mardi, 05 mars 2013
Le lundi dans l'caniveau, le mardi, dans l'frigo - ou l'art d'accomoder la cervelle un jour de semaine (Musset - 2ème jour)
- Bonjour M'dame Grimbert
- Bonjour M'dame Rochin
- Comment allons-nous aujourd'hui ?
- Oh bah moi ça va hein, c'est pas comme le p'tit jeune d'hier là..
- Oh la la, oui quelle histoire hein ! Y se s'rait suicidé d'après c'qu'on dit ?
- Oui oui, l'a sauté du quatrième, à cause d'une fille, apparemment.. Et selon M'dame Michaux, y s'est pas loupé, on a r'trouvé des bouts d'cervelle jusque dans l'caniveau..
- Quelle horreur. Si c'est pas malheureux d'perdre la tête comme ça, pour une amourette..
- C'est l'cas d'le dire oui... pour l'avoir perdue, il l'a perdue..
- Tnez r'gardez, tout un foin qu'ça fait, y a 'core des journalistes qui prennent des photos. Ça va pas louper qu'y vont encore m'interroger.. ça n'arrête pas depuis hier..
- Ah ça.. et tout ce monde, ça vous a pas trop perturbé l'affaire ?
- Bah ! C'est malheureux à dire, mais c'est bien vrai que l'malheur des uns fait l'bonheur des autres.. Je sais pas à quoi c'est dû, si c'est l'émotion ou bien, mais j'ai jamais eu autant d'monde, sauf à Noël et à Pâques.. Ou alors c'est d'voir autant d'sang, ça provoque peut-êt' des envies d'viande..
- P'têt'bien, oué, allez savoir, on nous trouve une raison à tout maint'nant, c'est bien simple..
- Enfin, pauv'garçon, si j'avais su qu'il était sensible à c'point..
- Z'y pouvez rien, M'dame Grimbert, personne savait, on l'connaissait que d'vue, l'était discret au possible.. Si y pouvaient tous êt' comme ça, ceux d'son âge.. on dormirait mieux !
- Z'avez raison, M'dame Rochin, mais quand même.. Ah, c'est dommage..
- Ah , M'dame Rochin, M'dame Grimbert, r'gardez, y z'en parlent dans l'journal !
- Fait'don' voir ça M'dame Vignon !
Et nos trois curiosités, telles Les Trois Grâces penchées au-dessus du journal posé sur le comptoir de la caisse, lirent la courte histoire de notre jeune suicidé, ainsi qu'une partie de la lettre retrouvée dans la poche de son pantalon, retranscrite pour l'occasion :
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samedi, 02 mars 2013
Rhapsodie d'un bohémien de dix-sept ans un samedi après-midi (Rimbaud - 6ème jour)
- Ahhh, mais maman arrête de crier, steuplé, j'suis pas sourd...
- Je ne crie pas, j'te f'rais dire, et ne prends pas ce ton avec moi hein ! T'as vu l'heure ! On est au beau milieu de l'après-midi, papy et mamie sont repartis sans même t'avoir vu.. super l'esprit d'famille !
- Ohhh maman, dé-so-léééé, mais voilà, on est partis en soirée, on a pas vu l'temps passer,
« J'ai embrassé l'aube d'été
[...]
Au réveil il était midi »
- Midi ! Mais il est bientôt 16h là ! Te moque pas d'moi !
- Ohh, mais c'est bon, quoi, t'as jamais été jeune ?
« On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans,
[...]Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête... »
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vendredi, 01 mars 2013
A l'école de l'Ô, Rimbaud était écolo (Rimbaud - 5ème jour)
Il y a différentes façons de parler d'écologie :
- La « révélation » : - Moi, vous savez, j'étais du genre à aller au plus beau, au bien calibré, au brillant, bien coloré. Une feuille de salade un peu abîmée et mon regard se détournait ! Si si ! Et jamais j'regardais l'pays d'origine, y a qu'le prix qui m'intéressait ! Faut dire, avec nos porte-monnaie, on est à la virgule près ! Et puis j'ai vu c'reportage à la télé... tous ces malheureux qui meurent de faim, quand on voit c'qu'on jette...y aurait qu'à produire moins, ça s'rait aussi bien non ? Mais c'est fini tout ça, croyez-moi : dès demain, j'achèt'rai moins, mais j'achèt'rai bien !
- Le constat « doux-amer » : - il faut bien l'dire, on veut pouvoir manger de tout tout le temps et au meilleur prix, sans savoir d'où ça vient, ni c'qu'il y a dedans ! Faut pas s'étonner, après, de tous les dérèglements ! A force de créer de nouvelles variétés, plus résistantes, plus présentables, c'est nous qu'allons finir modifiés !
La manière « ultra-féministe» : C'est ça que vous voulez laisser à vos enfants ? Une terre violée, aux entrailles sans cesse déchirées, ensemencée de force ?
Le « devoir de mémoire » : Savez-vous que les pesticides ne sont autre que des dérivés des armes chimiques mises au point pendant la première et la seconde guerre mondiale ?
Et puis il y a ceux qui savent, et nous racontent :
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mardi, 19 février 2013
Le coup(chant) du soleil, ça marche toujours (Verlaine - 2ème jour)
Et ça, Paul, il l'a bien compris.
Tu prends une journée de printemps, un dimanche, à l'occasion, t'emmènes celle (ou celui hein, c'est comme on veut) que tu aimes (mais si, tu l'aimes, on le sait) à la campagne, ou le long du canal, ça peut le faire aussi, enfin, tu l'emmènes là où y a un peu d'verdure. Tu t'arrêtes, tu contemples l'horizon, le soleil qui descend se réfugier là-bas derrière, tu prends un air mélancolique (l'oeil perdu dans le vague, prêt à soupirer) et tu lui dis ça :
Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s'oublie
Aux soleils couchants.
Et d'étranges rêves
Comme des soleils
Couchants sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
À des grands soleils
Couchants sur les grèves.
Si tu t'y prends bien, elle(/il) pourra même croire que c'est de toi.. Presque.. Sinon tu peux aussi le faire en slam, c'est comme tu veux.
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mardi, 09 décembre 2008
Celui qui veille
"Celui qui veille au sommet du plaisir est l'égal du soleil comme de la nuit. Celui qui veille n'a pas d'ailes, il ne poursuit pas."
René Char, extrait de "Lettera amorosa".
15:20 Publié dans Un jour un mot | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poète, char | | |
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jeudi, 04 décembre 2008
Paris at night
Trois allumettes, une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
et l'obscurité toute entière pour me rappeler tout cela
en te serrant dans mes bras.
Jacques Prévert
De la part d'un p'tit gars que j'adore. :)
21:52 Publié dans Un jour, un texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poète, prévert, paris | | |
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samedi, 18 octobre 2008
Nuit de neige
La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.
Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.
La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.
Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.
Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.
Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.
Guy de Maupassant, extrait des Vers
10:17 Publié dans Un jour, un texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, poésie, poème, poète, maupassant, nuit | | |
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samedi, 11 octobre 2008
Nuit
Le ciel d'étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l'ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.
Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l'onde, où luit
Le drap d'or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.
Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l'heure, tout écoutait.
Maintenant nul bruit n'ose éclore ;
Tout s'enfuit, se cache et se tait.
Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S'avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.
C'est l'heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure,
Le grand Être mystérieux !
Victor Hugo, extrait de Toute la lyre
10:16 Publié dans Un jour, un texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, poésie, poème, poète, hugo, nuit | | |
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vendredi, 05 septembre 2008
Très doucement, plus doucement encore
Très doucement, plus doucement encore,
Berce ma tête entre tes bras,
Mon front fiévreux et mes yeux las ;
Très doucement, plus doucement encore.
Baise mes lèvres, et dis-moi
Ces mots plus doux à chaque aurore,
Quand me les dit ta voix,
Et que tu t'es donnée, et que je t'aime encore.
[...]
Emile Verhaeren, extrait de Les heures d'après-midi.
15:00 Publié dans Un jour, un texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poète, verhaeren | | |
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jeudi, 04 septembre 2008
Le cancre (vive la rentrée)
Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.
Jacques Prévert, extrait de Paroles
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mardi, 02 septembre 2008
Au bord du quai
Et qu'importe d'où sont venus ceux qui s'en vont,
S'ils entendent toujours un cri profond
Au carrefour des doutes !
Mon corps est lourd, mon corps est las,
Je veux rester, je ne peux pas ;
L'âpre univers est un tissu de routes
Tramé de vent et de lumière ;
Mieux vaut partir, sans aboutir,
Que de s'asseoir, même vainqueur, le soir,
Devant son oeuvre coutumière,
Avec, en son coeur morne, une vie
Qui cesse de bondir au-delà de la vie.
Emile Verhaeren, extrait de Les visages de la vie
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dimanche, 24 août 2008
La mort n'est rien
"La mort n'est rien.
Je suis simplement passé dans la pièce à côté.
Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.
Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné.
Parlez de moi comme vous l'avez toujours fait :
N'employez pas un ton différent,
Ne prenez pas un ton solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire.
Priez, souriez, pensez à moi.
Priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison, comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de vue ?
Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.
Vous voyez, tout va bien !"
Charles Péguy, d'après un texte de Saint Augustin
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jeudi, 15 mai 2008
L'indulgence
L'Indulgence est tendre, elle est femme.
Ceux qu'un faux pas, même expié,
Dans le monde à jamais diffame,
Lavent leur front dans sa pitié.
Humble soeur aux longues paupières,
Pour l'homme, fût-il criminel,
Tandis qu'on lui jette des pierres,
Elle garde un pleur fraternel.
S'approchant du coeur plein de fange,
De scorie épaisse et de fiel,
Pour l'assainir, elle y mélange
Cette larme, aumône du ciel ;
Et, loin d'y remuer la honte,
Comme les injures le font,
Elle attend que l'amour remonte
Et que la haine tombe au fond.
C'est alors que, de sa main douce
Élevant ce coeur épuré,
Elle l'incline sans secousse
Et lui pardonne : il a pleuré.
R. F. Sully Prudhomme, extrait de Epaves
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mardi, 06 mai 2008
Le beau voyage
Les trains rêvent dans la rosée, au fond des gares...
Ils rêvent des heures, puis grincent et démarrent...
J'aime ces trains mouillés qui passent dans les champs,
Ces longs convois de marchandises bruissant,
Qui pour la pluie ont mis leurs lourds manteaux de bâches,
Ou qui forment la nuit entière dans les garages...
Et les trains de bestiaux où beuglent mornement
Des bêtes qui se plaignent au village natal...
Tous ces grands wagons gris, hermétiques et clos,
Dont le silence luit sous l'averse automnale,
Avec leurs inscriptions effacées, leurs repos
Infinis, leurs nuits abandonnées, leurs vitres pâles...
Henri Bataille
19:28 Publié dans Un jour, un texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poème, poète, poésie, bataille | | |
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vendredi, 02 mai 2008
Au ciel plein d'attention
Au ciel, plein d'attention,
ici la terre raconte ;
son souvenir la surmonte
dans ces nobles monts.
Parfois elle parait attendrie
qu'on l'écoute si bien -,
alors elle montre sa vie
et ne dit plus rien.
R. M. Rilke, extrait de Les quatrains valaisins
10:29 Publié dans Un jour, un texte | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poète, rilke, ciel | | |
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