samedi, 20 octobre 2007
Christian Bobin, la lumière
" Dès les premiers jours, nous savons tout ce qui est à savoir : l'éternité, c'est une odeur, une voix, quichante et s'adoucit jusqu'à ne plus rien dire. La mort, c'est un parfum, le bruit d'une porte qui claque, un verre qui se brise. L'enfant qui vient de naître dépend de ce qui s'approche, dépend de ce qui s'éloigne, dépend de tout, car tout arrive : une mouche, un ange, un effroi. Mais avant toutes ces choses, première venue, il y a la mère, celle qui gouverne la parole, c'est-à-dire le silence. Sa voix est la voix des rivières, toujours égale, toujours chatante, nuit comme jour. L'eau du langage ruisselle sur les chairs du nouveau-né. La poussière d'astres morts depuis des siècles effleure ses joues. Un silence caresse ses ongles. Emmaillotté dans un prénom, il s'endort aurpès des anges et de leurs conseillers. Son corps baigne dans l'infini d'une présence sans dommages. Son âme - close et tendre - est pliée dans le pauvre linge d'une chanson : il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai. "
10:15 Publié dans une semaine, un auteur | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, roman, bobin, enchantement













