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mardi, 09 décembre 2008

Celui qui veille

"Celui qui veille au sommet du plaisir est l'égal du soleil comme de la nuit. Celui qui veille n'a pas d'ailes, il ne poursuit pas."

René Char, extrait de "Lettera amorosa".

jeudi, 04 décembre 2008

Paris at night

Trois allumettes, une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
et l'obscurité toute entière pour me rappeler tout cela
en te serrant dans mes bras.

 

Jacques Prévert

 

De la part d'un p'tit gars que j'adore. :)

samedi, 18 octobre 2008

Nuit de neige

La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.
L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l'horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,
Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;
Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant, extrait des Vers

samedi, 11 octobre 2008

Nuit

Le ciel d'étain au ciel de cuivre
Succède. La nuit fait un pas.
Les choses de l'ombre vont vivre.
Les arbres se parlent tout bas.

Le vent, soufflant des empyrées,
Fait frissonner dans l'onde, où luit
Le drap d'or des claires soirées,
Les sombres moires de la nuit.

Puis la nuit fait un pas encore.
Tout à l'heure, tout écoutait.
Maintenant nul bruit n'ose éclore ;
Tout s'enfuit, se cache et se tait.

Tout ce qui vit, existe ou pense,
Regarde avec anxiété
S'avancer ce sombre silence
Dans cette sombre immensité.

C'est l'heure où toute créature
Sent distinctement dans les cieux,
Dans la grande étendue obscure,
Le grand Être mystérieux !


Victor Hugo, extrait de Toute la lyre

vendredi, 05 septembre 2008

Très doucement, plus doucement encore

Très doucement, plus doucement encore,
Berce ma tête entre tes bras,
Mon front fiévreux et mes yeux las ;
Très doucement, plus doucement encore.
Baise mes lèvres, et dis-moi
Ces mots plus doux à chaque aurore,
Quand me les dit ta voix,
Et que tu t'es donnée, et que je t'aime encore.
[...]

Emile Verhaeren, extrait de Les heures d'après-midi.

jeudi, 04 septembre 2008

Le cancre (vive la rentrée)

Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime
Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodiges
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur.

Jacques Prévert, extrait de Paroles

mardi, 02 septembre 2008

Au bord du quai

Et qu'importe d'où sont venus ceux qui s'en vont,
S'ils entendent toujours un cri profond
Au carrefour des doutes !
Mon corps est lourd, mon corps est las,
Je veux rester, je ne peux pas ;
L'âpre univers est un tissu de routes
Tramé de vent et de lumière ;
Mieux vaut partir, sans aboutir,
Que de s'asseoir, même vainqueur, le soir,
Devant son oeuvre coutumière,
Avec, en son coeur morne, une vie
Qui cesse de bondir au-delà de la vie.

Emile Verhaeren, extrait de Les visages de la vie

dimanche, 24 août 2008

La mort n'est rien

 

"La mort n'est rien.
Je suis simplement passé dans la pièce à côté.
Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours.
Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné.
Parlez de moi comme vous l'avez toujours fait :
N'employez pas un ton différent,
Ne prenez pas un ton solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire.
Priez, souriez, pensez à moi.
Priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison, comme il l'a toujours été, sans emphase d'aucune sorte, sans une trace d'ombre.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée simplement parce que je suis hors de vue ?
Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.
Vous voyez, tout va bien !
"

 

 

 

 


Charles Péguy, d'après un texte de Saint Augustin

 

jeudi, 15 mai 2008

L'indulgence

L'Indulgence est tendre, elle est femme.
Ceux qu'un faux pas, même expié,
Dans le monde à jamais diffame,
Lavent leur front dans sa pitié.

Humble soeur aux longues paupières,
Pour l'homme, fût-il criminel,
Tandis qu'on lui jette des pierres,
Elle garde un pleur fraternel.

S'approchant du coeur plein de fange,
De scorie épaisse et de fiel,
Pour l'assainir, elle y mélange
Cette larme, aumône du ciel ;

Et, loin d'y remuer la honte,
Comme les injures le font,
Elle attend que l'amour remonte
Et que la haine tombe au fond.

C'est alors que, de sa main douce
Élevant ce coeur épuré,
Elle l'incline sans secousse
Et lui pardonne : il a pleuré.

 

R. F. Sully Prudhomme, extrait de Epaves

mardi, 06 mai 2008

Le beau voyage

Les trains rêvent dans la rosée, au fond des gares...
Ils rêvent des heures, puis grincent et démarrent...
J'aime ces trains mouillés qui passent dans les champs,
Ces longs convois de marchandises bruissant,
Qui pour la pluie ont mis leurs lourds manteaux de bâches,
Ou qui forment la nuit entière dans les garages...
Et les trains de bestiaux où beuglent mornement
Des bêtes qui se plaignent au village natal...
Tous ces grands wagons gris, hermétiques et clos,
Dont le silence luit sous l'averse automnale,
Avec leurs inscriptions effacées, leurs repos
Infinis, leurs nuits abandonnées, leurs vitres pâles...

 

Henri Bataille 

vendredi, 02 mai 2008

Au ciel plein d'attention

Au ciel, plein d'attention,
ici la terre raconte ;
son souvenir la surmonte
dans ces nobles monts.

Parfois elle parait attendrie
qu'on l'écoute si bien -,
alors elle montre sa vie
et ne dit plus rien.

R. M. Rilke, extrait de Les quatrains valaisins

lundi, 21 avril 2008

Mais, que dis-je? ô sottise ! et quel égarement !

Mais que dis-je ? ô sottise ! et quel égarement !

Il y a si longtemps que j'essaie
de toucher la nuit les fronces les légères

Tu voudrais sans arrêt qu'à tes yeux je me dresse

Resterons-nous en attente
Assis côte à côte

 

320810906.jpg413969065.jpg1197124181.jpget Celle qu'on attendait, Barnaud

mardi, 15 avril 2008

Espoir timide

Chère âme, si l'on voit que vous plaignez tout bas
Le chagrin du poète exilé qui vous aime,
On raillera ma peine, et l'on vous dira même
Que l'amour fait souffrir, mais que l'on n'en meurt pas.

Ainsi qu'un mutilé qui survit aux combats,
L'amant désespéré qui s'en va, morne et blême,
Loin des hommes qu'il fuit et de Dieu qu'il blasphème,
N'aimerait-il pas mieux le calme du trépas ?

Chère enfant, qu'avant tout vos volontés soient faites !
Mais, comme on trouve un nid rempli d'oeufs de fauvettes,
Vous avez ramassé mon coeur sur le chemin.

Si de l'anéantir vous aviez le caprice,
Vous n'auriez qu'à fermer brusquement votre main,
- Mais vous ne voudrez pas, j'en suis sûr, qu'il périsse !

François Coppée, extrait de L'exilée

dimanche, 13 avril 2008

Oh ! qu'une, d'Elle-même, un beau soir, sût venir

Oh ! qu'une, d'Elle-même, un beau soir, sût venir

La main droite pour désigner les mots, la main gauche pour désigner les choses

Rien ne finit, rien ne commence

Sa place était chez moi.

 

(Laforgue, Macé, De Lisle, Lubin)

dimanche, 06 avril 2008

à mois que sa voix se mélange enfin

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à moins que sa voix se mélange enfin
au pisé de ses nuits
aux moellons de ses genoux
à l'encre bleue de sa poitrine
à la pesanteur de sa taille
à sa parole en cavale d'ici la prochaine lisière
et les bois entravés de vent
elle dans son caprice tout à coup attendu