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mardi, 25 mars 2014

Frig-horrifiée

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Passer l'hiver et La tempête dans Une petite robe de fête.

dimanche, 01 juillet 2012

Comme une image?

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L'inespérée, sage comme une image? Gare à la méprise..

dimanche, 29 juin 2008

La part manquante - lu par lui-même

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En onze courts textes intensément poétiques, Christian Bobin dresse onze tableaux saisissants, épurés et lumineux de la mère, del'enfance, de la lecture, de la jalousie, de l'homme d'affaires ou de l'écrivain..

 

 

dimanche, 08 juin 2008

Elle vous dit

« Elle vous dit :  la maison est sur les hauteurs, perdue dans les bois. Suivez-moi. Conduisez doucement car le chemin est mauvais. Elle est devant, seule dans sa voiture. Vous, vous êtes derrière, dans une autre voiture. La route, c’est une route du midi de la France, l’heure c’est loin dans la nuit. Le ciel est noir et bleu. Une cendre bleuie avec des étoiles grésillant par-dessous, attisées par un vent insensé, violent, un vent fou furieux. Vous quittez bientôt la route pour un chemin en pente, n chemin de misère qui tutoie les étoiles. Enfin la maison, massive, serrée à ses flancs par les chiens du vent fou. Vous y entrez pour y trouver aussitôt une fraîcheur et une amitié. La fraîcheur, c’est celle des vieilles pierres, des escaliers en bois, des pièces creuses et rondes comme un ventre, comme une fable. L’amitié c’est celle d’une parole, la parole de cette jeune femme qui vous donne asile pour cette nuit. Elle vous parle d’elle c’est-à-dire de ceux qu’elle aime. Nous somme faits de cela, nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d’autre. »

Christian Bobin, extrait de L'inespérée

samedi, 27 octobre 2007

L'inespérée

 

"Elle est sale. Même propre elle estsale. Elle est couverte d'or et d'excréments, d'enfants et de casseroles. Elle règne partout. Elle est comme une reine grasse et sale qui n'aurait plus rien à gouverner, ayant tout envahi, ayant tout contaminé d sa saleté foncière. Pesonne ne lui résiste. Elle règne en vertu d'une attirance éternelle vers le bas, vers le noir du temps. Elle est dans les prisons comme un calmant. Elleest en permanence dans certains pavillons d'hôpitaux psychiatriques. c'est dans ces endroits qu'elle est le mieux à sa place. : on ne la regarde pas, on ne l'écoute pas, on la laisse radoter dans son coin, on met devant elle ceux dont on ne sait plus quoi faire. Les jours, dans les hôpitaux comme dans les prisons, sont plus longs que des jours. Il faut bien les passer. On lui fait garder les invalides mentaux, les prisonniers et les vieillards dans les maisons de retraite. Elle a infiniment moins de dignité que ces gens-l, assomés par l'âge, blessés par la Loi ou par la nature. Elle se moque parfaitement de cette dignité qui lui manque. Elle se contente de faire son travail. Son travail c'est salir la douleur qui lui est confiée et tout agglomérer - l'enfance et le malheur, la beauté et le rire, l'intelligence et l'argent - dans un seul bloc vitré gluant. On appelle ça une fenêtre sur le monde. Mais c'est, plus qu'une fenêtre, le monde en son bloc, le monde dans sa lumière pouilleuse de monde, les détritus du monde versés à chaque seconde sur la moquette du salon."

 

jeudi, 25 octobre 2007

Aimer quelqu'un, c'est le lire

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Aimer quelqu'un, c'est le lire. C'est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le coeur de l'autre, et en lisant le délivrer. C'est déplier son coeur comme un parchemin et le lire à haute voix, comme si chacun était à lui-même un livre écrit dans une langue étrangère. Il y a plus de texte écrit sur un visage que dans un volume de la Pléiade, et quand je regarde un visage, j'essaie de tout lire, même les notes en bas de page. Je pénètre dans les visages comme on s'enfonce dans un brouillard, jusqu'à ce que le paysage s'éclaire dans ses moindres détails. Nos propres actes nous restent indéchiffrables. C'est peut-être pourquoi les enfants aiment tant qu'on leur raconte sans fin tel épisode de leur enfance. Lire ainsi l'autre, c'est favoriser sa respiration, c'est-à-dire le faire exister. Peut-être que les fous sont des gens que personne n'a jamais lus, rendus furieux de contenir des phrases qu'aucun regard n'a jamais parcourues. Ils sont comme des livres fermés. Une mère lit dans les yeux de son enfant avant même qu'il ne sache s'exprimer. il suffit d'avoir été regardé par un nouveau-né pour savoir que le petit d'homme sait tout de suite lire. Il est même comme les grands lecteurs : il dévore le visage de l'autre. On lit en quelqu'un comme dans un livre, et ce livre s'éclaire d'être lu et vient nous éclairer en retour, comme ce que fait pour un lecteur une très belle page d'un livre rare. Quand un livre n'est pas lu, c'est comme s'il n'avait jamais existé. Ce qui peut se passer de plus terrible entre deux personnes qui s'aiment, c'est que l'une des deux pense qu'elle a tout lu de l'autre et s'éloigne, d'autant qu'en lisant on écrit, mais d'une manière très mystérieuse, et que le coeur de l'autre est un livre qui s'écrit au fur et à mesure et dont les phrases peuvent s'enrichir avec le temps. Le coeur n'est achevé et fait que quand il est fracturé par la mort. Jusqu'au dernier moment le contenu du livre peut être changé. On n'a pas la pleine lecture de ce qu'on lit tant que l'autre est vivant. Dieu serait le seul lecteur parfait, celui qui donne à cette lecture tout son sens. Mais la plupart du temps, la lecture de l'autre reste très superficielle et on ne se parle pas vraiment. Peut-être que chacun de nous est comme une maison avec beaucoup de fenêtres. On peut appeler de l'extérieur et une fenêtre ou deux vont s'éclairer, mais pas toutes. Et parfois, exceptionnellement, on va frapper partout et ça va s'éclairer partout, mais ça, c'est extrêmement rare. Quand la vérité éclaire partout, c'est l'amour.

lundi, 22 octobre 2007

Bobin - 2ème

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"Ca commence comme ça, ça commence toujours comme ça, c'est par les livres que ça commence. Les premiers livres, les premières nuits miraculées de lire, les yeux rougis, le coeur battant. La lecture intervient très tard dans la vie : vers les six, sept ans après la fin de l'éternel. Avant de savoir lire, on écoute les voix qui épellent le monde, la voix des proches, le murmure de l'eau vive  sur les sables du sang. La lecture suscite une absence qui ramène vers  cette prime enfance, au bord de cet amour qui à jamais manquera de mots. On est derrière la porte du livre. On écoute une voix si claire que l'on retient son souffle pour bien l'entendre. On écoute la voix calme dans la nuit noire - comme une parole sans phrase dans laquelle un chagrin s'endort peu à peu, d'un sommeil inavouable, bienheureux. On a un âge. On a un nom. On a une vie qui vous attend. Elle n'est pas faite pour vous, elle n'est faite pour personne. Elle vous attend."

samedi, 20 octobre 2007

Christian Bobin, la lumière

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" Dès les premiers jours, nous savons tout ce qui est à savoir : l'éternité, c'est une odeur, une voix, quichante et s'adoucit jusqu'à ne plus rien dire. La mort, c'est un parfum, le bruit d'une porte qui claque, un verre qui se brise. L'enfant qui vient de naître dépend de ce qui s'approche, dépend de ce qui s'éloigne, dépend de tout, car tout arrive : une mouche, un ange, un effroi. Mais avant toutes ces choses, première venue, il y a la mère, celle qui gouverne la parole, c'est-à-dire le silence. Sa voix est la voix des rivières, toujours égale, toujours chatante, nuit comme jour. L'eau du langage ruisselle sur les chairs du nouveau-né. La poussière d'astres morts depuis des siècles effleure ses joues. Un silence caresse ses ongles. Emmaillotté dans un prénom, il s'endort aurpès des anges et de leurs conseillers. Son corps baigne dans l'infini d'une présence sans dommages. Son âme - close et tendre - est pliée dans le pauvre linge d'une chanson : il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai. "

dimanche, 10 décembre 2006

Une petite robe de fête

 Un petit mot sur l'auteur :

medium_bobin.jpgVoilà un homme qui ne croit pas dans l’Histoire, ni dans l’Économie, ni dans aucun des grands mots que nos Académies nous obligent à écrire avec des majuscules, État, Église, Esprit...

Autant de mots qui, pour lui, comptent beaucoup moins que les petits, comme robe, arbre, peau ou matin de pluie.

Un homme qui, pourtant, croit à l’Amour comme un fou - en lui reconnaissant un A immense.

Un amoureux permanent, mais qui a su intégrer à sa jubilation et à ses fièvres la lenteur, la patience, le silence, et même le vide. Un homme qui sait nous faire ressentir la plénitude lumineuse même de ce qui pourrait ressembler à des absences grises, mais avec tant de subtilité qu’il nous fait tressaillir longtemps encore après que nous l’ayons lu.

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