Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 09 novembre 2007

NIRVANA

 

56cfda944f08c0beaa943fde0f728a62.jpg

 

 NIRVANA vient d'Olympia, Washinton, à 60 miles de Seatle Le chanteur/guitariste de NIRVANA (Kurt Kobain) et le bassiste (Chris Novoselic) ont vécu à Aberdeen, à 190 miles de Seatle.

La population d'Aberdeen est constituée de beaufs bigots machonneurs de tabac, flingueurs de cerfs, tueurs de pédés, un tas de bucherons "pas vraiment portés sur les guguss new wave", Chad (batterie) est originaire d'une île peuplée de gosse de riches barrés au LSD.

NIRVANA est un trio qui joue du heavy rock avec des accents punk.

Ils n'ont habituellement aucun travail.

Aussi peuvent-ils tourner à n'importe quel moment.

NIRVANA n'a jamais jammé sur"Gloria" ou "Louie Louie". Pas plus que ses membres n'ont eu à récrire ces chansons et se les attribuer.

NIRVANA cherche à graver sa musique sur vinyle et accepterait volontiers un prêt d'environ 2000 dollars.

KURDT.

mercredi, 07 novembre 2007

Huis clos

98a8320a244f3c633d81f2d7181ef434.jpg
 
ESTELLE
Chante, Inès, chante!
Inès
Le beau couple! Si tu voyais sa grosse patte posée à plat sur ton dos, froissant la chair et l'étoffe. Il a les mains moites; il transpire. Il laissera une marque bleue sur ta robe.
ESTELLE
Chante! Chante! Serre-moi plus fort contre toi, Garcin; elle en crévera.
Inès
Mais oui, serre-la bien fort, serre-la! Mêlez vos chaleurs. C'est bon l'amour, hein Garcin? C'est bon l'amour, hein Garcin? C'est tiède et profond comme le sommeil, mais je t'empêcherai de dormir.
ESTELLE
Ne l'écoute pas. Prends ma bouche; je suis à toi tout entière.
Inès
Eh bien, qu'attends- tu? Fais ce qu'on te dit, Garcin le lâche tient dans ses bras Estelle l'infanticide. Les paris sont ouverts. Garcin le lâche l'embrassera-t-il? Je vous vois, je vous vois; à moi seule une foule, la foule. Garcin la foule, l'entends-tu? (Murmurant) Lâche! Lâche! Lâche! Lâche! En vain tu me fuis, je ne te lâcherai pas. Que vas tu chercher sur ses lèvres? L'oubli? Mais je ne t'oublierai pas, moi. C'est moi qu'il faut convaincre. Moi, Vens, viens! Je t'attends. Tu vois, Estelle, il desserre, son étreinte, il est docile comme un chien... Tu ne l'auras pas!
Garcin
Il ne fera donc jamais nuit?
Inès
Jamais.
Garcin
Tu me verras toujours?
Inès
Toujours.
Garcin abandonne Estelle et fait quelques pas dans la pièce. Il s'approche du bronze
Garcin
Le bronze...(il le caresse) Eh bien, voici le moment. Le bronze est là, je le contemple et je comprends que je suis en enfer. Je vous dis que tout était prévu. Ils avaient prévu que je me tiendrais devant cette cheminée, pressant ma main sur ce bronze, avec tous ces regards sur moi. Tous ces regards qui me mangent...(il se retourne brusquement)
Ha! vous n'êtes que deux? Je vous croyais beaucoup plus nombreux. (il rit) Alors c'est ça l'enfer. Je n'aurais jamais cru...
Vous vous rappelez: le soufre, le bûcher, le gril... Ah! quelle plaisenterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres.

dimanche, 04 novembre 2007

Et sais-tu que toi-même...

... Et sais-tu que toi-même aussi, nocturne reine,
Tu cesseras un jour de briller dans les cieux ?
Tu mourras comme doit mourir la race humaine,
Et l'ombre habitera les airs silencieux.

Alice de Chambrie (1861-1882)
(Recueil : Au-delà)

vendredi, 02 novembre 2007

Le secret de la vie

Le secret de la vie est dans les tombes closes :
Ce qui n'est plus n'est tel que pour avoir été ;
Et le néant final des êtres et des choses
Est l'unique raison de leur réalité.

O vieille illusion, la première des causes !
Pourquoi nous éveiller de notre éternité,
Si, toi-même n'étant que leurre et vanité,
Le secret de la vie est dans les tombes closes.

Hommes, bêtes et Dieux et monde illimité,
Tout cela jaillit, meurt de tes métamorphoses.
Dans les siècles, que tu fais naître et décomposes,
Ce qui n'est plus n'est tel que pour avoir été.

A travers tous les temps, splendides ou moroses,
L'esprit, rapide éclair, en leur vol emporté,
Conçoit fatalement sa propre inanité
Et le néant final des êtres et des choses.

Oui ! sans toi, qui n'es rien, rien n'aurait existé :
Amour, crimes, vertus, les poisons ni les roses.
Le rêve évanoui de tes oeuvres écloses
Est l'unique raison de leur réalité.

Ne reste pas inerte au seuil des portes closes,
Homme ! Sache mourir afin d'avoir été ;
Et, hors du tourbillon mystérieux des choses,
Cherche au fond de la tombe, en sa réalité,
Le secret de la vie.

Leconte de Lisle, Extrait de Poèmes tragiques.

mercredi, 31 octobre 2007

SAN ANTONIO "Valsez, pouffiasses"

516d2a1705217133bc99871962467506.jpg

 

Rions un peu c'est les vacances. Attention...Cheeeese!

Béru hésite puis théâtral, relève sa blouse bleue, déboutonne son grimpant et sort son outil à ramoner les dargeaots.

-Comme t'es pas mal bousculée, si tu s'rais copérante, t'aurais droit au super-guisseau de môssieur, ma mignonette. C'est pas du braque d'archiduc, ça? Et encore, tu contemp' alors qu'il est comme qui dirait en pantoufles, l'apôtre. Mais tu le verrais caracoler du gland, du coup tu chantes le grand air de l'Acné! Ah! j'voye à ton regard qu'il t'intéresse mon Pollux, pas vrai? Tu chatoyes de la moniche, ma loute! Tu permets qu'j'controlasse?

Il coule sa main sous la jupe de Miss Lowitz.

-Moi l'uniforme Air France, ça m'a toujours excité. Fais voir! Qu'est-ce j'disais! Elle a l'escardinche qui s'laisse aller, la mère! Et pas qu'un peu, mon n'veu!Oh! dis donc, t'es pas feignasse des glandes, toi!Inutile d't jouer l'Beau Danube bleu pour qu't'humectes du sensoriel! Lève-toi un peu, minette! Là maint'nant assoye toi su' mon gros zygomatique joufflu. T'as vu qu'il est sous pression, l'artiss'? Opérationnel jusqu'aux roustons! Pose-toi, j'te dis! Qu'est ce tu risques pusq'c'est toi qui contrôles la dévalable? Tu m'enfournes à ta botte, si j'pourrais dire. Mollo, la glissade sur la rampe. Qu'est ce tu dis? T'as gardé ta culotte? Ca te cigogne le frifri? Voilà! cric-crac merci Kodac! On peut batifoler tout notre chien de soûl! C'est bonnard, non?Tu joues sul'velours. Maintenant qu'la tronche est passée, l'reste c't'une prom'nade d'santé. Continue d'm'gainer la rapière, chérie! C'te science! Merde, on comprend qu't'aimes mieux ça qu'd faire du point croix! Dans ta situasse, y aller à la langoureuse, pareillement, faut pas craindre!

"San Antonio, tu pourrais p'têtre poser tes questions à cette friponne du temps qu'on lime, les deux, ça s'rait un gain d'temps. J'ai idée que la pointe, ça la conditionne mieux que les m'naces. Ya des gens qui sont un sifflet*. Le tisonnier rougi dans le fion, ça la laisse froide, mais un beau chibre qui y effervesce ça lu disjoncte la volonté. Surtout que là, matte comme elle langoure bien. J'laide en lu r'montant le baigneur à deux mains, pas qu'é peinasse dans les côtes! C'est gode for you, hein, ma bioutifoule?"

-Mademoiselle Lowitz, risqué-je, je suis au courant du téléphone clandestin dans la cahute du cantonier. Je sais beaucoup de choses sur vous ( là je bluffe, mais hein,). Beaucoup, mais pas tout, or je dois tout connaître. Etes-vous d'accord pour répondre à mes questions?

Mais la dame, elle, a d'autres chats à fouetter: le sien!

-Après, apèèèèèès! gémit-elle en accélérant sa gym.

*Nous estimons que Bérurier par " qui sont un sifflet" a voulu dire "qui sont ainsi faits". Qu'on lui pardonne le lapsus. compte tenu des circonstances.         l éditeuse.

Extrait de San-Antonio 141 "Valsez pouffiasses" éditions fleuve Noir 1989.

mardi, 30 octobre 2007

Lettre de Guy Moquet le 22 octobre 1941

GUY Môquet

Châteaubriant, camp de Choisel (Loire-Inférieure)

22 octobre 1941

Ma petite maman chérie,

Mon tout petit frère adoré,

Mon petit papa aimé,

Je vais mourir! Ce que je vous demande, à toi en particulier petite maman, c'est d'être très courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et René. Quant à mon véritable, je ne peux le faire, hélas! jespère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge qui, je l'escompte, sera fier de les porter un jour.

A toi, petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman bien des peines, je te salue pour la dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup, qu'il étudie, qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans et demi. Ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous.

Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux pas en mettre davantage, je vous quitte tous, toutes, toi maman, Séserge, papa, en vous embrassant de tout mon coeur d'enfant, Courage!

                                                              Votre Guy qui vous aime.

                                                                                              Guy.

 

8a689c013981e298ba5e5ef7960b607f.jpg

Lycéen parisien, Guy Moquet fut arrêté à la gare de l'Est où il distribuait des tracts anti-Nazi. Il est fusillé avec 26 de ses camarades en réprésailles de l'assassinat de l'officier Karl Hotz. Il est le plus jeune des vingt- sept otages assassinés du camp de Châteaubriant le 22 octobre 1941.

lundi, 29 octobre 2007

La Destruction

57e8856e3b1085fcdda07b696c0ee14d.jpg

Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon;

Il nage autour de moi comme un air impalpable;

Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon

Et l'emplit d'un désir éternel et coupable.

Parfois il prend, sachant mon amour de l'ART?

La forme de la plus séduisante des femmes,

Et, sous de spécieux prétextes de cafard,

Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.

Il me conduit ainsi, loin du regard de Dieu,

Haletant et brisé de fatigue, au milieu

Des plaines de l'Ennui, profondes et désertes,

Et jette dans mes yeux pleins de confusion

Des vêtements souillés, des blessures ouvertes,

Et l'appareil sanglant de la Destruction!

Baudelaire  extrait "les fleurs du mal" 1861.

jeudi, 25 octobre 2007

Mémoires d'un jeune homme dérangé

5610610a6fd8245b7374cd4a5f40e60b.jpg

Je me suis acheté un fusil à canon scié. Je ne sais pas ce qui m'a pris. J e suis incapable de me servir de cet engin et je ne vois pas pourquoi j'en aurais besoin : je suis naturel plutôt calme et mes ennemis se comptent sur les doigts d'une main. De plus ce truc m'a coûté une fortune. Mais je le regarde il est joli.

Il arrrache la tête d'un être humain à cinquante mètres.

Nous restions dans notre lit, nous nourrissant exclusivement de foie gras et de Coca Cola (l' anorexie est un hédonisme), regardant les vidéos-clips à la télévision jusqu'à la fin des émissions. Ils nous arrivait aussi de manger des pistaches mais cela me donnait des aphtes. Quoi d'autre? Nous apprenions par coeur les dialogues de Michel Audiard, volions les verres dans les soirées, roulions vite en écoutant Cat Stevens, Peau d'Ane de Michel Legrand, Sarah Vaughan, pensions que rien ne pourrait nous arrêter, qu'on pouvaient être heurux impunément. Nous n'avions pas encore lu E.M Cioran: nous étions adorable.

La chatte nous réveillait pour son déjeuner. J'aimais bien la clarté de nos relations: L'amour en échange de la bouffe. Nos rapports s'établissaient sur des bases sûrement plus saines que chez la plupart des êtres humains. A peine lui tendais je son assiette que le ronronnement s'enclenchait: DONNANT DONNANT.

J'étais de bonne humeur, j'avais horreur de ça. N'importe quoi me faisait sourire et je n'arrêtais pas de remplir mes poumons d'air frais. J'ai même eu les larmes aux yeux en regardant un soap opéra. La joie de vivre ne m'a jamais réussi. Reiser disait que les gens heureux le faisaient chier. Je partage cette opinion, tant pis s'il en est mort.

   Anne m'apportait des croissants et , même si je ne ronronnais pas, je n'en pensais pas moins.Puis c'étaient des baisers sur ses yeux dans chaque pièce de l'appartement et des déclarations d'amour surtout dans la chambre à coucher. A partir du moment où Anne était vraiment la plus jolie fille sur terre, pourquoi le lui cacher?

   Nous étions si mignons. Nous buvions de la Williamine. Ou bien nous sabrions le champagne dans le port de Socoa: Du Moët et des mouettes. J'avais de la chance, Anne tolérait mes calembredaines.

Ainsi passa beaucoup de temps e je sortais de moins en moins.

Quand on aime, on ne compte pas. Si: On compte les jours et les heures, parfois les minutes.

Anne ne m'a pas donné de nouvelles pendant deux jours et j'ai vielli de dix ans. J'ai surveillé le téléphone, démonté le téléphone, remonté le téléphone. J'aurai pu passer mon C.A.P de téléphonicien. Anne a fini par venir. Son père était hospitalisé.

Je n'ai même pas pu l'engueulé!

Extrait de "Mémoires d'un jeune homme dérangé" de Frédéric Beigbeder édit: La table ronde, Paris 1990.

dimanche, 21 octobre 2007

France ! à l'heure où tu te prosternes

France ! à l'heure où tu te prosternes,
Le pied d'un tyran sur ton front,
La voix sortira des cavernes
Les enchaînés tressailleront.

Le banni, debout sur la grève,
Contemplant l'étoile et le flot,
Comme ceux qu'on entend en rêve,
Parlera dans l'ombre tout haut ;

Et ses paroles qui menacent,
Ses paroles dont l'éclair luit,
Seront comme des mains qui passent
Tenant des glaives dans la nuit.

Elles feront frémir les marbres
Et les monts que brunit le soir,
Et les chevelures des arbres
Frissonneront sous le ciel noir ;

Elles seront l'airain qui sonne,
Le cri qui chasse les corbeaux,
Le souffle inconnu dont frissonne
Le brin d'herbe sur les tombeaux ;

Elles crieront : Honte aux infâmes,
Aux oppresseurs, aux meurtriers !
Elles appelleront les âmes
Comme on appelle des guerriers !

Sur les races qui se transforment,
Sombre orage, elles planeront ;
Et si ceux qui vivent s'endorment,
Ceux qui sont morts s'éveilleront.

Victor Hugo

vendredi, 19 octobre 2007

Guignol's Band

Dites-moi tout! Elle veut rien me dire, elle glousse, tortille...ah! petit croupion! un peu tu vas voir! ah perfide rusée souris! ah!la mâtine! je suis sûr qu'elle l'aime le vieux au fond...elle en raffole de ses papouilles...ah! je tourne jaloux à en bramer...

"ça vous plaît n'est ce pas? ca vous plaît?"

Est ce qu'elle me comprend d'abord? Elle tient pas en place elle gesticule, elle me fait BZZ! BZZ! BZZ! Elle se moque de moi, grotesque, aboyeur, malotru! Voilà sûrement ce qu'elle trouve... Et toi! vicieuse rouée petite garce!...voilà mon avis...si je suis hargneux désagréable c'est par sa faute...Elle a qu'à me répondre! Ah! puis je peux plus la gronder...je flanche bafouille déconne repleure...toute ma colère tombe...je n'ose plus...je suis à plat...je m'effondre...je m'abats à ses pieds encore...Ca y est, tout recommence...je lui redemande mille fois pardon...me voilà propre...je me roule au tapis!Je la supplie de grâce!...Je me prosterne...Je l'implore...je ne sais plus à qui me vouer!

"Mademoiselle je suis infâme!...Vous n'êtes qu'une enfant! Virginie je vous demande pardon...j'ai abusé de votre jeunesse!...ah! Je suis à pendre! C'est moi le monstre!Virginie! Pitié! Pitié! Vous allez me comprendre! Vous êtes toute petite toute mignonne...Un secret m'étrangle! Je brûle et mes blessures me tuent!"

En avant le grand jeu! J veux lui faire couler toutes les larmes...Tous mes malheurs faut qu'elle écoute, petits et grands... Et toutes les menaces, tout ce qui plane...et tout ce que j'ai trinqué d'affreux... E lle écoute, elle est gentille, mais ça la retourne pas beaucoup...je crois même qu'elle se moque un petit peu...y a de la malice...à cet âge là c'est insensible...je recommence tout mon récit, tous mes avatars aux combats... je brode forcément...Ca irait pas mal, elle s'intéresserait... mais maintenant c'est les autres qui me coupent... Les vulcains la chienlit là-haut... Ils broyent les murailles on dirait la façon qu'ils cognent... C'est effrayant leur bacchanal...ils doivent tout passer à la forge au bruit qu'ils déchaînent... C'est pas possible qu'elle m'écoute...

Tous mes effets sont perdus...

"Sortons un instant voulez vous? Je vous en prie mademoiselle! Je vous dirai tout...Pas ici..." 

 extrait de Guignol's Band I de Céline

mercredi, 10 octobre 2007

Poète Noir

Poète noir, un sein de pucelle

te hante,

Poète aigri, la vie bout

et la ville brûle,

et le ciel se résorbe en pluie,

ta plume gratte au coeur de la vie.

 

Forêt,forêt des yeux fourmillent

sur les pignons multipliés;

cheveux d'orage, les poètes

enfourchent des chevaux, des chiens.

 

Les yeux ragent, les langues tournent,

le ciel afflue dans les narines

comme un lait nourricier et bleu;

je suis suspendu à vos bouches

femmes, coeurs de vinaigre durs.

ANTONIN ARTAUD.

 

 

lundi, 08 octobre 2007

C'est une folie extrême

C'est une folie extrême
D'être fidèle en amour.
Il faut aimer qui nous aime,
Et changer de jour en jour.
Qui un seul but se propose
Ne fait jamais grande chose.

Les dames aiment le change,
Et n'ont jamais de dessein
Qui n'ait toujours du mélange,
Et double ainsi que leur sein :
Ne blâmez telle aventure,
C'est l'effet de leur nature.

L'une aimera la richesse,
L'autre aimera les discours,
Cette-ci l'art et l'adresse,
Celle-là le jeu d'Amours ;
Jamais d'une même sorte
Ce faux sexe ne se porte.

Aimez et soyez fidèle,
Vous deviendrez odieux.
Feignez, soyez infidèle,
On vous recherche en tous lieux.
Ainsi changeant de figure,
Se déguise leur nature.

Et plus fol qui conjecture
Sans dommage et sans méchef
Bien garder une serrure,
Dont chacun porte la clef,
Il n'est de place tant forte
Où l'on n'entre de la sorte !

C'est donques folie extrême
D'être fidèle en amour,
Il faut aimer qui nous aime,
Et changer de jour en jour.
Qui divers buts se propose
Fait souvent quelque grand'chose.

Joachim Bernier de LA BROUSSE

vendredi, 05 octobre 2007

A Rouen, rue Ancrière

Je n'ai vu qu'un regard de cette belle morte
A travers le volet qui touche à votre porte,
Ma soeur, et sur la vitre où passa ce regard,
Ce fut l'adieu d'un ange obtenu par hasard.

Et dans la rue encore on dirait, quand je passe,
Que l'adieu reparaît à la claire surface.

Mais il est un miroir empreint plus tristement
De l'image fuyante et visible un moment :
Ce miroir, c'est mon âme où, portrait plein de larmes,
Revit la belle morte avec ses jeunes charmes.

Marceline DESBORDES-VALMORE

vendredi, 28 septembre 2007

Décourageux

Décourageux

Ce fut un vrai poète : il n'avait pas de chant.
ort, il aimait le jour et dédaigna de geindre.
Peintre : il aimait son art - Il oublia de peindre...
Il voyait trop - Et voir est un aveuglement.

- Songe-creux : bien profond il resta dans son rêve ;
Sans lui donner la forme en baudruche qui crève,
Sans ouvrir le bonhomme, et se chercher dedans.

- Pur héros de roman : il adorait la brune,
Sans voir s'elle était blonde... Il adorait la lune ;
ais il n'aima jamais - Il n'avait pas le temps. -

- Chercheur infatigable : Ici-bas où l'on rame,
Il regardait ramer, du haut de sa grande âme,
Fatigué de pitié pour ceux qui ramaient bien...

ineur de la pensée : il touchait son front blême,
Pour gratter un bouton ou gratter le problème
Qui travaillait là - Faire rien. -

- Il parlait : " Oui, la Muse est stérile ! elle est fille
D'amour, d'oisiveté, de prostitution ;
Ne la déformez pas en ventre de famille
Que couvre un étalon pour la production !

" O vous tous qui gâchez, maçons de la pensée !
Vous tous que son caprice a touchés en amants,
- Vanité, vanité - La folle nuit passée,
Vous l'affichez en charge aux yeux ronds des manant !

" Elle vous effleurait, vous, comme chats qu'on noie,
Vous avez accroché son aile ou son réseau,
Fiers d'avoir dans vos mains un bout de plume d'oie,
Ou des poils à gratter, en façon de pinceau ! "

- Il disait : " O naïf Océan ! O fleurettes,
Ne sommes-nous pas là, sans peintres, ni poètes !...
Quel vitrier a peint ! quel aveugle a chanté !...
Et quel vitrier chante en raclant sa palette,

" Ou quel aveugle a peint avec sa clarinette !
- Est-ce l'art ?... "
- Lui resta dans le Sublime Bête
Noyer son orgueil vide et sa virginité.

Tristan Corbière

jeudi, 30 août 2007

Comme elle vient

A se changer en Roi
A hurler à la lune
A traquer la fortune
Tout ça pour traîner son poids
Au risque de s'y plaire
Au moment de s'y croire
Sonnez les courants d'aire
Faites donner l'exutoire
Il faudrait qu'on s'élève
Au fond on a d'la classe
Ou alors qu'on prenne la sève

Comme elle vient
Encore et encore

Tu la vois la belle bleue
Des feux de l'artifice
Et tu la sens même un peu mieux
A la faveur d'une éclipse
On voit du jour au lendemain
Que ça ne s'invente pas
Instantanément comme ça
Reprendre de volée d'aussi loin

Lire la suite