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samedi, 18 août 2007

MES CONTEMPORAINS

Mes contemporains ne me sont rien et les plus grandes jouissances de ma vie viennent de ces monuments que sont les idées semées jadis par mes semblables qui eux aussi ont erré parmi leurs contemporains. Les lettres qu'ils ont tracées peuvent sembler sans vie, elles me parlent plus intimement que bien des bipèdes vivants. Une lettre du pays compte plus pour l'émigré qu'une conversation avec les étrangers autour de lui,et, sur les îles désertes, les traces des anciens occupants en disent plus au voyageur que les singes et les cacatoès sur les arbres d'alentour.

                      ARTHUR SHOPENHAUER (7.vers 1822 extrait de "A soi-même").

vendredi, 10 août 2007

Le Graphographe

J'écris. J'écris que j'écris. Mentalement je me vois écrire que j'écris et je peux aussi me voir voir qui écris. Je me rappelle écrivant déjà et aussi me voyant qui écrivais.

Et je me vois me rappelant que je me vois écrire et je me rappelle me voyant me rappeler que j'écrivais et j'écris en me voyant écrire que je me rappelle m'être vu écrire que je me voyais écrire que je me rappelais m'être vu écrire que j'écrivais et que j'écrivais que j'écris que j'écrivais. Je peux aussi m'imaginer écrivant que j'avais déjà écrit que je m'imaginais écrivant que je me vois écrire que j'écris.

Salvador Elizondo. Le Graphographe.

lundi, 09 juillet 2007

Sceaux d'hommes égaux morts

Sur les fesses du chef décapité était tatoué le prénom du soldant familier
et le prénom du chef était tatoué sur la poitrine de son homme fusillé
Leurs mains enlacées et crispées faisaient semblant de vivre encore
Mysoginie mère des guerres
Tasses et théières
Seaux d'eau
Mégots morts
Deux corps sous les décombres
dans l'ombre du décor.

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dimanche, 08 juillet 2007

Bienveillance

La vie va où je veux,
c'est moi qui la promène
sans la perdre de vue,
dans la foule qui me gagne,
dans ma voix qui s'abrite
sur les tombes et le lierre
ici où je suis bien,
et les morts qui sont bons
ne demandent raison
si je ris sur leurs pierres.

Cimetière d'Oxford, 5 septembre 1947

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jeudi, 05 juillet 2007

Pour une dame imaginaire

Pour une dame imaginaire
Aux yeux couleur du temps,
J'ai rimé longtemps, bien longtemps :
J'en étais poitrinaire.

Quand vint un jour où, tout à coup,
Nous rimâmes ensemble.
Rien que d'y penser, il me semble
Que j'ai la corde au cou.

 

Paul-Jean Toulet - Contrerimes

mardi, 03 juillet 2007

La Gloire

J'habite une tendresse diffuse qui ne peut me guérir. Il y a un profond bleu de vitrail en moi, une douceur comme d'absence ou de femme et le vent murmure avec sa voix de papier.
(Passion selon Saint Epure)

Ta fièvre a sur mo front sa main, tranquille comme l'infamie, brûlante comme l'hébétude des neiges. Le ciel est oublié tout sale, tout vieux au bout du monde.

Entre tes cils passent lentement sans fin les basses nuées qui viennent des mers grises avec leurs ombres luminescentes faire de tes yeux mes jours.
(XXII)

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dimanche, 01 juillet 2007

Paul Valéry, encore

05285e58fdbaaacd14923bf7646bb8a7.jpgMonsieur Valéry, vous avez la cote. Non seulement vous êtes un ange, mais vous avez la cote. Cette fois-ci, c'est votre recueil Poésies qui s'élance quelque part ailleurs en France. Mais comment faites-vous ?

 

 

 

VUE

Si la plage penche, si
L'ombre sur l'oeil s'use et pleure
Si l'azur est larme, ainsi
Au sel des dents pure affleure

La vierge fumée ou l'air
Que berce en soi puis expire
Vers l'eau debout d'une mer
Assoupie en son empire

Celle qui sans les ouïr
Si la lèvre au vent remue
Se joue à évanouir
Mille mots vains où se mue

Sous l'humide éclair de dents
Le très doux feu du dedans.

 

 

 

vendredi, 29 juin 2007

L'Ange - Paul Valéry

Je permets à quelques livres de voyager vers d'autres contrées. C'est un service que je rends à la formidable étagère qui m'accompagne depuis quelques années. Le dernier envolé contient ceci :

"Il essayait de se sourire : il se pleurait. Cette infidélité de son visage confondait son intelligence parfaite ; et cet air si particulier qu'il observait, une affection si accidentelle de ses traits, leur expression tellement inégale à l'universalité de sa connaissance limpide, en blessaient mystérieusement l'unité."

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Allez, Monsieur Valéry, porter vos mots en un autre foyer. Vous êtes un ange.

mardi, 26 juin 2007

Deux fins lambeaux d'étoile

Deux fins lambeaux d'étoile
deux cristaux de promesse
l'air pur et puis la nuit et puis et puis et puis
toute danse étreignant deux fins lambeaux d'étoiles
les ciseaux de lumière après la tour Eiffel
et le printemps déjà qui déjà déjà luit

traînant sous ces arceaux un corps toujours revêche
ce corps enfin s'adjoint ce corps qui l'avait fui
la chair où court le sang la chair de totue nuit
et les courbes marquant le trajet des mains rêches

obscur mangeur de jour ces deux mains unité
la longueur d'un maintien la chaleur des deux paumes
tous les feux sont éteints il reste pour la nuit
la grande conjonction de l'herbe et de la pierre

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lundi, 25 juin 2007

Comment trouver

2

comment trouver

(la voix
est vide)

le moi
se perd en
rien

l'autre
sourit

dimanche, 17 juin 2007

Si l'on pouvait seulement goûter son néant

Si l'on pouvait seulement goûter son néant, si l'on pouvait se bien reposer dans son néant, et que ce néant ne soit pas une certaine sorte d'être mais ne soit pas la mort tout à fait.
Il est si dur de ne plus exister, de ne plus être dans quelque chose. La vraie douleur est de sentir en soi se déplacer sa pensée. Mais la pensée comme un point n'est certainement pas une souffrance.
J'en suis au point où je ne touche plus à la vie, mais avec en moi tous les appétits et la titillation insistante de l'être. Je n'ai plus qu'une occupation, me refaire.

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samedi, 16 juin 2007

Un enfant a dit

Un enfant a dit
je sais des poèmes
un enfant a dit
chsais des poaisies

un enfant a dit
mon coeur est plein d'elles
un enfant a dit
par coeur ça suffit

un enfant a dit
Ils en sav' des choses
un enfant a dit
et tout ça par écrit

Si lpoète pouvait
s'enfuir à tir-d'aile
les enfants voudraient
partir avec lui

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jeudi, 07 juin 2007

Le miroir

Celle que j'aime habite un miroir
Comment pourrais-je la rejoindre
Dans ce fracas d'astres glacés
Moi qui n'ai pas trop de silence
Pour ne ressembler qu'à moi-même

Aux marches blanches du sommeil
Glisserai-je ombre sans mémoire
Vers ce château de solitude
Défendu par tant d'oiseaux noirs

Pour monter jusqu'à son sourire
Sans déranger cette eau profonde
Qui le préserve de mourir
Il me faudrait être la nuit
Et ne plus savoir d'où je viens.

Marcel Béalu, Chemin marqué

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capté

mercredi, 06 juin 2007

La vie dans le temps

Les secondes, pas à pas inacessibles -
Les minutes se pressaient, toujours trop longues -
Les heures, l'une après l'autre mal-aimées -
L'an neuf, en allé sans remplir les voeux -
Le jour accompli, le coeur tourne encore -
Le sommeil, au matin miroir interdit -
L'instant n'a pas lui où nous aurions pu -
Notre vie, infranchissable, recluse -

André Frénaud, Il n'y a pas de paradis

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capté

vendredi, 01 juin 2007

Déjeuner du matin

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.

(Paroles)