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jeudi, 20 septembre 2007

Vendredi soir

37850afe2a74d69799b59dbb2fca9c89.jpg"- Est-ce que vous voulez dîner avec moi ?
- Oui.
Il avait répondu tout de suite presque avant qu'elle n'ait fini sa phrase. Il s'était à peine tourné vers elle. Son corps n'avait pas bougé. Seule, sa nuque avait pivoté contre l'appui-tête, un mouvement rapide. "Oui." C'est tout.
Il n'avait même pas semblé surpris.
Peut-être s'attendait-il à cette question.
Ou alors, quoiqu'elle eût proposé, il aurait accepté."

 

C'est le dernier soir de Laure, avant son emménagement chez François, le premier homme avec lequel elle va vivre. Elle jette un dernier regard sur ce minuscule appartement qui contient les huit dernières années de sa vie.
Elle est épuisée, elle se serait bien passé de ce dîner chez Marie et Bernard, mais la ligne de téléphone a été coupé. Tant pis. ELle met le contact, la soufflerie du chauffage poru se sécher les cheveux, et démarre. Mais c'était sans compter la grève des transports. Des kilomètres de bouchon. En plein hiver. A une centaine de mètres, un homme seul, près d'un platane. Il semble attendre quelqu'un. En fait non. C'est droit sur sa voiture qu'il vient. Il lui demande de le déposer, quelque part, n'importe où, ça sera bien. Elle accepte, elle a déjà refusé un piéton.

Il fait nuit, le trafic saturé, l'espace réduit de l'habitacle aussi, saturé de son odeur à lui, de ses odeurs : tabac, parfum, cuir. Elle aurait bien envie d'une cigarette, ça fait si longtemps. Peu de paroles sont échangées. Pas besoin. Pas la place. Les corps parlent, les vêtements, la cigarette qui se consume, le cuir qui craque.. Elle imagine qu'il est attendu par une femme. Elle pense à François. Lui s'appelle Frédéric. 

Elle a faim. Il accepte de dîner avec elle. Elle l'observe, presque jalouse, de ces autres qui lui parlent, à lui, qui gâchent ces instants, qui ne devaient être qu'à eux. Dans quelques heures, elle déménage.

Ecrit simplement, une centaine de pages, aérien, comme cette nuit, survol d'une vie, résumé d'une passion fugace, d'une fuite dans l'instant, comme une transition, une étape nécessaire. Un hasard ? Pas si sûr. Calculé ? Certainement pas. Laure s'imprègne de toutes ces sensations, sa conscience de François semblant évoluer dans une autre dimension, hors de cette nuit, loin de Frédéric. Pas d'hésitation, enfin presque pas.

Etrange sensation. Car au final, ce livre ne parle que de sensations.

Note : 7/10

dimanche, 26 août 2007

Sa femme

5ffd81d3c06653d37fef56c904652bcb.jpg"Elle contemplait son carnet de rendez-vous. Chaque moment passé avec Thomas y figurait. Un grand T et une double flèche verticale indiquant l'heure de son arrivée et celle de son départ. Claire prit une feuille de papier et un crayon. Une heure et quinze minutes, cinq jours par semaine, pendant près de trois mois. Elle calcula. Soixante-quinze heures.
Ce carnet contenait les soixante-quinze heures passées avec Thomas. Comment pourrait-elle se résoudre à le ranger auprès de ceux des années précédentes ?
Elle feuilleta son carnet de rendez-vous. Des heures, des jours, des mois, mais pas de T, et pas de flèches. Une nouvelle année allait commencer."

Voilà. C'est la vie de Claire, quand elle rencontre Thomas. C'est purement sexuel. C'est tous les soirs, une heure et quart. Sauf le week-end. Il est marié, deux enfants. Du moins, c'est ce qu'il a dit. Il a dit aussi qu'il ne voulait faire souffrir personne. Cela dit ils s'emboîtent à merveille. Alors, pour profiter au mieux de cette heure et quart, elle réorganise ses journées, ne prend plus de consultations après 19h. Ne preste pas seule chez elle une fois Thomas reparti. Et, entre deux patients, ou dans un demi-sommeil, elle imagine Thomas dans son autre vie. Sa vie des soirs, après elle, sa vie du week-end. Elle pense à ce corps qui vient de la quitter se débarrasser de la dernière empreinte de sa peau à elle, sous la douche, avant de se glisser auprès de sa femme, endormie. Elle imagine son fils sur ses genoux, son fils qui veut mettre les sucres dans la tasse de café.
Elle n'a rien de tout ça, Claire. Et elle n'en est pas forcément malheureuse. Elle n'est pas spécialement heureuse non plus. Elle garde les emballages dorés de leurs rendez-vous dans un tiroir, et puis le bouquet de roses qu'il lui a ramené, un soir. Elle prend même le contenu du tiroir en photo. Elle veut un souvenir elle aussi. Un souvenir de souvenirs. Mais surtout, elle se plonge dans ce qu'elle ignore, ce qu'elle ne voit pas, ce qu'elle croit percevoir. On peut se demander si, au final, les moments qu'elle préfère ne sont pas ceux qu'elle invente.
Jusqu'au jour où Thomas lui fait un aveu. Et pas des moindres. Mais ça ne changera rien. Enfin, en apparence. Car Claire vit dans le fantasme. Le fantôme de Sa femme, de cette vie sans elle qu'elle élabore plus qu'elle n'imagine. Ce morceau d'amour d'une heure et quart par jour lui donne le sourire, l'oeil qui brille, parce qu'il reste extra et pas conjugal, enfin je crois. Un oeil qui brille de curiosité, d'instants volés, du temps qui s'est arrêté. L'esprit s'engouffre alors dans la voie de l'hypothétique.

Une écriture douce, limpide, intime. Un style qui nous prend tranquillement par la main, nous dit la supériorité du fantasme sur l'instant présent, de l'inconnue sur ce corps qu'elle connaît maintenant. Un ton qui nous raconte une routnie en remplaçant une autre. Une vie fragmentée par ses patients, les courses, Thomas, et l'aspect virtuel de ce dernier. Un quotidien qui semble déjà rodé, bien qu'en partie interdit. Jusqu'à ce que... Et là...