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vendredi, 26 octobre 2007

Fragments d'un journal d'enfer

Le temps peut passer et les convulsions sociales du monde ravager les pensées des hommes, je suis sauf de toute pensée qui trempe dans les phénomènes. Qu'on me laisse à mes nuages éteints, à mon immortelle impuissance, à mes déraisonnables espoirs. Mais qu'on sache bien que je n'abdique aucune de mes erreurs. Si j'ai mal jugé, c'est la faute à ma chair, mais ces lumières que mon esprit laisse filtrer d'heure en heure, c'est ma chair dont le sang se recouvre d'éclairs.

Il me parle de Narcissisme, je lui rétorque qu'il s'agit de ma vie.

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extrait de "fragments d'un journal d'enfer" Antonin Artaud. éditions des cahiers du sud mars 1927.

mercredi, 10 octobre 2007

Poète Noir

Poète noir, un sein de pucelle

te hante,

Poète aigri, la vie bout

et la ville brûle,

et le ciel se résorbe en pluie,

ta plume gratte au coeur de la vie.

 

Forêt,forêt des yeux fourmillent

sur les pignons multipliés;

cheveux d'orage, les poètes

enfourchent des chevaux, des chiens.

 

Les yeux ragent, les langues tournent,

le ciel afflue dans les narines

comme un lait nourricier et bleu;

je suis suspendu à vos bouches

femmes, coeurs de vinaigre durs.

ANTONIN ARTAUD.

 

 

samedi, 01 septembre 2007

Suppôts et suppliciations

L'électricité est un corps, un poids,
le pilonnage d'une face,
L'aimant tassé d'une surface refoulée du dehors d'un coup,
à la lisière de ce coup,
coup de poing bleu de ma main verte de désespoir et de colère, un jour que
devant ce coup
le trou que j'allais porter aux choses
happa ma main
non pour se garer d'une atteinte
mais pour être le maître,
enfin.

Antonin Artaud.

17:20 Publié dans Un jour un mot | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, artaud | | | |  Facebook

dimanche, 17 juin 2007

Si l'on pouvait seulement goûter son néant

Si l'on pouvait seulement goûter son néant, si l'on pouvait se bien reposer dans son néant, et que ce néant ne soit pas une certaine sorte d'être mais ne soit pas la mort tout à fait.
Il est si dur de ne plus exister, de ne plus être dans quelque chose. La vraie douleur est de sentir en soi se déplacer sa pensée. Mais la pensée comme un point n'est certainement pas une souffrance.
J'en suis au point où je ne touche plus à la vie, mais avec en moi tous les appétits et la titillation insistante de l'être. Je n'ai plus qu'une occupation, me refaire.

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jeudi, 17 mai 2007

Fête Nocturne

Fête Nocturne

 

Cette fête lie les étangs
Au fulgurant charroi des astres
Avec ses cornes d'abondance
Où roulent nos pensers brillants.

Quelque part entre terre et ciel
Elle vide ces déchets d'âmes
Que d'aucuns dans la nuit en flammes
Prennent pour des cygnes volants

Et nous paternes assistants
De la transfusion de nos moelles
Voyons fondre aussi les étoiles
De nos rêves exhilarants.

 

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( extrait de la revue Bilboquet entièrement écrite par Antonin Artaud 1923.)

jeudi, 10 mai 2007

Héliogabale ou l'anarchiste couronné

medium_41KG1RMHBFL_SS500_.jpgCe livre est considéré comme le livre le plus violent de la littérature contemporaine.

Le sujet en est la prise du pouvoir de l'empereur Héliogabale pédéraste et provocateur au-delà du pensable, et de la façon dont celui-ci va faire exploser la culture, la religion de son empire romain .

Si vous vous faites du souci sur  l'élection de Nicolas Sarkozy, je vous conseille la lecture de ce roman qui ne pourra qu'atténuer votre peur du changement que propose notre nouveau président.

Vous serez sans doute choqué par ce livre et relativiserez votre avis sur la politique de maintenant, tant les intrigues et les horreurs du troisième siècle romain du décadent Héliogabale vous montreront que le monde a connu des changements politiques bien plus dangereux, et vous bénirez le fait d'être en démocratie!

                                          "Héliogabale, né sur un berceau de sperme, mort sur un oreiller de sang, est un noir héros de notre monde. Sa légende est faite de perversité et d'exécration". Le Clézio. 

                                                        Agent ben.

jeudi, 03 mai 2007

ALIENER L'ACTEUR

Le théâtre

             est l'état,

             le lieu,

             le point

où saisir l'anatomie humaine,

et par elle guérir et régenter la vie.

Oui la vie avec ses transports, ses hennissements, ses borborygmes, ses trous

de vide, ses prurits, ses rougeurs, ses arrêts de circulation, ses maëlstroms san-

guinolents, ses précipitations irritables de sang, ses noeuds d'humeur.

                         ses reprises,

                         ses hésitations.

Tout cela se discerne, se repère, se scrute et s'illumine sur un membre,

et c'est en mettant en activité, et je dirai en activité paroxystique des membres,

comme les membres de ce formidable fétiche animé qu'est tout le corps

                               de tout un acteur,

                               qu'on peut voir

                               comme à nu,

                               la vie.

 

                         ANTONIN ARTAUD (extrait de Aliéné l'acteur 1947 cahier 298 publié dans l'Arbalète n°13, été 1948)

mercredi, 04 avril 2007

Fragments d'un journal d'enfer

Quand je me pense, ma pensée se cherche dans l'éther d'un nouvel espace. Je suis dans la lune comme d'autres sont à leur balcon. Je participe à la gravitation planétaire dans les failles de mon esprit.

La vie va se faire, les événements se dérouler, les conflits spirituels se résoudre, et je n'y participerais pas. Je n'ai rien à attendre ni du côté physique ni du côté moral. Pour moi c'est la douleur perpétuelle et l'ombre, la nuit de l'âme, et je n'ai pas une voix pour crier.

Dilapidez vos richesses loin de ce corps insensible à qui aucune saison ni spirituelle ni sensuelle ne fait rien.

J'ai choisi le domaine de la douleur et de l'ombre comme d'autres celui du rayonnement et de l'entassement de la matière.

Je ne travaille pas dans l'étendue d'un domaine quelconque.

Je travaille dans l'unique durée.

                                            ANTONIN ARTAUD (extrait de "fragments d'un journal d'enfer".1926)