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mercredi, 18 février 2009

Syngué Sabour - Pierre de patience

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Le souffle se pose, s'impose, impose le rythme à l'écriture, au temps qui passe, à la vie qui continue. Vie qui semble le survoler, se concentrer dans ce souffle, qui est le souffle.
Elle compte, compte les souffles, les grains du chapelet. Elle répète, les 99 noms du Dieu qu'elle prie depuis des semaines, inlassablement, proche de l'incantation, parfois.  Elle prie.

 Elle va, vient, vérifie le souffle, toujours, le stilligoutte, déversant dans les veines de l'homme une solution sucrée-salée. Deux gouttes de collyre, dans chaque oeil. Est-il encore vivant, à quoi pense-t-il, l'entend-il ? Seul ses organes vitaux semblent fonctionner, coeur, poumons, une part de son cerveau. Abandonné à ses seuls soins, à elle. Et elle, abandonnée de tous, ou presque.

Elle patiente, puis s'impatiente. Se met en colère, hurle, pleure, s'en va, revient, sans cesse. Elle. La femme.

La guerre en fond sonore, à peine visuelle, incarnée dans quelques corps, avec ou sans vie. Les tirs, dans la rue, entre deux souffles. Et le silence, plus pesant que la violence extérieure, que la mort elle-même.

Peu à peu ses mots à elle prennent le dessus sur son souffle à lui. Peu à peu la colère, les doutes, cèdent leur place à l'intime, à la confession. Prudente, au début. Et face au souffle impassible, au regard fixé au plafond, elle se livre, toute entière, se délivre, de ces années passées à ses côtés, à lui. Ou plutôt dans son absence. Dans son ombre. Sous sa coupe, celle de sa famille, à lui. Et un peu de la sienne, à elle, aussi.

Comme si son état léthargique, sa compagnie "forcée" était, pour elle, un début de salut. Sa pierre de patience, à elle, sa syngué sabour.  Elle se livre, se délivre, puise au plus profond d'elle ses plus douloureux secrets.  Les tabous finissent par disparaître, et c'est une femme nue, à nu, qui se révèle. Libérée. Et cependant, dépendante de cette relation, nouvelle. Un secret en entraîne un autre. Jusqu'à ce que..

 Note : 10/10

 

vendredi, 24 octobre 2008

Sélection Prix Goncourt 2008

goby.jpgQuelle bonne surprise, dans la sélection du Prix Goncourt des Lycéens, de voir apparaître "Qui touche à mon corps je le tue", de Valentine Goby. Quand je dis surprise, ce n'est pas tout à fait exact. Cela ne m'étonna guère, en fait. Il le mérite. Absolument pas horrifiant, ni funeste, ni violent, c'est juste la vie de trois protagonistes intrinsèquement liés, même sans se connaître, qui cherchent tous trois les limites de leur propre corps dans l'espace, le temps, tentent de se l'approprier, ou de n'en rien laisser. Lumineux, malgré la mort, c'est même l'idée de la mort qui rend ces corps plus vivants, les transcendent, les "immortalisent", l'espace de quelques heures nocturnes.

Alors même s'il n'est pas retenu, cela reste, à l'instar d'Ananda Devi par exemple, un roman à l'écriture ciselée, en quête de salut. Sans forcément le trouver.

Sublime.

(le "conte-rendu" à venir)

 

lundi, 20 novembre 2006

Les bienveillantes

medium_les_bienveillantes.jpgCoco (rappelle-toi bichette), lors d'une de nos entrevues, m'a parlé d'un livre qu'il était en train de lire, qui décrivait la guerre vu par un soldat, "comme si tu étais le gars", "incroyablement réaliste. Il faut que tu le lises, c'est un pavé mais ça s'boit comme du p'tit lait." Ok, j'ai fait, je le lirai. J'écluse un peu mon stock de romans noirs là, avant qu'ils ne s'éclaircissent de poussière, et je le lis. 900 pages, ça m'fait pas peur, j'ai lu Belle du Seigneur, alors tu penses, il en faut plus pour m'impressionner.

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