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jeudi, 15 septembre 2011

Le guetteur

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"Comme chacun sait, mes livres se dinstinguent non seulement par leurtotale absence de portée sociale, mais par le fait qu'ils sont à l'épreuve des mythes : Les Freudiens voltigent tout autour avec circonspection et avidité, dévorés d'un besoin brûlant d'y déposer leurs oeufs, mais ils s'arrêtent, flairent mon texte avec perplexité et parfois même s'en écartent avec horreur. Par ailleurs, le psychologue qui se penche avec sérieux sur mes cryptogrammes cristallins étincelant sous la pluie peut y découvrir un univers mental en voie de dissolution où le pauvre Smourov n'existe que dans la mesure où..." (avant-propos)

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vendredi, 11 juillet 2008

Roza

Roza
 

"Je venais de découvrir que je ne savais rien ou presque de cette femme. Apparemment elle n'avait pas d'amis. Elle n'allait pas au travail. Elel vivait seule dans cette chambre carrée aux murs dénudés. Dans sa garde-robe en contreplaqué, badigeonnée d'une couche de peinture pour plancher, étaient accrochés sur des cintres deux ou trois robes et un manteau. Sur une étagère de la même couleur était posé un poste de radio semblable à un émetteur militaire et, à côté, une pile de revues épaisses empruntées à la bibliothèque municipale. Elle ne possédait ni réfrigérateur, ni téléviseur, pas même de petits tapis ornés d'une ravissante demoiselle assise ou des portraits sur les murs [...] En comparaison, Roza me paraissait pauvre, misérable même. Mais elle ne se plaignait jamais."

C'est ainsi qu'apparaît Roza au yeux de Sidelnikov, sa grand-mère semble-t-il, après sa mort. Cette mort qu'il essaie de compenser comme il le peut. Car c'est chez elle qu'il a vécu. Des parents toujours en voyage, qui lui accordent de temps à autre le privilège d'un opéra lors de leur passage en ville. Cette Roza, qui n'a rien, et qui, pourtant, lui donne tout. Et plus encore. Une relation forte mais discrète, un amour qui repousse les murs de cette petite pièce dans laquelle ils vivent, qui comble l'absence de confort. Le confort, c'était elle, qui l'aimait infiniment : "le plus incompréhensible, c'était son attitude à mon égard, la manière silencieuse, égale et persévérante, dont elle me prenait en charge et que je ne parvenais pas à m'expliquer. Elle veillait à mon bien-être, à l'infaillibilité de chacun de mes pas, comme si j'étais l'unique but de son existence et qu'elle n'en avait jamais eu d'autre."

Sidelnikov partira, ira se confronter à d'autres modes de vie, à la vie, tombera, et se relèvera. Mais ses pensées finissent toujours par retrouver le chemin qui mène à Roza.

Une relation grand-mère petit-fils sur fond russe, une chaleur contenue dans l'ère froide. Un phare dans la brume. Une relation en apparence banale, une étoile éternelle dans un ciel voilé par les nuages. Une poésie à couper le souffle. Poignant.