lundi, 31 mars 2008
Marcher les pieds dans l'ôde et semer des statuettes
Cher toi,
J'ai reçu aujourd'hui une invitation au rêve, au zen, à la plénitude, élever l'esprit et marcher les pieds dans l'ôde
Je me vois bien, en effet, sur cette Route du Nord profond, respirant les haïkus égrenés ça et là au gré d'une brise délicate et esthétique.
"Douceur de la brise
dans le vent des mille
collines un temps isolé",
Masaoka Shilei
Délaisser le quotidien, apprécier l'instant, craquement des grandes feuilles d'un érable solitaire, sous mes pieds, aveuglée par les derniers rayons solaires filtrant l'arbre flamboyant. J'y accrocherai ma prière, à la branche la plus haute, pour qu'elle soit la première à s'élever demain matin.
Je sèmerai des statuettes dans cette forêt dense comme l'esprit, en hommage à ce qui n'est plus, à ce qui ne sera jamais, à celui qui s'en fut.
J'irai plonger mon âme dans la chaleur des "onsen", la libérant des tensions qui la tordent, regardant s'évaporer la lassitude.
Je la tremperai dans un verre de saké, pour en arrondir les angles, effacer les dernières visions de toi. Je ferai du ciel étoilé un toit sous lequel le temps passera, le souvenir de cet automne s'envolera vers les neiges éternelles et s'y nichera.
Je partirai quand le "hanami" reviendra, quand les cerisiers fleuriront de blanc ma mémoire, redevenue vierge de toi.
Je regarderai une dernière fois l'envol de libellules rouges et partirai, à la nuit tombée, sans bruit, vers l'infini :
"Je voudrai tant partir
coiffée de lune
sous le ciel vagabond !"
Tagami Kikisha-ni
22:05 Publié dans Lis tes ratures et piste l'air | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, japon, haïku, poésie, poète, poème
jeudi, 27 mars 2008
Lire du Ibsen dans une cabane de pêcheur
Chère Mathilde,
Je sais que tu dois en avoir des centaines de photos en réserve, papier et numérique, que tu en as même fait un court-métrage, que tu parles la langue des gens de là-bas, que tu connais des gens, là-bas. Je sais que tu en sais plus que moi sur le sujet, mais j'avais quand même envie de te le dire.
Je feuilletais le magazine Géo de mars 2008, et là, que vois-je, un reportage sur les îles Lofoten. Si si ! Je sais que c'est un choc, annoncé comme ça [:)], mais c'est comme ça.
Tu feras attention, entre chaque île se trouve une pub, ça peut être déconcertant quand on n'a pas l'habitude, mais tu verras, ça ne gâche en rien le voyage.
C'est pas pour parodier une parodie d'un célèbre chanteur français, mais j'irais bien faire un tour dans une cabane de pêcheurs, sur l'île de Moskenesoy. L'été serait l'occasion rêvée, le soleil se reflétant (non pas le poisson) tant qu'il peut dans l'eau dure, glacée. Enfin j'imagine. Je l'imagine assez rigide, à cheval sur les principes.. C'est sans doute que je ne la connais pas. Elle doit être timide, tout simplement.
Et Ballstad, vu d'en haut, qu'est-ce que c'est beau ! Ce camaïeu de vert tacheté de rouge, de blanc, fleurs du Grand Nord, grignoté par le bleu dur, impitoyable et royal de l'océan.
Assise sur le pas de porte d'une de ces nombreuses cabanes, je lirai du Ibsen :
Je t’appelai message de bonheur ;
je t’appelai mon étoile.
Et tu devins cela, Dieu merci,
un message de bonheur, allant, venant,
une étoile, oui, une étoile filante,
là éteinte dans le lointain.
je déclamerai la poésie de Jacobsen :
« L'obscurité est immense.
À peine de délicates aiguilles, la lumière,
dans une nuit sans fin.
Et elle doit voyager si loin
à travers un espace si désolé. »
Paysage si dur, froid, si surréaliste qu'il semble que le moindre battement de nageoire excessif pourrait entraîner un gulf stream..Si parfait. Irréelle, une nature presque sans faille...
Bien sûr on mangerait du poisson fraîchement pêché, grillé à peine sorti de l'eau.. ou cuisiné comme tu me l'as raconté.
On ferait quoi encore, dis ?
13:34 Publié dans Lis tes ratures et piste l'air | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, lettre, épistolaire, roman, norvège















