lundi, 24 mars 2008

Association de poè-tes/mes

Amusez-vous à ouvrir quatre recueil de poésie, à prendre un vers d'une strophe au hasard d'une page, et d'en recomposer une, et voyez ce que ça peut donner :

1890501551.jpgl'air est si beau et si froid le soleil

 

 

 

 

175630011.jpgdevant le ciel qu'une ombre empale

 

 

 

 

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 avec un brin de chance et l'écume d'un orage

 

 

 

 

1905162665.2.jpgAi-je habité ma seule vie ? Celle d'un autre ?

samedi, 27 octobre 2007

L'inespérée

 

"Elle est sale. Même propre elle estsale. Elle est couverte d'or et d'excréments, d'enfants et de casseroles. Elle règne partout. Elle est comme une reine grasse et sale qui n'aurait plus rien à gouverner, ayant tout envahi, ayant tout contaminé d sa saleté foncière. Pesonne ne lui résiste. Elle règne en vertu d'une attirance éternelle vers le bas, vers le noir du temps. Elle est dans les prisons comme un calmant. Elleest en permanence dans certains pavillons d'hôpitaux psychiatriques. c'est dans ces endroits qu'elle est le mieux à sa place. : on ne la regarde pas, on ne l'écoute pas, on la laisse radoter dans son coin, on met devant elle ceux dont on ne sait plus quoi faire. Les jours, dans les hôpitaux comme dans les prisons, sont plus longs que des jours. Il faut bien les passer. On lui fait garder les invalides mentaux, les prisonniers et les vieillards dans les maisons de retraite. Elle a infiniment moins de dignité que ces gens-l, assomés par l'âge, blessés par la Loi ou par la nature. Elle se moque parfaitement de cette dignité qui lui manque. Elle se contente de faire son travail. Son travail c'est salir la douleur qui lui est confiée et tout agglomérer - l'enfance et le malheur, la beauté et le rire, l'intelligence et l'argent - dans un seul bloc vitré gluant. On appelle ça une fenêtre sur le monde. Mais c'est, plus qu'une fenêtre, le monde en son bloc, le monde dans sa lumière pouilleuse de monde, les détritus du monde versés à chaque seconde sur la moquette du salon."

 

jeudi, 25 octobre 2007

Aimer quelqu'un, c'est le lire

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Aimer quelqu'un, c'est le lire. C'est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le coeur de l'autre, et en lisant le délivrer. C'est déplier son coeur comme un parchemin et le lire à haute voix, comme si chacun était à lui-même un livre écrit dans une langue étrangère. Il y a plus de texte écrit sur un visage que dans un volume de la Pléiade, et quand je regarde un visage, j'essaie de tout lire, même les notes en bas de page. Je pénètre dans les visages comme on s'enfonce dans un brouillard, jusqu'à ce que le paysage s'éclaire dans ses moindres détails. Nos propres actes nous restent indéchiffrables. C'est peut-être pourquoi les enfants aiment tant qu'on leur raconte sans fin tel épisode de leur enfance. Lire ainsi l'autre, c'est favoriser sa respiration, c'est-à-dire le faire exister. Peut-être que les fous sont des gens que personne n'a jamais lus, rendus furieux de contenir des phrases qu'aucun regard n'a jamais parcourues. Ils sont comme des livres fermés. Une mère lit dans les yeux de son enfant avant même qu'il ne sache s'exprimer. il suffit d'avoir été regardé par un nouveau-né pour savoir que le petit d'homme sait tout de suite lire. Il est même comme les grands lecteurs : il dévore le visage de l'autre. On lit en quelqu'un comme dans un livre, et ce livre s'éclaire d'être lu et vient nous éclairer en retour, comme ce que fait pour un lecteur une très belle page d'un livre rare. Quand un livre n'est pas lu, c'est comme s'il n'avait jamais existé. Ce qui peut se passer de plus terrible entre deux personnes qui s'aiment, c'est que l'une des deux pense qu'elle a tout lu de l'autre et s'éloigne, d'autant qu'en lisant on écrit, mais d'une manière très mystérieuse, et que le coeur de l'autre est un livre qui s'écrit au fur et à mesure et dont les phrases peuvent s'enrichir avec le temps. Le coeur n'est achevé et fait que quand il est fracturé par la mort. Jusqu'au dernier moment le contenu du livre peut être changé. On n'a pas la pleine lecture de ce qu'on lit tant que l'autre est vivant. Dieu serait le seul lecteur parfait, celui qui donne à cette lecture tout son sens. Mais la plupart du temps, la lecture de l'autre reste très superficielle et on ne se parle pas vraiment. Peut-être que chacun de nous est comme une maison avec beaucoup de fenêtres. On peut appeler de l'extérieur et une fenêtre ou deux vont s'éclairer, mais pas toutes. Et parfois, exceptionnellement, on va frapper partout et ça va s'éclairer partout, mais ça, c'est extrêmement rare. Quand la vérité éclaire partout, c'est l'amour.

lundi, 22 octobre 2007

Bobin - 2ème

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"Ca commence comme ça, ça commence toujours comme ça, c'est par les livres que ça commence. Les premiers livres, les premières nuits miraculées de lire, les yeux rougis, le coeur battant. La lecture intervient très tard dans la vie : vers les six, sept ans après la fin de l'éternel. Avant de savoir lire, on écoute les voix qui épellent le monde, la voix des proches, le murmure de l'eau vive  sur les sables du sang. La lecture suscite une absence qui ramène vers  cette prime enfance, au bord de cet amour qui à jamais manquera de mots. On est derrière la porte du livre. On écoute une voix si claire que l'on retient son souffle pour bien l'entendre. On écoute la voix calme dans la nuit noire - comme une parole sans phrase dans laquelle un chagrin s'endort peu à peu, d'un sommeil inavouable, bienheureux. On a un âge. On a un nom. On a une vie qui vous attend. Elle n'est pas faite pour vous, elle n'est faite pour personne. Elle vous attend."

samedi, 20 octobre 2007

Christian Bobin, la lumière

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" Dès les premiers jours, nous savons tout ce qui est à savoir : l'éternité, c'est une odeur, une voix, quichante et s'adoucit jusqu'à ne plus rien dire. La mort, c'est un parfum, le bruit d'une porte qui claque, un verre qui se brise. L'enfant qui vient de naître dépend de ce qui s'approche, dépend de ce qui s'éloigne, dépend de tout, car tout arrive : une mouche, un ange, un effroi. Mais avant toutes ces choses, première venue, il y a la mère, celle qui gouverne la parole, c'est-à-dire le silence. Sa voix est la voix des rivières, toujours égale, toujours chatante, nuit comme jour. L'eau du langage ruisselle sur les chairs du nouveau-né. La poussière d'astres morts depuis des siècles effleure ses joues. Un silence caresse ses ongles. Emmaillotté dans un prénom, il s'endort aurpès des anges et de leurs conseillers. Son corps baigne dans l'infini d'une présence sans dommages. Son âme - close et tendre - est pliée dans le pauvre linge d'une chanson : il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai. "

lundi, 10 septembre 2007

Les beaux quartiers (Aragon - 3)

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Voilà que là-dessus, quand il n'y avait plus de chance que la vie changeât, l'amour était tombé là-dedans : ce petit gosse sentimental, ce Pierrot avec son beau museau pas joli, ses seize ans, et distingué, le fils d'un professeur, la tête toute farcie de poésies, qu'on ne comprenait pas toujours, mais où c'était plein de baisers, d'étoiles, de fleurs, de serments pour la vie. Un gamin propre, avec un corps si jeune, et fort, et sentimental et qui l'appelait ma femme, ma femme, comme s'ils avaient passé devant le maire et le curé. Et il disait qu'il l'aimait et ce mot n'était pas du tout usé, ni pour lui ni pour elle : lui parce que c'était la première fois qu'il mentait, et encore pas sûr qu'il mentait, et elle... On n'avait même jamais fait semblant avec elle. Mets-toi là, Angélique, ma grosse... Le petit, il fermait les yeux en disant : Je t'aime. Angélique y pensait tout le temps, en nettoyant les deux boutiques, en vidant les ordures du vieux, dans les bras de M. Eugène. Ah ! maintenant, qu'est-ce que tout cela faisait ? Elle était heureuse, heureuse, malgré les difficultés, les minutes volées pour se voir, le danger des billets passés en cachette, de longs jours parfois sans pouvoir s'embrasser ; et aussi comme elle était bête pour ce qui était d'écrire, elle savait à peine, et elle faisait des fautes dont il riait gentiment. Elle aurait voulu trouver des mots, comme dans les poésies qu'il lui lisait, et elle n'arrivait qu'à griffonner, en tirant la langue : Deux mains seuleman, hi va anvill. Grosse bize a mon Pierrot. - Angélique.
Armand plaisantait Pierre sur l'orthographe. Mais pas trop. Il y avait des choses qu'il respectait ce Méphistophélès. "Elle a huit ans de plus que toi, et qu'est-ce que vous ferez si vous avez des enfants ? - je ne sais pas, répliqua ce jeune irresponsable, mais imagine-toi, elle maime pour de vrai : hier, elle m'a mordu." 

jeudi, 06 septembre 2007

Le fou d'Elsa (Aragon - 2)

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Nous dormirons ensemble


Que ce soit dimanche ou lundi 
Soir ou matin minuit midi 
Dans l'enfer ou le paradis 
Les amours aux amours ressemblent 
C'était hier que je t'ai dit 
Nous dormirons ensembles 
C'était hier et c'est demain 
Je n'ai plus que toi de chemin 
J'ai mis mon cœur entre tes mains 
Avec le tien comme il va l'amble 
Tout ce qu'il a de temps humain 
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera 
Le ciel est sur nous comme un drap 
J'ai refermé sur toi mes bras 
Et tant je t'aime que j'en tremble 
Aussi longtemps que tu voudras 
Nous dormirons ensemble
 

dimanche, 02 septembre 2007

Blanche ou l'oubli (Aragon - 1)

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Sois rassuré AgentBen, je n'ai pas déserté listesratures, j'ai surtout lu (et vécu un peu aussi)... Cela étant fait (et à refaire), je me "virtualise" de nouveau et reprend par la découverte d'un autre auteur, Monsieur Louis Aragon. Nous commencerons donc par ici :

"Pourquoi ? C'était une rencontre de hasard, je croyais être épris d'une danseuse, imaginez-vous, d'une danseuse. Ce qu'il y a, avec Blanche, avec le souvenir de Blanche, tous les souvenirs que j'ai de Blanche, comme celui-là douze ans avant Javerlhac, tout y est en blanc et noir, sauf elle : toute la couleur est, toutes les couleurs sont pour elle. J'ai souvent pensé qu'on n'a inventé les fleurs que par une sorte de prévision qu'on avait, qu'un jour il y aurait Blanche. Les couleurs qui se posent sur ses mains, ou quand elle tourne la tête, là, le long du cou, de sa petite oreille en descendant, ce ne sont pas à proprement parler des couleurs, mais une palpitation de la lumière. Sa petite oreille, à propos : si je connaissais la couturière qui a ourlé ça, toute ma vie a été changée par la perfection de cette petite oreille-là. Elle a des avant-bras minces, enfantins. Ca n'a pas changé avec l'âge. Je n'ai jamais cessé de m'étonner, les remontant avec mes mains, quand je passais le coude, ce ce que les bras, là-haut, devenaient, vers la rondeur de l'épaule, des bras sans rapport avec ce qu'on vient de caresser, des bras fantastiquement féminins, doux, tellement faits pour m'entourer, me tenir, me retenir, tout près, tout près d'elle."

Je m'arrête là parce qu'il faut bien s'arrêter quelque part, même si ça n'a aucun sens. Lire un extrait d'Aragon, de toute façon, n'a aucun sens. C'est comme acheter un bouquet de tiges, comme une bougie sans mèche, comme Elsa sans son fou. Absurde.

mercredi, 08 août 2007

Les mandarins I (Simone de Beauvoir - 4)

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"Il ouvrit les yeux. La terre était toute chaude, le ciel brillait, Anne dormait et Dubreuilh écrivait qu'on a raison d'écrire. Deux paysannes endeuillées aux souliers blancs de poussière se hâtaient vers le village, les bras chargés de roses rouges. Henri les suivit des yeux. Est-ce que les femmes de Saint-Roch fleurissaient les cendres de leurs maris ? C'était probable. Elles avaient dû devenir des veuves honorables. ou est-ce qu'on les montrait du doigt ? Et au-dedans, comment s'arrangeaient-elles ? Avaient-elles oublié un peu, beaucoup, pas du tout ? Un an : c'est court, c'est long. Les camarades morts étaient bien oubliées, oublié cet avenir que promettaient les journées d'août : heureusement ; c'est malsain de s'entêter dans le passé ; pourtant, on n'est pas très fier de soi quand on constate qu'on l'a plus ou moins renié. C'est pour ça qu'ils ont inventé ce compromis : commémorer ; hier du sang, aujourd'hui du vin rouge discrètement salé de larmes ; il y a beaucoup de gens que ça tranquillise. A d'autres, ça doit paraître odieux. Supposons qu'une de ces femmes ait aimé son mari d'amour : qu'est-ce que ça lui dirait, les fanfares et les discours ? Henri regarda fixement les montagnes rousses. il la voyait, debout devant l'armoire, ajustant ses voiles de crêpe, les fanfares sonnaient, et elle criait : "Je ne peux pas, je ne veux pas." Ils lui répondaient : "Il le faut." Ils lui mettaient des roses rouges dans les bras, ils la suppliaient au nom du village, au nom de la France, au nom des morts. Dehors, la fête commençait. Elle arrachait ses voiles. Et alors ? La vision se brouilla. "Allons, se dit Henri, j'ai décidé de ne plus écrire." Mais il ne bougea pas, son regard resta figé. Il avait absolument besoin de décider ce qui allait advenir de cette femme."

lundi, 06 août 2007

L'invitée (Simone de Beauvoir - 3)

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"Elle franchit la petite porte de fer qui fermait l'entrée des artistes, et s'avança jusqu'au milieu du terre-plein. Tout autour de la place, les maisons dormaient, le théâtre dormait ; un seul de ses carreaux était rose. Elle s'assit sur un banc, le ciel brillait noir au-dessus des marronniers. on se serait cru au coeur d'une sous-préfecture tranquille. En cet instant, elle ne regrettait pas que Pierre ne fût pas auprès d'elle, il y avait des joies qu'elle ne pouvait pas connaître en sa présence : toutes les joies de la solitude ; elle les avait perdues depuis huit ans, et parfois elle en éprouvait comme un remords. Elle se laissa aller contre le bois dur du banc ; un pas rapide résonnait sur l'asphalte du trottoir ; sur l'avenue un camion passa. Il y avait ce bruit mouvant, le ciel, le feuillage hésitant des arbres, une vitre rose dans une façade noire il n'y avait plus de Françoise ; personne n'existait plus nulle part.
Françoise sauta sur ses pieds ; c'était étrange de redevenir quelqu'un, tout juste une femme, une femme qui se hâte parce qu'il y a un travail pressé qui l'attend, et ce moment n'était qu'un moment de sa vie comme les autres. Elle posa la main sur la poignée de la porte et elle se retourna le coeur serré. C'était un abandon, une trahison. La nuit allait engloutir à nouveau la petite place provinciale ; la vitre rose luirait vainement, elle ne luirait plus pour personne. La douceur de cette heure allait être perdue à jamais. Tant de douceur perdue par toute la terre. Elle traversa la cour et monta l'escalier de bois vert. Ce genre de regret, elle y avait renoncé depuis longtemps. Rien n'était réel que sa propre vie."

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