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mercredi, 02 avril 2008

Il m'est impossible de dire un texte où elle est nue

"Un livre se touche, un livre se caresse, peut-être ensuite raconte-t-il son histoire.
J'hésite depuis longtemps à écrire ces lignes. Il m'est impossible de dire un texte où elle est nue. Où je la tiens serrée contre moi. Où tout à coup ma mémoire cède sous mon ventre. Et c'est le monde qui s'éventre, se déchire, et se libère.
On ne prend pas un livre. On le cueille. Sa nuit nous appelle de l'intérieur, tout doux, comme un animal, elle glisse au pays de ceux qui déposent leurs visages et ne dévore qu'elle-même par manque d'espace. C'est une pierre avec un présage, il faut se baisser, lui parler, lire d'abord les yeux fermés. Alors vient grandir cette part imprononçable : le livre s'éclipse. On en garde le souvenir d'une faute, d'une absence. D'un éclair. "

La vie pauvre, Dominique Sampiero,.

vendredi, 14 mars 2008

Voilà - Le bouc aux enfants

C'est fait. Le Printemps des poètes, une réussite. De belles rencontres, découvertes, émotions. Incroyable.

J'ai lu du Jean Richepin à voix haute. Il y en avait pour tous les publics.
Entre autres j'ai lu celui-ci :

Sous bois, dans le pré vert dont il a brouté l'herbe,
Un grand bouc est couché, pacifique et superbe.
De ses cornes en pointe, aux noeuds superposés,
La base est forte et large et les bouts sont usés ;
Car le combat jadis était son habitude.
Le poil, soyeux à l'oeil, mais au toucher plus rude,
Noir tout le long du dos, blanc au ventre, à flots fins
Couvre sans les cacher les deux flancs amaigris.
Et les genoux calleux et la jambe tortue,
La croupe en pente abrupte et l'échine pointue,
La barbe raide et blanche et les grands cils des yeux
Et le nez long, font voir que ce bouc est très vieux.
Aussi, connaissant bien que la vieillesse est douce,
Deux petits mendiants s'approchent, sur la mousse,
Du dormeur qui, l'oeil clos, semble ne pas les voir.
Des cornes doucement ils touchent le bout noir.
Puis, bientôt enhardis et certains qu'il sommeille,
Ils lui tirent la barbe en riant. Lui, s'éveille,
Se dresse lentement sur ses jarrets noueux,
Et les regarde rire, et rit presque avec eux.
De feuilles et de fleurs ornant sa tête blanche,
Ils lui mettent un mors taillé dans une branche,
Et chassent devant eux à grands coups de rameau
Le vénérable chef des chèvres du hameau.
Avec les sarments verts d'une vigne sauvage
Ils ajustent au mors des rênes de feuillage.
Puis, non contents, malgré les pointes de ses os,
Ils montent tous les deux à cheval sur son dos,
Et se tiennent aux poils, et de leurs jambes nues
Font sonner les talons sur ses côtes velues.
On entend dans le bois, de plus en plus lointains,
Les voix, les cris peureux, les rires argentins ;
Et l'on voit, quand ils vont passer sous une branche,
Vers la tête du bouc leur tête qui se penche,
Tandis que sous leurs coups et sans presser son pas
Lui va tout doucement pour qu'ils ne tombent pas.

Dans La chanson des gueux

J'ai lu ce poème à des enfants âgés de 6 à 10 ans. Ca leur a autant plu que du La Fontaine. Eh oui, La Fontaine est picard.

mardi, 11 mars 2008

Et l'été, y a quoi ?

Plus le jour J approche (après-demain), plus la pression monte (professionnelle du livre oblige), plus je me dis, "et après le Printemps des poètes, y a quoi ?" Bien évidemment, ce n'est qu'une grammaire de pensée que j'utilise, en temps ordinaire j'aurais dit " qu'y a-t-il ?", un bon français bien d'chez nous. Enfin, de chez nous, pas de chez nous les Picards, (merci le grand écran), mais de chez nous, la France. Une grammaire littéraire, qui pourrait passer pour soutenue quelquefois.

Cela ne répond pas pour autant à la question. Depuis des semaines le printemps se prépare, mis à l'honneur au mois de mars il culmine le 13 mars, journée remplie d'un marathon lecture, en voiture, avec étapes, et retour au "bercail", jusqu'à minuit. Tout ça accompagné de poésie de Picardie (et pas forcément patoisante ou ch'ti). Des poètes picards. Que j'ai eu un plaisir fou à découvrir, redécouvrir (La Fontaine, ça vous dit quelque chose...). Mots pleins du vide qu'ils ont laissé après nous avoir quittés... Une entreprise certes ambitieuse, source de stress, mais (je prends du recul avec un peu d'avance), ô combien enrichissante, tant par la poésie, que par ceux qui vont la dire, ceux qui vont l'écouter, ceux qui la donnent et ceux qui la reçoivent. Au final, on la reçoit tous, la poésie est un don.

Mais après.. En été, on fait quoi ? On feuillette un roman à l'eau de rose sur la plage en train de roussir ? On ramène ses livres à la bibliothèque plein de sable dans la couverture et les pages tachées de crème solaire ? On essuie juste la sueur et on range ?

C'est bien beau de faire un Printemps des poètes... Et les saisons qui restent ? On fait l'impasse ? C'est un cul-d'sac ? Il n'y a que Vivaldi qui a le droit de toutes les toucher ? Mince alors....

Amis lecteurs, auteurs, nouvellistes, romanciers, et les autres.. Ne laissons pas l'été sans poésie, ne laissons pas la poésie sans été, elle risque de pourrir à même les branches et tomber à l'automne sans avoir bénéficié d'un seul regard...

(non, tout ceci n'a rien à voir avec une quelconque campagne)

dimanche, 09 mars 2008

Essais de voix malgré le vent

Il faut quelquefois pousser les passants, s'extraire
de la foule, de la rumeur du monde, sans bien savoir
s'il y a mieux à faire vraiment que plonger ici-bas,
s'indigner, s'en tenir au journal, à la bataille utile
après tout contre les mots mis à l'envers,
ou le glaive aberrant : ces larmes
du moins sont vraies, et ne suffisent
pourtant pas. On va glanant
d'autres chagrins plus haut que les pavés, plus loin
que la pauvre terre à notre hauteur. On cherche
d'autres drames dans le jour jaune, on ne sait trop
quelle énigme dans du cristal : si le ciel pleure,
ce que cachent sous leur voilage les tentures des nuées.
Malgré tout ce qu'on peut en dire,
le refus répété du mystère, le clair déni,
maintenant ne suffit pas, la chair humaine semble
le cadre de la lyre - les cordes sont là-bas.

(extrait d'"Essais de voix malgré le vent", Olivier Barbarant)

lundi, 03 mars 2008

A propos du spatialisme

"Le spatialisme, cette démarche poétique qui consiste à considérer la place du mot et des caractères d´imprimerie dans l´espace de la page, c’est Pierre Garnier et son épouse Ilse, qui en sont à l’origine. « Isoler la langue, la modifier, la bouleverser, créer des structures neuves… provoquant l’apparition d’états jusqu’alors inconnus et plaçant l’homme dans un milieu permanent de création et de liberté » dixit le poète. Ce mouvement deviendra très vite international et Pierre Garnier écrira et publiera de nombreux ouvrages dans différents pays."

attrapé ici

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Pierre Garnier et sa femme Ilse, ont été les pionniers d’une poésie expérimentale qui rejoignait un mouvement international de poésie dite concrète, à laquelle Pierre donna le nom de spatialisme : la phrase se brise, son organisation traditionnelle éclate ; ne reste que les mots-clés : les mots moteur, les mots miroir.

Ils s’organisent en rythmes, en mouvements parlant aux yeux autant qu’à l’esprit. Bientôt les mots mêmes éclatent, libérant les lettres qui constellent la page et y recréent l’espace.

 

A cet éclatement de la phrase en mots, puis du mot en lettres, vont s’ajouter des signes - points, traits, flèches - et des figures géométriques simples - cercles, carrés, croix -  qui deviennent représentation mentale de l’espace et du temps, de la nature, de l’amour, de la mort.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : la lecture de cette poésie n’est simple qu’en apparence. Elle demande de se vider l’esprit pour n’être qu’un récepteur de signes. De chasser le mode de lecture habituel pour adopter l’attitude mentale qu’on peut avoir en face d’une peinture abstraite.

attrapé

dimanche, 02 mars 2008

Et demain quel séjour

et demain quel séjour
vous ne saviez rien de
cet avenir qui est passé

 

il faisait des confusions
avait oublié tous les noms
ou faisait comme s'il
ne s'en souvenait plus
il avait tant d'autres
noms à découvrir et
c'étaient surtout les gens
qui l'intéressaient

 

jamais le temps de retrouver
toutes les paroles dispersées
au commencement nous parlions
peu à peu du vent et sans
doute de la fatigue puis il
fallut déformer la bouche
pour être entendu les mots
en ont perdu de leur sens

Succession des premières fois

succession des premières fois
heures enliées de la matière et du jour

la lumière froisse

en sonder les courants
l'iimprévisible réversibilité du devenir

procède par tuilage
et répétition

états des lieux états du dire

minutes du tracé

méditation

projet

dimanche, 17 février 2008

Chattes paresseuses

"Le ciel troue mes
phrases qui s'endorment
se reposent, lovées
comme des chattes paresseuses."

Dominique Sampiero, Sainte horreur du poème

mardi, 12 février 2008

Perdre juste assez d'âge

"Perdre juste assez d'âge
juste assez d'un regard
pour le temps d'un poème
le tien, car un poème
ne saurait porter sur lui
destinataire inconnu
un poème s'offre
il ne se lit pas, il se boit
il se danse sur des distances
qui n'ont que les joncs pour balises"

Thierry Maricourt

mercredi, 06 février 2008

La beauté se quitte

"La beauté se quitte, s'oublie sur le champ, meurt à un autre commencement, et elle n'en connaît ni l'issue ni la source. Elle avance gorge nouée au silence, éblouie, fracassée par l'issue qui recule, inépuisée, impalpable, et ce qui l'abat, l'élève tout autant."

D. Sampiero, extrait de Sainte horreur du poème.