaphone, Après j'te remplirai ta grille de mots croisés, j'ai d'la longueur. J'f'rai même les cases noires, si ça t'intéresse, ma coquine.. Tu as toujours de ton dictame ? ça passera mieux je pense.. Dictame, dicte-âme.. amusant non ?
Eh, regarde, ça marche ! J'suis diapré de partout, on dirait un zèbre, rouge et blanc. Un troupeau de zèbres très "zob et hissants'. Ah ah ! Tu m'inspires qutant que tu m'aspires, ma goulue, quel talent ! Quand tu m'prends tout entier, là, comme ça, j'retourne en arrière, j'retombe dans mes souvenirs, comme une séance diapositives. Quand la brise d'été soulevait délicieusement ta robe, les dimanches à la campagne, et que tu m'attirais derrière un buisson pour me montrer ta rose dichroïque. Et moi, pressé de la butiner, je te donnais mon dard "dick-aromatique", il gardait le goût de toi, à chaque fois un peu plus, jusqu'à ce que je t'aie dans la peau, jusqu'aux os....
Bah ! Pourquoi tu t'arrêtes, pourquoi tu me regardes comme ça ? C'est la premire fois que je te parle ainsi ? Ah... t'es sûre que tu s'rais pas diasthésique des fois ? Amnésique, oui, voilà.. c'est pareil. T'es mon encyclopédie des synonymes, la reine de mon cygne, ma dicline en toute saisons, une déclinaison diaphragmatique, à l'ouverture psychédélique....
Aaaaaaah, je divague......

mardi, 15 avril 2008

Espoir timide

Chère âme, si l'on voit que vous plaignez tout bas
Le chagrin du poète exilé qui vous aime,
On raillera ma peine, et l'on vous dira même
Que l'amour fait souffrir, mais que l'on n'en meurt pas.

Ainsi qu'un mutilé qui survit aux combats,
L'amant désespéré qui s'en va, morne et blême,
Loin des hommes qu'il fuit et de Dieu qu'il blasphème,
N'aimerait-il pas mieux le calme du trépas ?

Chère enfant, qu'avant tout vos volontés soient faites !
Mais, comme on trouve un nid rempli d'oeufs de fauvettes,
Vous avez ramassé mon coeur sur le chemin.

Si de l'anéantir vous aviez le caprice,
Vous n'auriez qu'à fermer brusquement votre main,
- Mais vous ne voudrez pas, j'en suis sûr, qu'il périsse !

François Coppée, extrait de L'exilée

dimanche, 13 avril 2008

Oh ! qu'une, d'Elle-même, un beau soir, sût venir

Oh ! qu'une, d'Elle-même, un beau soir, sût venir

La main droite pour désigner les mots, la main gauche pour désigner les choses

Rien ne finit, rien ne commence

Sa place était chez moi.

 

(Laforgue, Macé, De Lisle, Lubin)

dimanche, 06 avril 2008

à mois que sa voix se mélange enfin

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à moins que sa voix se mélange enfin
au pisé de ses nuits
aux moellons de ses genoux
à l'encre bleue de sa poitrine
à la pesanteur de sa taille
à sa parole en cavale d'ici la prochaine lisière
et les bois entravés de vent
elle dans son caprice tout à coup attendu

 

jeudi, 03 avril 2008

Jésus électrique dans l'escalier

"L'électricité ressemble beaucoup à l'amour - c'est plus qu'un simple sentiment. le cours des choses en est affecté, engendrant toutes sortes de phénomènes apparemment sans relation. La source peut se trouver ici, mais c'est là-bas qu'il se passe quelque chose. Il s'agit donc d'une histoire sur l'électricité, et c'est également une histoire d'amour, au sens large - en tant que bataille sans objet, confrontation sans répit."

 Sous l'empire des oiseaux, Carl Watson

mardi, 01 avril 2008

je crée la poésie "ETRE"

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Je crée la poésie "ETRE"
la poésie présente.
Elle montre les reflets de la vie changeante,
incertaine, monstrueuse, outrancière.
Le monstrueux et l'impensable,
c'est cela la poésie !

La poésie n'est plus ludique, la poésie n'est pas
un bonbon à sucer.
La poésie est présente, elle EST
et elle nous amène aux frontièrs de la folie !

Elle nous fait comprendre, c'est-à-dire, deviner
les phénomènes secrets, des choses et des faits
qu'on ne SAIT pa sdu tout :
car tout ce qui n'existe pas" existe, cela EST.

[5 août 1968]

 

dimanche, 30 mars 2008

Merci l'arrière-grand-mère

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"Dans son appartement d'entre la cathédrale et la grand-place, Martin avait installé sa bibliothèque, riche de quelques milliers d'ouvrages. Des classiques français, latins et grecs, mais également toute sorte de littérature, poésie, prose, théâtre bien sûr, et biographies, journaux intimes, correspondances d'écrivains de tous horizons. Des Allemands, des Autrichiens, des Russes. Des livres en d'autres langues, celles qu'il pouvait lire, les langues anciennes, l'allemand et l'italien. Des recueils de poésie bilingues, des dictionnaires de langues étrangères, y compris de celles que Martin n'avait pas éliminées malgré l'avènement d'internet et du CD-Rom, une autre remontant au début du siècle que ses grands-parents paternels lui avaient donnée à la mort de l'arrière-grand-mère."

Projections privées, Gilles Rozier.