dimanche, 20 avril 2008
Il dépérit - IKéBANA n°3
Il dépérit. En dépit de tous les tests de dépistage possibles, son corps se dépeuple petit à petit. Il n’en était nullement dépité, quand bien même sa peau se dépiautait lentement, douloureusement. Il sentait toutes les molécules de son corps en proie à la dépigmentation. Il n’en était pas pour autant déphasé. Ce sont les autres qui se dépêtraient de sa dépersonnalisation. Les autres qui souffraient de sa dépilation. Lui n’en avait cure. Au contraire. Il se sentait de plus en plus léger. Il se déphosphorait sans opposer le moindre effort. Ses veines dépiquaient le sang de ses vaisseaux, à leurs dépens, mais il laissait faire. Pourquoi les autres dépensaient-ils tant d’énergie à refuser cet état de fait ? Pourquoi s’obstinaient-ils à s’agglutiner autour de lui, sans arrêt, dépendants du moindre battement, cœur, paupière. Il devenait lisse comme une roche polie par un courant régulier, incessant. Que leur importait-ils alors, qu’il se dépenaille progressivement ? Ils semblaient vouloir empêcher toute fuite en avant, toute déperdition de chaleur, tels des manchots, sur la banquise. Il se sentait pris au piège, comme dans les mailles d’un filet à papillons.
Ils oubliaient que ça ne dépendait plus de lui. Le sort en était jeté.
Dépendants du moindre battement, cœur, paupière, du moindre battement d’elle. Partie, il s’envola, laissant à terre sa chrysalide. Dépigeonnage d’une vie. Plus aucune aile à l’horizon, à peine une plume, sur le balcon..
23:08 Publié dans de mes nouvelles, petits jeux entre amis (ou pas), Un jour, un texte | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, nouvelle, absolu, ikébana, mr brown
mardi, 08 avril 2008
Un pharaon, ça sent l'poisson non ?
LE PHARAON (un jeu proposé par une mystérieuse Misra)
Règles :
I - Utiliser obligatoirement les termes suivants:
poisson, pharaon, canon pantalon
revolver, patibulaire
carotte, saucisse, , , , ensorceleuse, sordide, ventru, rose, pantois, triste, , , , , , , inévitablement, tragiquement, aussitôt, vite, délicatement.
embrasser crier planter tomber
rire dormir
II - Tous genres littéraires acceptés
Maximum : 40 lignes.
Impro :
Ca sent le poisson, non, vous trouvez pas ? Pas très rassurant ce vieux troquet, limite sordide, avec toutes ces gueules patibulaires vissées au comptoir. De temps en temps un oeil torve se lève vers une ensorceleuse en tenue légère qui se déhanche pitoyablement sur le zinc, désespérant d'un billet de ces vulgaires ventrus, ou des quelques jeunots à la peau encore bien rose. Elle rêve d'un galant qui la f'rait descendre délicatement de son minable piédestal, qui lui ordonnerait de laisser tomber tout ça, qui la prendrait aussitôt dans ses bras pour l'embrasser, qui planterait son poing dans l'oeil torve qui s'est trop attardé en bas. Il la ferait rire, il l'emmènerait crier son plaisir. Elle serait sa déesse, il jouerait les pharaons, jusqu'à ce qu'elle aperçoive, dépassant de la poche de son pantalon le canon d'un revolver.
Elle resterait tragiquement immobile, retenant une larme silencieuse au coin de l'iris, le regard pantois.
Encore une fois elle se réveillera, triste jusqu'au bout de ses rêves.
Elle se demandera quelle conserve elle ouvrira pour le déjeuner : saucisse-lentilles, ou p'tits pois carottes.
Et elle retournera déambuler, encore une fois, sur ce comptoir dézingué.
10:16 Publié dans de mes nouvelles, petits jeux entre amis (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, livre, nouvelle, jeu, absolu, poisson
lundi, 07 avril 2008
IKéBANA n°1 : « Un pauvre gus qui erre à la recherche de ton dernier soupir »
Un jeu proposé par un certain MR BROWN, qui consiste à ouvrir un dictionnaire au hasard, et prendre les mots de la double page pour en faire un texte. Dans le désordre, déclinés et/ou conjugués, l'invitation est lancée, j'y réponds ainsi :
Le Petit Robert : guillotiner => gynandromorphisme
IKéBANA n°1 : « Un pauvre gus qui erre à la recherche de ton dernier soupir »
Ah lala quelle gymnastique pour se glisser dans cette vieille guimbarde, faut avoir de la guimauve à la place des os, c’est pas possible autrement..
Et tout ça pour animer encore une soirée pourrie dans une vielle guinguette paumée dans un bled connu de personne sauf du guitariste, c’est bien notre veine !
Heureusement, j’entends Keren Ann : « Lay your head down in my arms »… J’la laisserai bien reposer dans ses bras oui.. arrêter cette vie guindée, qui ne rime à rien, de salles des fêtes en MJC et autres centres socio quelque chose.. m’en fous d’faire guincher les vieux des cités, les papys avec leurs vieilles guimpes, les mamies qu’ont ressorti leurs guipures, tout ce petit monde dansant de guinguois, simulacre de leurs belles années.
Ah ce coup-ci c’est dans un gymnase, qu’on va jouer.. un peu de gymnastique musicale.. Et si il fait pas trop mauvais on aura qu’à organiser un Gymkhana, histoire d’en achever quelques-uns.. Bah oui, c’est pas humain de laisser ces gens agoniser pendant des années.. Rooo, j’plaisante, prenez pas cet air offusqué..
J’crois que j’vais devenir gymnosophiste.. plus besoin de me prendre la tête pour les costumes, jouer naturel, revenir aux sources.. Devenir plus spirituel, ou plus spiritueux surtout, histoire de.. d’oublier un peu.. devenir un artiste de la gustation viticole, me mettre à la guzla ; partir, au milieu de nulle part, enfin encore plus au milieu que maintenant, avec ma guitoune, parler à la nature, pousser des cris gutturaux pour effrayer les noctambules, me faire la peau aussi dure que de la gunite, pour résister aux intempéries, projeter sur l’écorce des arbres environnants les soirs de pleine lune l’ombre d’une guivre, pour faire peur aux braconniers insomniaques..
Je ressemblerais à une plante gymnocarpe, au fil des années mon bras se transformerait en guisarme, grâce à laquelle je pourrais m’accrocher aux troncs, chasser l’écureuil, récupérer ses provisions. Ecrire aussi, des mots corsés, l’âme écorchée, graver l’écorce, guillotiner mes a priori, mes idées reçues et mes apparences.. enrouler mes idées les plus noires en guirlandes autour des branches, et les laisser crever sous le coup des becs carnassiers. Les plus belles, je les recouvrirai de gutta-percha, pour les protéger des intempéries de mon esprit.
Je guiperais des gymnotes, pour m’alimenter le cerveau en électricité, pouvoir crier eurêka plus d’une fois par jour. Je n’en ferai qu’à la guise de Dame nature. Je ramasserais du bois, construirai un guindant, y accrocherais une guinée, et me ferai une voile, pour voyager vers les étoiles, Je la guinderais, qu’elle brille de mille feux et fasse jaser les astres les plus chatoyants ; je jouerais du guindeau, histoire d’aller encore plus haut, et jetterai l’ancre aux oubliettes. Je me ferais guillotineur des têtes brûlées, je passerais le guipon sur mon passé, je mettrais mon âme à nu, comme une gymnosperme émue. Je me ferais du guppy de sansonnet avec les quelques guldens qui traînent dans ma poche depuis trop longtemps. Je me fabriquerais un guipoir, torsader jusqu’à l’agonie une tentative de vague à l’âme. Un appareil gustatif, pour percevoir jusqu’à l’infini le goût de toi dans chaque parcelle d’air. Je mettrais des coques de noix vides pour récupérer chaque goutte de pluie , aussi suave qu’une larme de guyot et enverrai des baisers sucrés à ton souvenir, aussi ancien que le günz. J’apprendrais à mon cœur l’art de la guzla, pour lancer vers toi les plus doux sanglots.
Je me prendrais pour un gymnasiarque, et dirigerais les acrobates des sous-bois, les buissons et les rondins feraient d’excellents obstacles, la forêt prendrait son air le plus gymnasial, un saule pleureur me prêterait ses cordes pour grimper à ton sommet. Mes poumons s’élargiraient, grâce à cette hygiène gymnique, et pourraient stocker encore un peu plus de toi à chaque inspiration. La gustométrie de ta peau n’aurait jamais été aussi haute.
Mais tu es partie il y a bien longtemps.. Je ne suis plus qu’un mollusque atteint de gynandromorphisme, je ne suis plus qu’un père privé de descendance, un pauvre gus qui erre à la recherche de ton dernier soupir.
16:35 Publié dans de mes nouvelles, petits jeux entre amis (ou pas) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, roman, nouvelle, écriture, jeu, absolu












